07/12/2010

L'UDC va gagner!

Quelques réflexions sur l’avenir « politique » qui nous attend selon Jean Romain, écrivain, philosophe.

Paru dans le journal « Le Temps » ce mardi 7 décembre.

 

 

L’UDC gagne encore ?

                                                                                   

 


On observe un divorce, que plusieurs analystes ont déjà repéré, entre l’économie et la politique. Si aujourd’hui la politique court après l’économie, c’est qu’elle n’a pas compris que malgré les psalmodies qui serinent l’ouverture au monde, qui prônent la transfrontiéralité, qui encensent la déterritorialité, seule l’économie est capable d’enjamber ainsi les frontières. La politique devrait sortir de ses abris anti-réel, et admettre une réalité qui saute aux yeux (une réalité que toutes les votations chez nous entérinent de plus en plus vigoureusement, une réalité que la gauche internationaliste tétanisée ainsi que la droite classique médusée ne veulent pas accepter tant elles sont persuadées que le monde moderne va inexorablement vers le grand tout) c’est que l’économie se globalise tandis que la politique se provincialise. La zone de consommation se dilate ; la zone des votations se replie sur elle-même.

Au fond elles se croisent. Et la raison profonde pour laquelle Marx a tort dans sa prédiction de fin du capitalisme réside dans ce mouvement inversé. Marx prétend que c’est l’organisation de la circulation de la marchandise qui, si elle est modifiée, va changer les mentalités (suprastructure). Au fond, ce qu’il reproche à Hegel c’est que Hegel n’avait pas saisi ce rapport de causalité puisqu’il l’a inversé. En effet, Hegel pensait que c’est l’Idée qui transforme le monde matériel ; Marx dit que c’est le monde matériel qui transforme l’Idée. Changeons les règles économiques et les idées changeront d’elles-mêmes.


Or, ce n’est pas ainsi que les choses se sont passées. Plus l’économie se globalise et tend hégémoniquement à occuper le grand tout, plus la pensée se recroqueville sur le local ; plus le monde de la marchandise se veut sans limite ; plus les gens affirment leur besoin de limites.


Par exemple, la récente affaire de l’interdiction du congrès de l’UDC à l’Université de Lausanne est emblématique de ce mouvement. L’Université est par excellence le lieu de l’universel ! Le lieu où la pensée, la recherche, la découverte se veulent internationales, sans bornes. Ce lieu feutré du lent mûrissement des textes et des chiffres, ce lieu affirme que les frontières éclatent. L’UDC, le parti de la frontière, y est refusée. « Pas de ça ici, lui dit-on ! Nous sommes la vérité en marche vers le grand tout, vers l’intégration universelle, vers le monde meilleur, tolérant et global qui ne manquera pas d’arriver. Allez voir à côté ! »


En terme d’image symbolique, on ne peut rêver mieux pour l’UDC. Elle plante sa tente dans un champ, au milieu des vignes, sur la terre et la neige, dans le froid du terroir, en lieu et place du douillet gazouillis de l’universel. Et tout le monde lit cette image : éloge du local, primauté de la frontière, affirmation des repères. Cette force du provincialisme séparateur de lieux prend de l’ampleur à mesure que l’anonymat du mondialisme globalisant s’installe. La sorcellerie de la frontière compense la banalisation du grand tout. Donc cette interdiction universitaire, assez sotte, renforce (à petite échelle bien sûr) le mouvement de croisement. Si on avait voulu le freiner (toujours à petite échelle, bien sûr) il aurait fallu permettre le congrès dans les locaux de l’université.

 

L’école sera un grand thème des élections de l’an prochain. L’école ne doit pas s’ouvrir à tout, elle ne doit pas faire le jeu internationaliste de l’économie, elle ne doit pas attiser la suppression des frontières, des limites (supprimer la frontière des disciplines, supprimer la frontière des notes, supprimer la frontière entre profs et élèves, supprimer la frontière entre le permis et l’interdit, entre le sacré et le profane, entre formation et information, etc.) mais la rétablir. Et, d’entre toutes, la principale frontière qu’il faut rétablir d’urgence est celle du dedans et du dehors : le dedans de l’individu, et le dehors du monde en perpétuel mouvement. L’économie changeante a partie liée avec le bougisme, avec le tout est permis sans limites (songeons à l’UBS et à la crapule de la banque internationale), l’économie mouvementiste déboussole les individus, et les déboussole durablement au point de les plonger dans le désarroi.

 

Dans ce contexte hallucinant qui est le nôtre, l’école doit faire exactement le contraire : non pas s’adapter sans cesse au monde bougiste mais créer à l’intérieur des élèves, par le choix des disciplines, un filet étonnamment résistant. L’école doit former les jeunes esprits de sorte qu’ils puissent régulièrement se réfugier en eux-mêmes pour se refaire une stabilité face au monde instable. Elle doit un peu se refermer au monde tel qu’il va, pour permettre de s’ouvrir au monde de la culture la plus stable possible. Et non pas à toutes les cultures (dans un premier temps du moins). Ce qui efface encore les limites. Seuls les conquérants veulent supprimer les frontières ! Et surtout, pour l’école, ne pas supprimer la frontière entre le dedans et le dehors, mais la renforcer.

 

Or elle fait le contraire, elle court après un lièvre qui sera toujours plus retors qu’elle : l’économie. « Il faut adapter les élèves au monde, et dans ce dessein le latin ne leur sert à rien. » entend-on jusqu’au sein de la droite traditionnelle comme de la gauche. Evidemment, le suisse allemand leur sert plus !

 

Ce mouvement de renforcement des valeurs sûres en matière scolaire est ce que vient de comprendre l’UDC. Elle va gagner.

 

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Commentaires

le parti UDC serait-il le mouvement Exit mais en politique afin de contrer certaines absurdités de l'église de Climatologie,qui sait?
bien à vous et bonne soirée

Écrit par : lovsmeralda | 07/12/2010

Je ne suis pas en accord avec nombre de thèmes de l'UDC. Mais je pense que l'on fait fausse route en voulant simplement stigmatiser ou diaboliser ce parti. L'absence d'arguments ne fera pas vaciller d'un poil 30% de la population suisse. On doit reconnaître que les thèmes de l'UDC ont une réelle résonance protectionniste. Et si l'on n'est pas d'accord il faut argumenter.

Je ne suis pas non plus toujours en accord avec ce qui se dit ici sur l'école, mais j'apprécie qu'il y ait une vraie réflexion, avec un vrai débat et de solides arguments. Cela est formateur et fondateur.

Merci pour vos contributions ainsi que celles de Jean Romain.

Écrit par : hommelibre | 07/12/2010

"Elle va gagner."

Non.

Écrit par : Johann | 07/12/2010

@Hommelibre ,proche de l'UDC par quelques idées,je me fais un plaisir à chaque fois de dire à un ami ancien mobard et président de commune UDC,attendons les élections ,et attendons surtout la suite,car j'ai remarqué,une fois les élections passé,c'est comme si tous étaient devenus Alhzeimer,et les belles fausses promesses s'éclipsent comme les rats quittant le radeau de la Méduse,mais restons optimistes,on peut encore croire aux miracles,l'année 2011 en est porteuse!
bien à vous et bonne soirée

Écrit par : lovsmeralda | 07/12/2010

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