21/06/2010

Peur de finir en EMS ?

Qui mieux que mon frère pouvait transcrire ce que tous deux nous ressentons. Voici donc sa chronique parue dans Migros Magazine No 25 du 21 juin 2010.

 

Je ne retournerai plus à l’EMS où je rendais visite à ma mère depuis trois ans et demi.

Je n’ai plus de raison de m’y rendre. Bizarrement, je m’aperçois que ce petit univers, ce microcosme va me manquer: résidants, aides soignant(e)s, infirmière(s), animatrices, serveuses de la cafétéria. Je m’y sentais chez moi, avec l’impression parfois d’être comme dans le café d’Amélie Poulain ou un roman d’Anna Gavalda.

Franchir la porte d’entrée, grimper à l’étage par l’escalier ou par l’ascenseur, m’asseoir avec pensionnaires et familles à la cafétéria... ces trois ans et demi m’en ont appris. (Faites pareil, rien n’interdit de rendre ce genre de situation enrichissante).

 Je sais, la plupart des personnes qui ont dû se résigner à vivre là s’en plaignent. Elles voudraient «partir d’ici», retrouver leur «chez soi», ne pas passer leur temps à «attendre».

Quoi? la même chose que nous tous, au fond.

Il en est qui n’ont jamais de visite – et l’on se sent triste pour elles. N’empêche, simple hypothèse de ma part, si autour d’une table et dans quelque au-delà, les pensionnaires pouvaient évoquer leurs souvenirs d’EMS – comme de vieux combattants évoquent les batailles d’antan – que diraient ces personnes?

Je ne suis pas sûr qu’avec le recul, elles peignent de leur dernier lieu de vie le noir tableau qu’on imagine, et qui nous effraie tant, nous qui courons encore au soleil.

 Comme nous le faisons tous à propos des circonstances difficiles de la vie, n’en retiendraient-elles pas, avant tout, les moments heureux, riches d’humanité: la caresse sur leur bras, dans leur dos ou sur leur joue de telle aide soignante, infirmière, animatrice, le sourire de celles-ci, leur gentillesse et leur douceur, leur façon d’être et de créer autour d’elles une atmosphère de vie. Ce sont des métiers où l’art consiste parfois à porter avec attention et délicatesse, en étant avec elle ou lui, la cuillère à la bouche de qui n’est plus capable de la tenir de ses propres doigts, et qui ouvre désormais la bouche comme l’oisillon recevant la becquée.

Bien sûr, tout ça n’a rien de la vie en rose, mais c’est la vraie vie, en sa réalité la plus palpable  et concrète, quand on est ramené à l’essentiel, et qu’une humanité authentique affleure dans les rapports avec autrui.

Non, finir en EMS n’est pas forcément tragique. Est-ce que j’idéalise?

J’ai vu. J’ai vu là des gens dont je ne soupçonnais pas l’existence. Un vieux monsieur hongrois au nom imprononçable que nous appelions «Monsieur C’est cela» (car l’expression revenait souvent dans sa bouche). Il écrivit jadis un roman que je suis en train de commander sur Internet: j’ai envie d’en savoir plus sur ce qu’il fut. Un autre qui espérait franchir le cap des 100 ans avec autant d’aisance qu’il avait magnifiquement franchi à pied les Alpes dans sa jeunesse, du Tessin à Genève, mais qui n’y parvint pas, même si jusqu’au dernier jour, il mit un point d’honneur, impeccablement vêtu, à utiliser ses jambes pour descendre et monter l’escalier menant à l’étage plutôt que d’emprunter l’ascenseur.

J’ai vu que le 90% du personnel était composé de personnes d’origine étrangère: frontaliers, Françaises à l’accent méditerranéen, Portugais(es), Kosovar(e)s, Malienne, etc. Je me demande ce que nous ferions sans elles. N’apportaient-elles pas en cet EMS une joie de vie, une attention à l’autre, une capacité d’empathie que les Suisses ont peut-être perdue, à force d’être les chanceux de l’Histoire?

 Ne se pourrait-il pas que les moments les plus vrais de la vie soient en ses extrémités: en son commencement, quand on est un petit enfant, en son achèvement, quand il n’y a plus d’autre nécessité que de goûter la saveur d’être, le simple sentiment d’exister? Tout le reste, la vie «active», n’étant en fait qu’une parenthèse largement remplie de toutes sortes d’activités superficielles et futiles? Se pourrait-il qu’il nous faille, vous et moi, attendre d’entrer en EMS pour apprendre à vivre?

 

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19/06/2010

La mauvaise foi du Conseil d’Etat ou comment « botter en touche » !

On se souvient de la « fameuse » directive que Madame Guerrier, directrice de l’enseignement primaire, avait adressée à l’ensemble des écoles du canton.

 

http://etsionenparlait.blog.tdg.ch/archive/2010/05/11/hyp...

 

Celle-ci avait alors fait l’objet d’une interpellation de la part du député Jean Romain.

Aujourd’hui, on prend connaissance de la réponse du Conseil d’Etat.

 

Jugez plutôt de quelle manière celui-ci esquive le vrai problème:

 

Cette note mentionnait clairement, texte en gras et souligné, que « le passage de la 1re enfantine à la 2ème primaire était automatique ».

 

Une formule bien différente de celle qu’on peut lire dans la réponse du Conseil d’Etat :

 

« … conformément à la loi et au règlement, en 1re enfantine, 2e enfantine et 1re primaire l'évaluation n'est pas certificative, mais centrée sur la progression de l'élève ».

 

Des propos parfaitement corrects et conformes à la loi…

Mais…voilà, le Conseil d’Etat se garde bien de souligner l’illégalité dans laquelle le DIP s’était englué. Ce n’est en effet qu’en fin de réponse, dans un paragraphe bien alambiqué, qu’on perçoit une reconnaissance toute mesurée de cette illégalité, d’une erreur éventuelle de la part de la Direction…mais en était-ce vraiment une ?

 

Peut-être des excuses ? Pensez-vous, que nenni…

 

Plutôt que de faire clairement amende honorable, le Conseil d’Etat se borne à prétendre que le seul et simple motif du retrait de cette directive est le fait qu’elle «ne prévoyait pas de redoublement en 1re primaire… »  !!!

 

Une belle réponse de politicards.

 

Peut-on encore se réjouir que « les dispositions réglementaires ont été rappelées aux directrices et directeurs d'établissement » ?

 

Hum !!!

 

Texte de l’IUE et réponse donnée :

http://www.geneve.ch/grandconseil/data/texte/IUE00985A.pdf

 

Ma question est la suivante :

Comment se fait-il que cette directive de la direction de l’enseignement primaire viole la loi sur l’Instruction publique à son Art. 27-2 ?

 

REPONSE DU CONSEIL D’ETAT

 

En matière d'évaluation et de promotion des élèves, la loi C 1 10 sur l'instruction publique et le règlement C 1 10.21 de l'enseignement primaire définissent respectivement les principes et leurs modalités d'application. Pour apporter davantage de précisions, une directive sur l'évaluation et les compétences des élèves a été adressée à l'ensemble du corps enseignant le 20 janvier 2010.

Le 29 janvier 2010, en réponse à certaines interrogations d'enseignantes et enseignants, une note de service, objet de l'interpellation, a été éditée pour compléter la directive en mentionnant notamment, conformément à la loi et au  règlement, qu'en 1re enfantine, 2e enfantine et 1re primaire l'évaluation n'est pas certificative, mais centrée sur la progression de l'élève.           

C'est parce que cette note ne prévoyait pas de redoublement en 1reprimaire, pourtant prévu dans la loi et présent dans les faits, qu'elle a été retirée et les dispositions réglementaires rappelées aux directrices et directeurs d'établissement.

La directive sur l'évaluation et les compétences des élèves sera revue pour la rentrée 2010 afin d'y intégrer toutes les précisions nécessaires, rendant ainsi possible l'application stricte et sans ambiguïté du cadre légal et règlementaire.

Conformément à ce qui a déjà été développé publiquement, il convient de répéter que compte tenu de ses omissions, puisqu'elle a rapidement nécessité une note de service – qui s'est par ailleurs révélée contraire à la loi C 1 10 et au règlement C 1 10.21 – cette directive n'aurait incontestablement pas dû être validée, elle non plus.

Au bénéfice de ces explications, le Conseil d’Etat vous invite, Mesdames et Messieurs les Députés, à prendre acte de la présente réponse.

 

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11/06/2010

Le Président du DIP, tel un illusionniste

Monsieur Charles Beer était l’invité de Pascal Décaillet, ce matin, au 7 à 8 sur les ondes de Radio Cité.

 

http://www.radiocite.ch/menu-143-39-07h08h-%3A-p-decaillet.html

 

Ainsi donc, le Conseiller d’Etat, contrairement au Président français, préfère « consulter » plutôt qu’ « imposer ».

Le mot est lâché : CONSULTER.

Fort bien ! A condition que cette consultation serve à quelque chose, qu’on tienne compte du résultat. Mais voilà, Monsieur Beer a sa manière de faire, bien à lui. Quel que soit le résultat du sondage, comme à son habitude, il n’en démordra pas. Il s’en tient à son idée première comme si c’était parole d’évangile.

L’argument paraît de taille : le respect du rythme de travail des enfants. Seulement voilà, on trouvera autant d’ «experts » qui prétendront qu’un jour de congé en milieu de semaine est dommageable pour les écoliers que d’autres qui , au contraire, avanceront que ce « break » est salutaire puisqu’il permet de s’adonner à toutes sortes d’activités des plus bénéfiques (sport, musique, théâtre, etc.)

Donner l’illusion d’être à l’écoute tout en imposant son diktat, tout un art !

Car enfin, le résultat de la consultation était très clair : augmentation de l’horaire scolaire, oui, mais, de manière très majoritaire, pas le mercredi matin ! D’autres solutions existent…mais elles ne plaisent pas au président du DIP.

Hum…ça sent le référendum à plein nez !

 

Pour mémoire, les deux textes publiés il y a peu de temps sur ce blog :

 

http://etsionenparlait.blog.tdg.ch/archive/2010/03/26/hum-y-a-comme-quelque-chose-qui-derange.html

 

http://etsionenparlait.blog.tdg.ch/archive/2010/03/27/horaire-scolaire-des-ecoliers-genevois-le-dip-hors-la-loi.html

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