15/11/2009

On n'est pas sorti de l'auberge!

PÉTITION

La méthode qui fâche les enseignants de maths

Alexandre Haederli - le 14 novembre 2009, 20h40
Le Matin Dimanche


La méthode d'enseignement des mathématiques à l'école secondaire est compliquée, inefficace et laisse de trop nombreux élèves sur le carreau, constatent près de 700 enseignants romands qui ont signé une pétition pour remplacer les manuels. Du côté des autorités, on promet des «ajustements»

Les élèves romands ont du souci à se faire quant à leur niveau en mathématiques, s'inquiètent de nombreux enseignants.

En cause, la méthode d'apprentissage imposée par l'ensemble des cantons romands. Manque de structure, exercices comportant trop de notions complexes, inexploitables avec des élèves en difficulté: les griefs faits aux Moyens d'enseignement romands de mathématiques, les MERM pour les initiés, sont nombreux. Ces derniers ont été introduits dès 2003 pour les classes allant de la 7e à la 9e année et suscitent depuis l'ire d'une grande partie des enseignants concernés.

Un prof sur trois mécontent
Plus de 680 d'entre eux ont signé une pétition qu'ils ont remise aux autorités politiques en mars dernier. «Cela représente 36% des enseignants de mathématiques du secondaire I, affirme Augustin Genoud, l'un des initiants. Et cette proportion aurait pu être encore plus élevée sans les pressions exercées par certains directeurs d'établissement.» Les pétitionnaires demandent à la Conférence intercantonale de l'instruction publique de Suisse romande (CIIP) d'abandonner ou de revoir en profondeur la méthode d'enseignement. «Nous avons tenté durant plusieurs années d'utiliser ces manuels, mais cela n'est pas possible», poursuit Augustin Genoud, lui-même enseignant de maths à Savièse (VS).

La pétition dresse une liste d'une dizaine de points problématiques. Parmi ceux-ci, les nombreux exercices qui font appel à plusieurs notions différentes, complexes et nouvelles. Du point de vue des pédagogues, il s'agit de permettre aux élèves de construire eux-mêmes leur stratégie d'apprentissage. Mais, sur le terrain, les enseignants dressent un tout autre constat. «Cela laisse les élèves perplexes, observe Marc Fischer, enseignant à Genève et président d'ARLE (Association Refaire l'école). A la rigueur, ceux qui sont intéressés et doués pour les maths s'en sortent, mais les autres, qui représentent l'immense majorité, sont déstabilisés.»

Livres inutilisés par les enseignants
Un phénomène renforcé par la quasi-absence d'exercices progressifs et de consolidation. Conséquence: les profs de maths doivent compléter leur programme avec des exercices tirés d'autres manuels ou de sites Internet. En témoigne le succès fulgurant de Gomaths.ch: après trois années d'existence seulement, le site enregistre plus de 10 000 connexions par jour. «J'ai créé cette plate-forme suite à l'introduction des MERM parce que j'avais moi-même besoin d'exercices qui entraînent les automatismes de calcul, raconte Sébastien Gogniat, enseignant à Renens (VD). Force est de constater que cela répondait à une forte demande.» A tel point que la Direction générale de l'enseignement obligatoire du canton de Vaud le libère de quatre périodes de cours par semaine pour qu'il continue à développer le site...

Parents et répétiteurs exclus
«Pour bon nombre d'enseignants, les MERM deviennent accessoires, voire inutilisés, rapporte Augustin Genoud. Beaucoup les laissent purement et simplement de côté. C'est grave pour des ouvrages obligatoires qui coûtent 50 francs par élève et qui ne sont pas transmissibles.»

Autre problème majeur relevé dans la pétition: le fait qu'il n'y ait qu'un seul manuel pour trois ans (7e, 8e et 9e années) et pour les différents niveaux (maturité, apprentissage, etc.). Pire: «Les exercices ne sont pas présentés par ordre croissant de difficulté; c'est inimaginable, s'énerve Augustin Genoud, qui, en trente ans, n'avait jamais vu d'ouvrages aussi peu structurés. Il faut parfois faire seulement une partie d'un exercice et laisser le reste de côté pour l'année suivante.» Mais rien ne signale que tel problème doit être fait en 9e année et tel autre en 7e.

Sans compter que les manuels sont purement et simplement dénués d'explications théoriques. Les notions enseignées en classe ne figurent donc pas à côté des exercices. Pour les parents, les répétiteurs ou toute autre personne qui n'est pas un enseignant, impossible de s'y retrouver et donc d'aider les élèves.

Suite à la pétition envoyée en mars, les initiants ont rencontré la semaine dernière une délégation de la CIIP. «Nous avons enfin été entendus, mais nous n'avons pas de garantie que les choses changent, rapporte, sceptique, Augustin Genoud. En attendant, des milliers d'écoliers subiront encore les MERM.» Pour beaucoup, c'est au détriment de leur niveau de maths.

«Nous allons accélérer le calendrier des ajustements de ces manuels»
Interview d'Elisabeth Baume-Schneider, présidente de la Conférence intercantonale de l'instruction publique de la Suisse romande (CIIP).

Près de 700 enseignants en maths mécontents, c'est beaucoup non?
Oui, c'est trop. Nous avons entendu leurs critiques et une discussion au sujet des Moyens d'enseignement romands de mathématiques (MERM) est à l'ordre du jour de la prochaine assemblée de la CIIP. Le politique va se positionner sur les aspects problématiques et accélérer le calendrier des ajustements et modifications de ces manuels.

Les pétitionnaires doutent pourtant qu'il y ait de véritables changements.
Il faut qu'ils attendent! L'outil demande à être adapté, et nous le ferons, même si nous n'allons probablement pas procéder à toutes les modifications exigées. L'Institut de recherche et de documentation pédagogique (IRDP) effectue une enquête de suivi auprès des enseignants, qui montre des disparités dans leur appréciation. Dans les cantons où une formation continue accompagnait l'introduction du moyen d'enseignement, le degré de mécontentement est nettement plus faible.

Vous êtes en train de dire que, si les enseignants ne parviennent pas à utiliser les MERM, c'est parce qu'ils sont incompétents?
Non, je constate simplement qu'il y a cette corrélation, tout comme il existe une corrélation entre la fréquence d'utilisation et le degré de satisfaction.

Vous n'allez pas abandonner ces manuels?
En aucun cas. Le rapport intermédiaire de l'IRDP montre que le degré de satisfaction global est plutôt bon. Bien sûr, il y a des ajustements à faire, et le Groupe de référence pour l'enseignement des mathématiques (GREM) est chargé de faire des propositions.

Au GREM siège notamment l'un des auteurs de cette méthode. N'est-ce pas problématique d'être juge et partie?
Cette accusation n'est pas fondée, ces chercheurs ont une éthique et sont délégués par leur canton.

Qu'est-ce qui pourrait changer?
Nous allons notamment leur demander de travailler sur une structure des manuels par année scolaire et sur la progression des exercices, et ce, pour 2011.

 

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Commentaires

Mais il faut lire la langue de bois de la ministre, chef de la CIIP, qui répond aux arguments des profs de maths. En gros, elle dit qu’on va donner mission de corriger le tir à ceux mêmes qui ont été les maîtres d’œuvre de ces manuels ! Ces manuels sont métastasés jusqu’au prière d’insérer par le socio-constructivisme, cette méthode mortifère pour la majorité des élèves, mais on va continuer !
C’est vrai : on ne change pas une équipe qui perd !

Écrit par : Jean Romain | 15/11/2009

Comme d'habitude, les gens de terrain ne sont pas écoutés et encore moins entendus. Les chercheurs loin du monde de la réalité font les lois et en plus auraient une éthique ? Laquelle, je vous en prie ???
Continuons à sacrifier de plus en plus de générations....Restons sourds... et l'école ira de mieux en mieux. La CDIP dans tout ceci n'est PLUS crédible !Tout ce beau monde est responsable d'une école publique suisse de mauvaise qualité. Mais ce n'est pas grave, on arrivera peut-être à mieux manipuler les gens avec peu d'instruction, n'est-ce pas ?

Écrit par : Marion Garcia-Bedetti | 15/11/2009

Si un tiers des enseignants se sont prononcés contre ce manuel, cela signifie probablement que deux tiers au moins n'en sont pas satisfait, mais ont renoncé, par découragement à le dire. Parmi le tiers qui reste il y les auteurs et leurs amis.

Écrit par : Mère | 15/11/2009

Depuis des années nous disons que les MERM sont un instrument (un de plus) de sélection (stupide) des ceux-là mêmes que la méthode prétend affranchir de leurs difficultés.

Mais les MERM, c'est consensuel!
Comme le contreprojet sur le CO et la loi sur la formation des maîtres.

Écrit par : rita bichsel | 15/11/2009

La force socialisante vient de diminuer au GC de Genève, ce soir. Charles Beer va se retrouver bien seul dans son département. Sans doute cela va se répercuter au sein de la CIIP. Moins cette pensée de gauche sera représentée, mieux l'école se portera.

La droite a la majorité partout, et la parenthèse de gauche est refermée.

Surtout dans les com. de l'enseignement...

Écrit par : Jean Romain | 15/11/2009

"La droite a la majorité partout, et la parenthèse de gauche est refermée."

Il n'y a jamais eu de "parenthèse de gauche". C'est la droite (MBG) qui a mis le pied à l'étrier des socio-constructivistes. Et la meilleure preuve, c'est que tous les partis de droite étaient contre l'initiative sur le CO de JR and co.

Alors pour la com, vous repasserez.

Écrit par : Johann | 15/11/2009

"et la parenthèse de gauche est refermée."

Et Moutinot était "de gauche", donc.

MDR!

Écrit par : Johann | 15/11/2009

L'analyse n'est pas correcte :

1. L'IN sur le CO était le fait de REEL. Je me suis borné à combattre le contre-projet du gouvernement, mais je n'ai pas défendu l'IN.

2. MBG a mené durant 10 ans au DIP une politique clairement de gauche.

3. Je pense que Moutinot a bel et bien suivi une vision de gauche en ce qui concerne la police et la sécurité : ce sont des thèmes pour lesquels la gauche est mal à son aise en raison du côté "autoritaire" dont l'idée seule lui donne des boutons.

Je pense que la parenthèse de gauche est refermée. En tout cas j'en prends le pari.

Écrit par : Jean Romain | 15/11/2009

Les commentaires sont fermés.