16/05/2010

Ce que cache l’affaire de la circulaire Guerrier

Invité sur ce blog, de Jean Romain:

La direction du primaire va renvoyer une circulaire sur le passage non-automatique de la 1P à la 6P, pour remplacer la directive Guerrier, qui prônait le contraire. On plaide l’erreur de vocabulaire ! Contrainte à la palinodie, la Direction ne s’excuse pas d’avoir violé la loi sur l’instruction publique à son art. 27. On s’est trompé, c’est tout. Mais qui est dupe de cette feinte ?

 

Ce qui se cache derrière l’affaire Guerrier, dont cette circulaire n’est que la partie visible, c’est la profonde déliquescence de cet ordre d’enseignement. On ne sait plus où on en est.

 

D’une part, l’idéologie dominante, qui a perverti tous les étages de la hiérarchie prône une école du minimum, de la médiocrité, du moindre effort, et cela en vue de modifier la société trop sélective et prétendument élitiste. L'idée qu'on peut changer le monde en agissant sur les enfants, écrit Hannah Arendt, est une utopie politique mise en œuvre dans les régimes dictatoriaux. Derrière cette idéologie pernicieuse, se cache la volonté de passer de l’égalité des droits (idée républicaine) à l’égalité des personnes (idéologie prônée par les « sciences » de l’éducation). Bien sûr, pour que les personnes soient égales, il faut trouver le PPCM, le plus petit commun multiple. Je pense même que c’est là la base idéologique de HarmoS.

 

D’autre part, le frein marqué à la dérive pédagogiste par la fameuse votation sur les notes, en septembre 2006, qui a sonné le début de la fin pour la visibilité de cette idéologie. En tout cas, la Rénovation au Primaire s’est brusquement arrêtée. Le peuple, ce jour-là, ne voulait plus de ceux qui ont fait main basse sur l’école. Mais ceux-là même qui se trouvaient aux premiers rangs ont simplement dû se masquer pour continuer leur travail de sape, à plus bas bruit.

 

Or chez nous, les défaites politiques n’ont aucune incidence sur les responsables en place. Les choses changent mais tout continue avec les mêmes dont on ne peut raisonnablement penser qu’ils n’entendent pas tourner leur veste. Le masque a changé, les objectifs sont identiques.

 

Le récent ajout à cette hiérarchie de 91 directeurs coulés dans le même moule idéologique facilite le travail des pédagogistes : en augmentant l’épaisseur du paravent, ils évoluent plus aisément dans la brume hiérarchique. Ce qui donne, parfois, cette circulaire qu’ils ont fait signer par une directrice acquise à leurs idées.

 

 

 

 

 

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Commentaires

Qualifier de "faute de vocabulaire" ce qui aurait pu à la rigueur, si l'on ne connaissait pas trop bien le contexte, être un lapsus (lui-même révélateur) est en effet une manière très "primaire" de se défendre.

Écrit par : Mère-Grand | 16/05/2010

Cette analayse est excellente !

Le noueau style du DIP c'est donc de plaider "l'erreur de vocabulaire" quand on essaie de bafouer la loi ! Je trouve cela plutôt grave !

Et que aucun des directeurs ait réagi à cette "note de service" est significatif!

Le PL sur les directeurs n'a pas encore été voté au parlement, alors, suite à cette affaire on peut raisonnablement espérer que les parlementaires vont rejeter ce PL et qu'ils exigent qu'on fasse avant tout le ménage dans ce département !

Écrit par : Marion Garcia-Bedetti | 16/05/2010

Une « erreur de vocabulaire » que le DIP constaterait aujourd’hui seulement ? On se moque de nous.
C’est au mois de janvier que Mme Guerrier a envoyé cette directive aux directeurs d’établissement. Il y a 4 mois !!! A cette époque, son contenu a également fait l’objet d’un article dans le journal l’Educateur. Depuis 4 mois personne à la Direction n’aurait relevé cette illégalité flagrante! Tout simplement impossible que 100 directeurs (directeurs de l’enseignement primaire + directeurs d’établissement) n’aient pas soulevé le lièvre!
Il n’y a aucun doute.
Qui ne dit mot consent !
Pourtant, de par leur statut ces gens sont sensés connaître la loi, d’autant plus lorsqu’il s’agit d’un article unique et très simple. Ils en sont les garants et aujourd’hui…on ne peut leur accorder une quelconque crédibilité.

Écrit par : Duval | 16/05/2010

Conclusion, donc ?
Des responsables commes ces directeurs qui sont d'accord de violer sciemment la loi ne sont pas à leur place. Et comme ils sont en fait toujours "à l'essai" (pas de loi) le DIP devrait les licencier.
Comme dans l'appel d'offre on exigeait une expérience dans l'enseignement d'au moins 5 ans on pourrait peut-être leur "offrir" un poste pour assumer les cours d'appui à l'école primaire....bien que même là j'aurais du mal à leur faire confiance.

Écrit par : Marion Garcia-Bedetti | 16/05/2010

C'est tellement facile de tirer à vue Monsieur Duval. Je ne suis ni enseignante, ni pédagogue, ni directrice d'établissement... simplement maman. Et permettez-moi de vous dire que je suis CONTRE le redoublement, surtout en 1P! Il est bien plus efficace de permettre à un élève de continuer à progresser, en mettant en place des appuis pour l'aider là où il a de la peine.

Petit rappel: la 1P sert à acquérir les bases de la lecture. Or, les spécialistes en logopédie considèrent que la lecture s'acquiert chez les enfants entre 5 et 7 ans... donc entre la 2E et au plus tard le début de la 2P.

Autre rappel: la 1P, même si sa dénomination laisse à penser qu'elle constitue le début d'un cycle (le cycle primaire), est en fait au milieu du cycle élémentaire. Dans les faits, les enfants continuent de jouer dans la cour de petits, sont dans la chorale des petits, et j'en passe.

Du coup, je comprends tout à fait cette directive - certes illégale et peut-être trop rigide dans ses termes.

Vous parlez d'école du minimum, du médiocre et du moindre effort. Et bien moi je tire mon chapeau à cette école! Une école qui n'a rien à voir avec celle que nous avons connu enfants, où il y avait dans les classes au maximum 1 ou 2 élèves étrangers, où la pauvreté des familles n'existait guère (nous étions en plein croissance économique, avec des taux de chômage inférieurs aux 1%). Quant aux élèves qui avaient un peu de peine, on pouvait les "laisser de côté" et encourager l'excellence des bons, car bien des métiers ne nécessitaient pas d'études. Pas besoin de faire l'école d'ingénieur pour devenir électronicien, pas besoin de faire l'école de commerce pour devenir secrétaire... et même pas besoin de faire des études pour devenir journaliste... Aujourd'hui, il faut faire des études pour n'importe quel métier: à quand une haute école spécialisée en coiffure? Il est dès lors du devoir de l'école d'aider aussi les élèves en difficulté. Et ce n'est sans doute pas en les faisant bêtement redoubler dès que des moyennes n'auraient pas été atteintes que l'on y arrivera.

Écrit par : Danielle | 16/05/2010

@Danielle

Votre commentaire est fort intéressant mais il ne fait que reprendre un débat qui a eu lieu lors de la campagne de votation en 2006. Ce débat a été très nourri et il en est ressorti que 76% de la population a une opinion différente de la vôtre, opinon que je respecte néanmoins.
Mais cette circulaire est donc totalement illégale et quelque soit notre opinion, une loi est faite pour être respectée.
Je vous suis pourtant sur certains points, particulièrement sur celui des mesures d'appui. A ce propos, je vous recommande de lire les nombreux billets que j'ai écrits sur le sujet et vous signale que....ces mesures, nous les attendons toujours! Ainsi, lorsque les promesses faites, il y a bientôt 4 ans, par M. Beer seront tenues, nous pourrons peut-être envisager une école plus performante.

Écrit par : Duval | 16/05/2010

Oui, certes le peuple a voté à une large majorité pour votre initiative. Une initiative qui prônait avant tout le retour des notes, le redoublement ayant été abordé de manière beaucoup plus marginale pendant la campagne. D'ailleurs, si je suis contre le redoublement, je pense que dans certaines - rares - situations il peut être justifié. Donc, la loi actuelle me convient tout à fait dans son esprit.

Mais comme je l'ai dit dans mon commentaire, faut-il vraiment faire une affaire d'Etat pour une directive - fort malheureuse il est vrai - qui parlait du redoublement de la 1P, une année qui fait encore partie du cycle élémentaire? Si la directive avait demandé qu'aucun redoublement au primaire (de la 1P à la 6P) ne soit autorisé, j'aurais compris votre mauvaise humeur. Mais là, franchement, il faut arrêter de tirer à vue sur le DIP et arrêter de crier au loup. L'école a besoin de sérénité, après les turbulences que l'on a connu ces dernières années.

Quant aux appuis, vous avez raison: on les attend toujours... Mais voilà, une certaine droite majoritaire au Grand Conseil ne semble pas vouloir en donner les moyens au DIP. Et ne dites pas que l'on aurait pu utiliser l'argent des directeurs pour faire de l'appui. En tant que maman, je suis très heureuse de l'instauration des directeurs d'établissement. On a enfin un/e interlocuteur/trice qui n'est pas seulement là pour "inspecter"... mais c'est un autre débat...

Écrit par : Danielle | 17/05/2010

@Danielle
Je ne crois pas que le problème du redoublement ait été traité de manière marginale. Nos adversaires de l'époque en avaient d'ailleurs fait un de leur argument majeur. Tout cela était lié avec le problème de l'évaluation certificative chiffrée.
Tout comme vous, je pense qu'il faut tout faire pour éviter le redoublement. C'est dans cet esprit que, lors de l'élaboration du nouveau règlement, nous avons accepté le passage par tolérance ou dérogation. Mais cela avait une condition: la mise en place de mesures d'accompagnement dignes de ce nom...ce qui nous avait été promis par M. Beer. Tant que ce ne sera pas fait, le redoublement, dans des cas bien particuliers je vous l'accorde, restera la meilleure solution.
En ce qui concerne votre 2ème§, je vous l'ai déjà dit; il s'agit ici non pas uniquement de cette directive mais de TOUT ce qu'elle cache, relisez le propos de ce billet. Vous parlez de besoin de sérénité...soit. Celle-ci ne sera possible que le jour où le président tiendra ses promesses et lorsque le DIP respectera la loi, issue de la volonté populaire.
Le sujet que vous abordez au §3 de votre commentaire ne me semble pas correct non plus, voyez pour plus de détail les nombreux billets que j'ai écrits sur les directeurs d'école; mais libre à vous de vous sentir satisfaite avec cette "poudre aux yeux".
Petite question tout de même, pouvez-vous m'expliquer comment vous pouvez prétendre que les ex inspecteurs étaient là simplement pour "inspecter"....ce qu'ils ne faisaient justement plus du tout!
De mon côté, je me ferai un plaisir, si vous le désirez, de vous décrire comment fonctionnait une école avant les directeurs....vous constaterez que, au contraire de ce que vous semblez croire, les contacts avec les parents étaient très faciles et la proximité était tout aussi bonne, voire meilleure, que maintenant.

Écrit par : Duval | 17/05/2010

Je ne souhaite pas ouvrir ici le débat sur les Directeurs d'établissement. Tout simplement parce que comme dans toute organisation, il y a des personnes compétentes... et d'autres. Tout comme il y a d'ailleurs de bons et de moins bons enseignants...

Ce que je constate toutefois, c'est que certains Directeurs assument leur rôle: ils connaissent bien la problématique de leur école (bien mieux que les inspecteurs qui avaient un "territoire" beaucoup plus grand à couvrir), ils osent parfois prendre des mesures (qui, j'en conviens, peuvent parfois déplaire aux enseignants... ). Et grâce aux Conseils d'établissement, un dialogue parents-enseignants-direction peut s'instaurer. J'en conviens, cela n'est pas le cas partout. Peut-être suis-je une maman privilégiée, qui a affaire à un Directeur compétent. Mais sur le fond, je pense que l'instauration des ces Directeurs était une bonne chose, dont il faudra sans doute faire un bilan d'ici 2-3 ans afin d'en corriger certains défauts.

Et merci de continuer votre combat pour donner à l'instruction les moyens qu'elle mérite.

Écrit par : Danielle | 17/05/2010

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