15/12/2010

Qui donc se cache derrière Beer ?

La réaction de Monsieur Etienne Joyeux, enseignant au post-obligatoire, au débat sur l’introduction du suisse-allemand dans la nouvelle grille horaire du Cycle d’Orientation,

RSR le 14 décembre 2010 à 8h15

Joël Marchetti s’entretient avec Charles Beer et Beat Kappeler, intervention enregistrée d’André Duval.

 

http://www.rsr.ch/#/la-1ere/programmes/le-journal-de-8h/?...

Interrogé sur les motifs pour lesquels une « sensibilisation » au suisse-allemand lui semble opportune au Cycle d’Orientation, le Président de l’Instruction publique du Canton de Genève répond qu’il juge essentiel que les jeunes élèves soient capables de comprendre le dialecte et d’établir un dialogue avec les gens en Suisse alémanique. Le but visé serait une socialisation accrue des élèves au niveau national, qui passerait nécessairement par l’apprentissage du Schwitzerdütsch.

 

On sait combien il est laborieux, à Genève, de motiver les élèves pour l’apprentissage de l’allemand. Cette sensibilisation devrait pourtant prendre place parmi les heures dévolues au Hochdeutsch. On sait aussi que ce n’est pas à la sortie du C.O., ni même du Collège, qu’on peut espérer voir les élèves parler couramment une langue étrangère. En revanche, une base grammaticale solide, des lectures, du vocabulaire sont un avantage décisif au moment où ils se trouveront en situation d’immersion, comme on dit, à l’étranger, et mis en demeure de se débrouiller.

 

Il n’en ira pas de même pour le suisse-allemand : sans sérieux aperçu des structures, de la morphologie, de l’ordre des mots et des particularités des verbes et des temps, peu d’espoir dans le cas d’une simple « sensibilisation » au dialecte, qui s’est développé sans avoir connu la deuxième « Lautverschiebung » - l’évolution des voyelles – du Hochdeutsch.

 

Beat Kappeler a beau souligner qu’en Suisse alémanique, on tente au contraire de lutter contre la tendance envahissante du suisse-allemand au profit du Hochdeutsch, que trop charger  les programmes au détriment de la concentration sur les disciplines essentielles et de minoriser l’apprentissage du latin – dont la grammaire est si utile à l’apprentissage de langues comme l’allemand – lui semble contre-productif, Charles Beer n’en tient pas moins à favoriser le small-talk en Suisse-allemande, envisageant pour cela une mobilité générale des enseignants d’allemand pour leur formation qui laisse entrevoir de fantastiques problèmes de gestion. Beat Kappeler qui indique aussi que le suisse-allemand est de plus en plus vidé de sa substance au profit d’emprunts à l’anglais et à l’allemand…

 

Quand André Duval, de l’ARLE, objecte lui aussi la progressive dispersion des savoirs et les activités pratiques toujours davantage parasitées par l’introduction de nouvelles disciplines linguistiques (reflet de l’éparpillement culturel forcené du monde contemporain ?), alors même que les bases de la langue maternelle sont toujours mal assurées, on n’avance guère le débat en invoquant sa « mauvaise foi ».

 

Suite à ce rapide débat, on serait curieux de savoir ce qui a présidé à cette aventureuse décision de Charles Beer, quels en ont été les protagonistes en amont, et quel genre d’image on veut donner de l’enseignement à Genève, pour quel profit pédagogique – et politique.

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Commentaires

Bonsoir Monsieur Duval.

Pouvez-vous me rappeler à ce numéro: 076 397 65 51?

J'aurais besoin de vous pour une intervention sur notre radio sur ce sujet!

Très Amicalement, Olivier Francey

Écrit par : Olivier Francey | 15/12/2010

Bonsoir Monsieur Duval.

Pouvez-vous me rappeler à ce numéro: 076 397 65 51?

J'aurais besoin de vous pour une intervention sur notre radio sur ce sujet!

Très Amicalement, Olivier Francey

Écrit par : Olivier Francey | 15/12/2010

Très bonne votre intervention mardi dernier sur la RSR. Merci.

« Croix de bois croix de fer, si tu mens, tu iras en suisse allemande »
Voilà ce que me disait mon père quand j’étais gamin, et croyez-moi que c’était efficace.

J’ai bien apprécié aussi la BD « L’affaire Tourneglotte » parue, il y a deux ou trois semaines.

Merci et bonne continuation.

Écrit par : Benoît Marquis | 15/12/2010

C'est tout simple, en Suisse ceux qui parlent suisse allemand et lisent et écrivent en Allemand, ont de meilleures perspectives et de meilleurs salaires. Cela joue aussi pour ceux qui parlent, écrivent en anglais, espagnol....Mais la Suisse allemande majoritaire gère le pays donc économiquement et politiquement donc communiquer avec eux dans leur dialecte est un atout. C'est pour cela que les Ecoles bilingues ont tant de succès.

Écrit par : Suissitude | 16/12/2010

@Suissitude
D'accord avec vous mais avant d'apprendre le suisse allemand (lequel?) il convient d'abord de connaître au mieux l'allemand (langue nationale), c'est ce qui doit être fait à l'école oblgatoire, c'est son rôle. Ensuite, certains pourront penser à se lancer dans un dialecte quelconque.
A noter que cette "genevoiserie" serait unique en Suisse Romande...dans aucun canton romand (même le Valais) on trouve, au CO, des cours de suisse-allemand.
Encore une manière de se distinguer à Genève, une façon de marquer son territoire pour notre conseiller d'Etat?

Écrit par : Duval | 16/12/2010

jeunes gens au pair,c'était la solution idéale pour apprendre le Suisse-Allemand,découvrir un autre mode de vie,loin des parents,un sentiment de liberté et de grandes portes qui s'ouvraient à nous pour notre avenir professionnel
bien à vous et bonne soirée

Écrit par : lovsmeralda | 16/12/2010

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