18/12/2010

De l’utilité du latin

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Le schwyzerdütsch s’apprête à faire son entrée dans la grille horaire du CO de Genève ! On peut légitimement se demander si cette mesure absurde ne servirait pas à attirer adroitement toute l’attention, de façon à faire oublier la disparition de l’enseignement du latin.

Car il convient de rester lucide.

Le nouveau CO genevois, voté et accepté par le peuple, exige, en 7ème, les mêmes cours pour tous les élèves. A l’origine, une approche du latin y était prévue. Malheureusement, au sein du DIP, pour des raisons obscures, il en a été décidé autrement : suppression des cours de latin en 7ème du CO.

Cette décision est très dommageable. A n’en pas douter, à plus ou moins brève échéance, elle aura pour conséquence la perte définitive de l’apprentissage de cette langue.

Dès lors, plutôt que de commenter une fois de plus l’absurdité de cette « genevoiserie » que représente l’introduction d’une sensibilisation au suisse-allemand, il convient aujourd’hui de se pencher sur l’utilité du latin.

L’étude des langues anciennes telles le latin et le grec étoffe indéniablement la culture générale. Encore aujourd’hui, leur connaissance est certainement utile dans bien des domaines, de l’archéologie, en passant par l’histoire, la religion et la médecine. Elles permettent d’approfondir quantité de sujets, étymologie, civilisation, mythologie, sciences, droit juridique.

Le latin facilite l’acquisition de termes scientifiques et techniques. Par exemple, en médecine ou en pharmacie, la terminologie utilise essentiellement des termes dérivés du latin.

Essentiellement, l’étude de cette langue permet de structurer la réflexion. Son apprentissage apporte en effet rigueur et esprit logique. Il aide à mieux saisir le fonctionnement de nombreuses langues, il en va ainsi du français, de l’italien ou même de l’allemand. Le latin exige en effet de connaître la fonction de tout mot utilisé, il en découle une syntaxe facilitée.

Il s’agit d’une langue où il faut observer attentivement chaque détail pour comprendre le sens de la phrase. Chaque cas, du nominatif à l’ablatif en passant par l’accusatif ou le datif a son importance. Pas question de lire "tar" pour "bar", ou d'attribuer à un mot une fonction incompatible avec sa terminaison. Le latiniste se trouve face à un puzzle qui pourrait être assimilé à une sorte d’énigme policière.

Ainsi, chaque version exige une formulation précise, grammaticalement correcte, de toutes les phrases. Elle apprend à jongler adroitement avec les mots et les idées. Assurément, un gage d’amélioration de la langue française.

Le latin est et devrait rester une véritable stimulation à l’intérêt, à la concentration, aux capacités d’analyse.

A quoi joue le DIP, à quoi riment toutes ces mesures difficilement compréhensibles, quelle idéologie cachent-elles donc ?

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Commentaires

Des députés du Grand Conseil pourraient préparer un PL sur la 7e année du Cycle d'orientation de sorte à permettre la possibilité d'une section latine dès l'entrée au C.O.

Après tout, ce serait une petite correction à une loi assez peu éclairée.

Écrit par : Jean Romain | 18/12/2010

Je suis convaincu que l'approche du suisse allemand est une mesure politique et que son aspect pédagogique est parfaitement secondaire. Je peine à comprendre la raison qui contraint les élèves du CO à être sensibilisés au suisse allemand alors même que l'allemand est considéré comme une langue de barbares à laquelle il faut préférer l'anglais...

Quant au latin, j'y ai été "sensibilisé" pendant 3 ans - entre 12 et 15 ans - et j'avoue humblement avoir trouvé cette langue parfaitement barbante à l'époque. De deux choses l'une : ou bien on étudie le latin dans de bonnes conditions avec des profs qui savent en montrer les bons côtés, ou bien on encourage les élèves à parler et écrire le français correctement. La sensibilisation n'est que saupoudrage : vous soufflez dessus, il ne reste rien !

Écrit par : Michel Sommer | 18/12/2010

C'est une énorme perte l'abandon du latin.
A partir du latin on peut comprendre et apprendre plus facilement les autres langues latines : portugais, italien, roumain, espagnol.

Dommage !

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 18/12/2010

Le latin est une langue ancienne de culture, mais pas seulement. Il aide à comprendre beaucoup de langues aux racines latines. Grâce au latin, on étoffe sa culture générale et l'on apprend l'étymologie, ainsi que certains termes scientifiques et techniques, on développe la logique et l'esprit de synthèse, etc. Personnellement, il m'a aidée dans l'étude de l'allemand, surtout pour les déclinaisons. Bien que ce soit une langue morte, le latin est loin d'être inutile. L'abandonner, c'est presque une hérésie.

Écrit par : Kissa | 18/12/2010

Labor improbus omnia vincit

Écrit par : Noam | 18/12/2010

Alea jacta est...

Écrit par : Kissa | 19/12/2010

Les patrons vont être enchantés de voir arriver des apprentis parlant le suisse-allemand et ne sachant pas écrire la langue de Molière devenue depuis 2000,grâce à l'arrivée en force des natels, une sorte de language n'ayant rien à envier à celui du temps des Hommes de feu!
bon dimanche à vous!

Écrit par : lovsmeralda | 19/12/2010

Mais non, lovsmeralda, ils ne parleront pas le suisse-allemand du tout, ce n'est pas avec une sensibilisation qu'ils pourront le faire. C'est une perte de temps qui nuit à l'ensemble des autres branches. Il vaudrait mieux, en effet, essayer d'améliorer leurs compétences en Hochdeutsch, le dialecte suivra pour ceux qui le désirent. Bizarre ce qui se passe au DIP!?

Écrit par : Hans | 19/12/2010

J’ai évoqué avec certains députés la possibilité d’un PL qui rétablisse, dès l’entrée au C.O., la filière latine pour ceux qui la choisiraient.

Il y a 3 sortes de réticences :

1. Ceux qui défendent l’esprit de la loi votée par le peuple, qui y ont œuvré et qui sont attachés au fait que les mêmes cours soient dispensés à tous les élèves de 7e année. Plutôt de gauche, cette vision pense au fond que le latin est terriblement élitiste, et que plus on retardera son choix, moins les élèves seront triés. Société homogène à l’instar des classes scolaires.

2. Ceux qui veulent négocier : échanger leur aide pour rétablir le latin en 7e contre mon aide pour mettre sur pied une voie rapide pour permettre à ceux qui le peuvent de faire leur C.O. en deux ans, de sorte d’obtenir la matu à 18 ans. (droite plutôt cultivée, humaniste)

3. Ceux qui n’aiment pas le latin et le trouvent inutile (droite plutôt économique). Il faut le réserver à l’université au même titre que d’autres disciplines anecdotiques.

J’ai une tout autre vision. La question face à une discipline enseignée à l’école obligatoire n’est pas « à quoi est-elle utile ? » mais « de quoi est-ce que cela me libère ? » C’est le pouvoir de libération qui me semble premier (toutes les disciplines n’ont pas la même force libératrice), et c’est sur ce pouvoir que se fonde l’utilité.

Écrit par : Jean Romain | 19/12/2010

Je te tiens tu me tiens par la barbichette…cette politique est écœurante ! Pas difficile d’y mettre des noms…
A gauche comme à droite, ces gens n’y comprennent rien.
Le latin permet essentiellement d’apprendre à structurer sa pensée, sa réflexion. Absolument rien d’élitiste là-dedans. Comme si tous les gens qui ont pratiqué le latin étaient devenus des cadres, des élites ! Ridicule ! Je suis la preuve vivante que c’est faux. En fait, de gauche ou de droite, ces politiciens voient le problème par le même bout de la lorgnette…latin = élite ! Du coup, ils réagissent en fonction de leur idéologie mesquine. Les uns, sous prétexte de tri précoce, ne veulent pas de ce soi-disant élitisme. Les autres en profitent pour prétendre à une école à plusieurs vitesses.
En fait, JR a raison. Le latin est utile à TOUS les élèves parce qu’il développe la pensée, la réflexion (rien à voir avec l’élitisme)…et ça, tous les écoliers y ont droit !

Écrit par : Duval | 19/12/2010

Jacqueline de Romilly, une certaine idée de la Grèce


Une grande helléniste, la première femme professeur au Collège de France, et un membre de l’Académie française (la 2e femme après Yourcenar) vient de mourir. Le nom de Romilly est associé pour le grand public à la défense de l’enseignement des langues anciennes ; pour les cercles d’initiés, à Thucydide avant tout.

Je l’avais rencontrée à deux reprises : une fois à Paris lors d’une émission de radio pour un des mes livres, qu’elle m’avait fait l’amitié de lire ; une seconde fois, aux Rencontres Internationales de Genève. « Enseignez-leur ce qui ne leur sert pas au premier chef », m’avait-elle conseillé. Il faut enseigner aux jeunes ce qui les augmente avant de leur enseigner ce qui leur sert immédiatement.

Les textes de l’Antiquité, grecque et latine, pour arriver jusqu’à nous, ont subi deux puissantes sélections : d’abord, on n’écrivait à l’époque que ce qui était essentiel et les écrivains se concentraient sur la haute qualité de leurs propos ; ensuite, pas mal de textes de deuxième plan n’ont pas été jugés dignes d’être traduits, et certains sont perdus. Il ne reste de cette époque, épurée par des sélections successives, que la quintessence de ces civilisations qui sont à l’origine de la nôtre.

Jacqueline de Romilly a été une passeuse ; son dialogue – souvent rempli d’humour - avec la Grèce antique a été celui de pas mal de gens conscients de la dimension historique de l’humanisme exigeant ; elle s’est battue pour que perdure la mémoire, et pour que l’enseignement se fasse, non seulement sur la petite poussière évanescente qu’est la pointe extrême de notre modernité, mais sur la stabilité du temps long.

Il est singulier qu’elle s’en aille au moment même où l’attaque contre le latin et contre la culture est portée par ceux qui pensent que le latin est une langue morte. Alors qu’il est vivant, comme toute culture honnête. Le latin et le grec ancien ne sont pas éternels, ils sont présents. C’est cela le miracle grec !

Écrit par : Jean Romain | 19/12/2010

Très bonnes analyse et conclusion! Cela n'a strictement rien à voir avec ce prétendu élitisme.

Écrit par : Kissa | 19/12/2010

@Hans,je pense de même!

Écrit par : lovsmeralda | 19/12/2010

Quand on pense que tout de même il n'y avait qu'une infime minorité d'élèves qui choisissaient le latin, il convient de relativiser un peu toute cette agitation/excitation. Quant à vouloir donner des cours de latin à tous les élèves, bon courage aux profs... Pour la sensibilisation au suisse allemand, c'est effectivement une ânerie.

Écrit par : Rapunzel | 20/12/2010

@Rapunzel

Au cycle de Bois Caran, par exemple, c'est environ 1/3 des élèves de 7ème qui choisissent de faire du latin. Est-ce ce que vous qualifiez de "une infime minorité" ? Au contraire, à mon sens, c'est une quantité non négligeable, voire importante.
Avez-vous des statistiques officielles pour vous avancer de la sorte?

Écrit par : Duval | 20/12/2010

@Duval

Non, mais je sais que dans d'autres cycles on est loin du 1/3.

Écrit par : Rapunzel | 20/12/2010

@Rapunzel
ça fait tout de même plusieurs centaines d'élèves sur les 20 cycles de Genève. On est loin d'une "infime minorité" et tous ces élèves n'ont pas à être lésés.

Écrit par : Duval | 21/12/2010

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