22/10/2010

La langue française, décadente?

Dans le cadre du sommet de la francophonie, la TG du jour publie aujourd’hui deux interviews d’écrivains, l’une de Jean Romain et l’autre de Jérôme Meizoz.

Ainsi donc selon ce dernier, notre langue n’est pas du tout en mauvaise santé. Et d’argumenter que ceux qui le pensent sont « myopes ». A ses yeux, le français s’est simplement « démocratisé » ce qui représente « un progrès social ».L’adaptabilité des jeunes à l’apparition de nouveaux codes tels les SMS est un apport très riche, ils deviennent ainsi « multicodes ».

Selon Monsieur Meizoz, cela fait depuis 130 ans, depuis que l’école obligatoire existe, qu’on assiste tous les vingt ans à une soi-disant « crise du français ».

Une sorte de mode en somme.

Ceux qui dénoncent cette dégradation de la langue sont des « réacs » qui « craignent pour leur position d’élite linguistique en perte d’influence. La démocratisation de la langue, au fond, leur fait peur ».

Rien que ça !

Et pourtant ?

Si j’en juge par ce que je connais, à savoir l’école primaire genevoise, nul doute que lors de ces 40 dernières années, les exigences en français ont très largement baissé.

Il fut un temps où l’on disposait, pour chaque degré du primaire, de conséquentes brochures d’exercices structurés afin de travailler le vocabulaire, la conjugaison, l’orthographe et la grammaire. Aujourd’hui, l’étude de ces matières en est réduite à une seule brochure insignifiante tant elle est minimale et peu structurée.

Les moyens d'enseignement sont insuffisants, preuve en sont les innombrables photocopies que chaque enseignant est bien forcé de faire.

N’oublions pas non plus les sommes énormes que ces enseignants doivent investir dans l’achat de moyens didactiques, en France et ailleurs, afin d’améliorer le quotidien en division moyenne.

Le déficit de connaissances de base est patent, comme le montre dans les épreuves cantonales la baisse des exigences en français et en mathématique en fin de 6e primaire.

En mathématique par exemple, en 2002, un élève qui répond correctement à 37% des questions obtient la note suffisante de 3 à des épreuves par ailleurs peu exigeantes.

Pour obtenir la même note, il fallait répondre correctement, en 1997, à 48% des questions, en 1990 à 56%, et en 1989 à 62%. Ainsi en treize ans, le minimum exigé est passé d'un peu moins de deux tiers à un peu plus d'un tiers de réponses justes...

 

Alors, Monsieur Meizoz, dénoncer régulièrement cette dégradation ne serait qu’une mode ?

Je vois plutôt dans vos propos une manière de se voiler la face et se cacher une réalité évidente.

18:52 | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook

Commentaires

En dehors du fait que citer des épreuves de maths pour prouver la dégradation du français me parait tortuer quelque peu au niveau du raisonnement, je présume que les questions de 1989, 1990, 1997, 2002, etc... ne sont pas les mêmes. Ou alors ce serait un peu trop fastoche, plus besoin de mascogne: on prend les mêmes et on recommence... Alors même si sur le fond, je plussoie, comment pouvez vous être certain que toutes ces questions sont de niveau de difficulté équivalents ?

Écrit par : Ferdinand de Chaussure | 23/10/2010

@ de Chaussure
Il en va du français comme des maths, il se trouve que l'Arle avait travaillé surtout sur les épreuves de math.
Votre raisonnement tient alors pour toutes les comparaisons faites, du genre PISA par exemple. Les questions ne sont bien entendu pas les mêmes et pourtant on compare les résultats d'une période à l'autre et même d'un pays à l'autre. La condition, c'est que les questions soient en rapport avec les programmes en vigueur à chacune des époques.A vous suivre, toute comparaison serait impossible.

Écrit par : duval | 23/10/2010

Avait travaillé, ce me semble...

Écrit par : Ferdinand de Chaussure | 23/10/2010

Quelle horreur....autant pour moi! Correction, merci! Voilà ce que c'est que de se précipiter.

Écrit par : duval | 23/10/2010

Il est certain que le nombre de ceux qui maîtrisent le français a augmenté durant les 130 années de l’école obligatoire.

Mais la progression ne s’est pas faite linéairement : le niveau moyen d’un élève obtenant le certificat de maturité, en ce qui concerne le français, a été bien meilleur en 1975 qu’en 1925. Il est clair que sur ce laps de temps la progression a été fulgurante. Mais ce niveau est bien inférieur en 2005 qu’il ne le fut 1975 : là, la régression est tout aussi fulgurante.

Quant à l’argument qui consiste à dire que ceux qui dénoncent la baisse du niveau de français sont des élites qui craignent, avec cette baisse, de ne plus pouvoir conserver leurs privilèges, il est tellement lardé d’idéologie gauchisante jusqu’au bout des neurones que je me suis demandé si c’était une plaisanterie.

Écrit par : Jean Romain | 23/10/2010

"de conséquentes brochures d’exercices"
Vous avez peut-être bien raison, mais il y a toujours à redire à l'évolution de la langue: ainsi, pour moi, "conséquent" (au lieu d'important) devrait rejoindre les "décimer" (au lieu de massacrer), "eks" (prononcé ainsi au lieur de etc.), et quelques dizaines d'autres "innovations" répandues tant en France que chez nous, à l'origine desquelles on trouve pourtant toujours un manque de connaissance et d'attention.

Écrit par : Mère-Grand | 23/10/2010

"Il fut un temps où l’on disposait, pour chaque degré du primaire, de conséquentes brochures d’exercices structurés afin de travailler le vocabulaire, "

Ouais, et bien moi ça me fait hurler chaque fois que je lis ou que j'entends "conséquent" à la place d'"important". C'est d'une inconséquence! Comme quoi...

Oups! je viens de lire le commentaire de Mère-Grand! Alors: bis repetita placent.

Écrit par : Johann | 01/11/2010

Les commentaires sont fermés.