21/04/2009

Auschwitz, voyage au bout de l’enfer.

A l’heure de la commémoration de la Shoah , alors que le Président iranien ose la nier, je me remémore un voyage que j’ai fait il y a quelque temps.

Le DIP, à l’époque, avait l’heureuse idée (est-ce encore le cas ?) de subventionner pour les enseignants la visite  du camp de concentration d’Auschwitz.

Je m’y suis rendu.

C’est le mois de novembre, nous sommes près de 150 Suisses romands, des enseignants, des jeunes, des journalistes, accompagnés de quelques rescapés des camps, à descendre des cars…les plaisanteries, les rires se sont soudainement tus ! Un lourd silence s’est installé.

Respect ! Chacun garde désormais le profil bas. Nous sommes au bout du monde, celui qui s’arrête au terme de cette sinistre voie ferrée. Le ciel est gris, les barbelés, les bâtiments percent la brume omniprésente.

Cette terre parle, elle hurle. Comment traduire les émotions par des mots ? Impossible. Des images se forment dans la tête, nous écoutons le récit des survivants, mais jamais nous ne pourrons prendre réellement conscience de ce que fut la réalité. Comment ont-ils pu vivre ne serait-ce qu’un seul jour ?

Il y là David, petit bonhomme tellement attendrissant.

Il est revenu !

Il passe inlassablement d’un groupe à l’autre pour tenter de nous communiquer la vérité, de nous faire comprendre ce qu’il nous est impossible de vraiment saisir. Là, devant les ruines des fours crématoires, il interrompt notre guide en le saisissant par la main :

« Je veux faire une prière pour mes parents qui sont morts ici ».

L’émotion est à son comble et chacun retient tant bien que mal ses larmes. Et pourtant son sourire ne l’a pas quitté de toute la journée.

Il y a Otto. Le regard souvent fixé sur le lointain. Lui aussi, infatigable, nous a suivis jusqu’au bout. Il observe sans cesse nos réactions. De temps à autre une phrase, pour ne pas nous égarer, nous rappeler ce que fut cette réalité :

« C’est là, précisément à l’endroit où vous êtes que j’ai vu ma mère pour la dernière fois ».

Je n’oublierai pas votre leçon. Je n’oublierai pas votre regard Otto. Je n’oublierai pas, David, la chaleureuse poignée de main que vous avez voulu donner à chacun de nous pendant le vol du retour.

Merci à vous, que votre témoignage ne s’efface jamais.

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Commentaires

Merci pour ce texte André, très touchant, si important d rappeler cela, en particulier aujourd'hui.

Écrit par : hommelibre | 21/04/2009

Bonjour,

Merci égalenment pour ce texte. En voyage à Münich, j'avais 12 ans environ, mes parents m'ont fait visiter Dachau, camp de concentration où des milliers de juifs mais aussi de tsiganes, et autres communautés ont été déportées, ont perdu la vie.
Je garde en mémoire cette vision d'horreur des photos de rescapés de camps, d'hommes, d'enfants de vieillards, mais aussi l'image apocalyptique des fours crématoires. A Munich, bien des années après, j'ai eu l'occasion de me rendre au Musée de la Ville, à nouveau des objets rescapés de la Shoah, des photos, des témoignages. Comment ne pas être marqué, comment encore nier l'horreur absolue. C'est abominable !!!
Cordialement,
Béatrice FUCHS

Écrit par : beatrice fuchs | 21/04/2009

Votre histoire fait couler les larmes.

Écrit par : Egyptian ; phone cards prepaid | 03/11/2009

Oui, pourquoi pas? Ca peut faire du bien et il n'y a aucune honte à cela.

Écrit par : combire | 24/11/2009

Je fus à Auschwitz en 1966 et aujourd'hui encore, je ne trouve pas les mots pour décrire ce que j'ai vu.
Je n'ai alors pas pris une seule photo pensant qu'il aurait été obscène d'exhiber des clichés de l'enfer juste pour "prouver" que j'y était allé.

Il n'y avait d'ailleurs rien à prouver, juste à ressentir. A pardonner ?

Écrit par : Michel Sommer | 27/01/2014

Très beau texte qui correspond bien à ce que j'ai vécu lorsque j'ai fait ce voyage dans le même cadre que vous en 2004. J'ai d'ailleurs l'intention de publier quelques photos sur mon blog très prochainement.

Écrit par : didier bonny | 28/01/2014

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