26/12/2010

Pisa, que nous cache-t-on ?

Imaginez qu’après avoir patiemment fait la queue, vous arrivez enfin à la caisse du supermarché du coin. Verdict, 501 francs pour le total de votre panier. Vous désirez alors connaître le détail de vos achats et réclamez le ticket de caisse. C’est « niet », impossible d’en savoir plus. Vous devez vous contenter de l’addition finale.

Il en va de même avec le rapport Pisa 2009. Vous n’avez droit, pour la Suisse, qu’aux résultats globaux de l’étude sans qu’on vous donne les résultats détaillés par cantons.

Dans un précédent billet, j’ai déjà dit mes inquiétudes au sujet de cette enquête internationale.

 http://etsionenparlait.blog.tdg.ch/archive/2010/12/08/coc...

Seuls donc les résultats globaux pour la Suisse sont connus.

Voilà qui m’interpelle !

Comment cela est-il diable possible ? Serait-ce un petit miracle mathématique ?

Pour connaître les résultats de la Suisse (501 pts), il a pourtant bien fallu se livrer à un calcul qui permet de définir la moyenne suisse…et je ne vois pas comment ce calcul a été possible sans que chaque canton ait rendu sa copie.

Les résultats cantonaux sont donc obligatoirement connus. Pourquoi alors faut-il attendre fin 2011 pour qu’ils soient révélés au grand public ?

Voilà qui est étonnant, voire inquiétant.

Alors que la CDIP (conférence des directeurs inter-cantonaux de l’instruction publique) se réjouit des résultats du pays, notons que les chercheurs responsables de l’étude PISA appellent à la nuance. Ainsi, la Tdg du 21 décembre nous rappelle que  Monsieur Christian Nidegger, un des responsables de l’étude en Suisse, remet les points sur les i : « il est faux d’affirmer que les élèves suisses, en lecture, ont progressé au niveau de leur performances globales moyenne. Un gain de sept points en neuf ans n’est pas significatif. Par conte, il est juste de dire que la Suisse est passée, en lecture, au-dessus de la moyenne internationale, mais pas de manière « nette », comme le relève la CDIP. Et cette progression est à relativiser lorsqu’on sait que la moyenne internationale a elle-même baissé… »

Je persiste et signe, une moyenne suisse ne saurait nous donner une indication valable pour ce qui est de Genève.

Taire les résultats cantonaux pendant plus d’une année n’est pas de nature à rassurer.

Je prends toujours les paris, à 1 contre 10, Genève n’aura pas progressé d’un pouce voire même régressé.

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18/12/2010

De l’utilité du latin

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Le schwyzerdütsch s’apprête à faire son entrée dans la grille horaire du CO de Genève ! On peut légitimement se demander si cette mesure absurde ne servirait pas à attirer adroitement toute l’attention, de façon à faire oublier la disparition de l’enseignement du latin.

Car il convient de rester lucide.

Le nouveau CO genevois, voté et accepté par le peuple, exige, en 7ème, les mêmes cours pour tous les élèves. A l’origine, une approche du latin y était prévue. Malheureusement, au sein du DIP, pour des raisons obscures, il en a été décidé autrement : suppression des cours de latin en 7ème du CO.

Cette décision est très dommageable. A n’en pas douter, à plus ou moins brève échéance, elle aura pour conséquence la perte définitive de l’apprentissage de cette langue.

Dès lors, plutôt que de commenter une fois de plus l’absurdité de cette « genevoiserie » que représente l’introduction d’une sensibilisation au suisse-allemand, il convient aujourd’hui de se pencher sur l’utilité du latin.

L’étude des langues anciennes telles le latin et le grec étoffe indéniablement la culture générale. Encore aujourd’hui, leur connaissance est certainement utile dans bien des domaines, de l’archéologie, en passant par l’histoire, la religion et la médecine. Elles permettent d’approfondir quantité de sujets, étymologie, civilisation, mythologie, sciences, droit juridique.

Le latin facilite l’acquisition de termes scientifiques et techniques. Par exemple, en médecine ou en pharmacie, la terminologie utilise essentiellement des termes dérivés du latin.

Essentiellement, l’étude de cette langue permet de structurer la réflexion. Son apprentissage apporte en effet rigueur et esprit logique. Il aide à mieux saisir le fonctionnement de nombreuses langues, il en va ainsi du français, de l’italien ou même de l’allemand. Le latin exige en effet de connaître la fonction de tout mot utilisé, il en découle une syntaxe facilitée.

Il s’agit d’une langue où il faut observer attentivement chaque détail pour comprendre le sens de la phrase. Chaque cas, du nominatif à l’ablatif en passant par l’accusatif ou le datif a son importance. Pas question de lire "tar" pour "bar", ou d'attribuer à un mot une fonction incompatible avec sa terminaison. Le latiniste se trouve face à un puzzle qui pourrait être assimilé à une sorte d’énigme policière.

Ainsi, chaque version exige une formulation précise, grammaticalement correcte, de toutes les phrases. Elle apprend à jongler adroitement avec les mots et les idées. Assurément, un gage d’amélioration de la langue française.

Le latin est et devrait rester une véritable stimulation à l’intérêt, à la concentration, aux capacités d’analyse.

A quoi joue le DIP, à quoi riment toutes ces mesures difficilement compréhensibles, quelle idéologie cachent-elles donc ?

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16/12/2010

I have a dream...

Une nouvelle aventure de Tintin...

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Vignettes modifiées tirées d'albums de Hergé

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15/12/2010

Qui donc se cache derrière Beer ?

La réaction de Monsieur Etienne Joyeux, enseignant au post-obligatoire, au débat sur l’introduction du suisse-allemand dans la nouvelle grille horaire du Cycle d’Orientation,

RSR le 14 décembre 2010 à 8h15

Joël Marchetti s’entretient avec Charles Beer et Beat Kappeler, intervention enregistrée d’André Duval.

 

http://www.rsr.ch/#/la-1ere/programmes/le-journal-de-8h/?...

Interrogé sur les motifs pour lesquels une « sensibilisation » au suisse-allemand lui semble opportune au Cycle d’Orientation, le Président de l’Instruction publique du Canton de Genève répond qu’il juge essentiel que les jeunes élèves soient capables de comprendre le dialecte et d’établir un dialogue avec les gens en Suisse alémanique. Le but visé serait une socialisation accrue des élèves au niveau national, qui passerait nécessairement par l’apprentissage du Schwitzerdütsch.

 

On sait combien il est laborieux, à Genève, de motiver les élèves pour l’apprentissage de l’allemand. Cette sensibilisation devrait pourtant prendre place parmi les heures dévolues au Hochdeutsch. On sait aussi que ce n’est pas à la sortie du C.O., ni même du Collège, qu’on peut espérer voir les élèves parler couramment une langue étrangère. En revanche, une base grammaticale solide, des lectures, du vocabulaire sont un avantage décisif au moment où ils se trouveront en situation d’immersion, comme on dit, à l’étranger, et mis en demeure de se débrouiller.

 

Il n’en ira pas de même pour le suisse-allemand : sans sérieux aperçu des structures, de la morphologie, de l’ordre des mots et des particularités des verbes et des temps, peu d’espoir dans le cas d’une simple « sensibilisation » au dialecte, qui s’est développé sans avoir connu la deuxième « Lautverschiebung » - l’évolution des voyelles – du Hochdeutsch.

 

Beat Kappeler a beau souligner qu’en Suisse alémanique, on tente au contraire de lutter contre la tendance envahissante du suisse-allemand au profit du Hochdeutsch, que trop charger  les programmes au détriment de la concentration sur les disciplines essentielles et de minoriser l’apprentissage du latin – dont la grammaire est si utile à l’apprentissage de langues comme l’allemand – lui semble contre-productif, Charles Beer n’en tient pas moins à favoriser le small-talk en Suisse-allemande, envisageant pour cela une mobilité générale des enseignants d’allemand pour leur formation qui laisse entrevoir de fantastiques problèmes de gestion. Beat Kappeler qui indique aussi que le suisse-allemand est de plus en plus vidé de sa substance au profit d’emprunts à l’anglais et à l’allemand…

 

Quand André Duval, de l’ARLE, objecte lui aussi la progressive dispersion des savoirs et les activités pratiques toujours davantage parasitées par l’introduction de nouvelles disciplines linguistiques (reflet de l’éparpillement culturel forcené du monde contemporain ?), alors même que les bases de la langue maternelle sont toujours mal assurées, on n’avance guère le débat en invoquant sa « mauvaise foi ».

 

Suite à ce rapide débat, on serait curieux de savoir ce qui a présidé à cette aventureuse décision de Charles Beer, quels en ont été les protagonistes en amont, et quel genre d’image on veut donner de l’enseignement à Genève, pour quel profit pédagogique – et politique.

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14/12/2010

Charles Beer a-t-il « pété les plombs » ?

Mais qu’est-il donc passé dans la tête du Président en charge du DIP ?

Il a, lors du débat radiophonique de ce matin sur RSR 1, persisté à soutenir l’introduction d’une sensibilisation au suisse-allemand au Cycle d’Orientation.

En face de lui Monsieur Beat Kappeler rappelait qu’en Suisse alémanique le combat allait justement à contre-sens de cette décision. Plutôt que de favoriser l’extension des dialectes suisses-allemands, la tendance est de renforcer le hochdeutsch.

Monsieur Beer, lui, avance l’intérêt d’avoir des notions de suisse-allemand, pour les jeunes ados genevois. On favoriserait ainsi leur mobilité, par exemple en vue de postes dans l’administration fédérale ! Il entend renforcer ce qu’il appelle le « ciment national » si l’on ne veut pas qu’il soit supplanté par l’anglais !

Décision complètement farfelue à mon sens.

Ce ne sont pas là les priorités pour l’école genevoise. L’urgence est ailleurs.

Il s’agit de renforcer les connaissances de base de nos écoliers, notamment en français, en mathématique et en hochdeutsch.

Il est aberrant de prétendre à une sensibilisation du suisse-allemand alors que la plupart des étudiants, même après de nombreuses années d’étude (3P à 9ème CO) peinent déjà à s’exprimer en allemand.

Il faut aussi relever que cette décision a des conséquences fort malheureuses. Elle se fait non seulement au détriment du latin qui, avec la nouvelle grille horaire que le DIP s’apprête à mettre en place, perd une année d’étude mais aussi des disciplines « pratiques », notamment les travaux manuels, la couture, la cuisine, le dessin qui disparaissent petit à petit.

A l’heure où la CDIP veut justement redorer le blason des filières d’apprentissage, voilà une mesure incompréhensible, plutôt inquiétante, sujette à se poser bien des questions.

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12/12/2010

Latin, dictées, tout fout le camp

« La dictée entre dans l’âge adulte »…et ce qu’on ne fait plus à l’école, on le fait plus tard !

Je vous invite à lire cet article fort intéressant, paru ce samedi 11 décembre dans « Le Temps » :

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/daf8bf04-04a5-11e0-a54f-19ee9847ec84/La_dictée_entre_dans_lâge_adulte

 

Voici également l’avis de Jean Romain quant à la disparition « programmée » du latin au Cycle d’orientation :

 

Latin, quand on te perd

 

Le latin pour tous les élèves de 7e année est une sottise. C’est en fait sur cette sottise qu’a été vendu, entre autres, le contre-projet sur le Cycle d’orientation, accepté par 60 pour cent du peuple genevois. Il s’est agi en fait de mettre en place une 7e hétérogène (le peuple l’avait refusée en 2001 sous l’impulsion du PDC et des Radicaux, qui ont perdu la mémoire 7 ans plus tard…), et une 8e et 9e années à sections. Le latin pour tous les élèves entrant au C.O. ne pourrait se cantonner qu’à un menu ultra-léger, facilement digérable pour des jeunes qui ne savent déjà pas tous lire, pas tous calculer et à peine maîtriser l’écriture élémentaire. De ce point de vue, il est aisé de comprendre que, pour tous élèves, il existe d’autres urgences dès l’entrée au Cycle. Et il est vrai que si c’est pour tâter d’un peu d’étymologie, les cours de français peuvent y pourvoir ; ou d’un peu d’histoire de cette civilisation antique, les cours d’histoire peuvent s’en charger. En fait, l’idée du latin « pour tous » en 7e est une idée construite sur une vision idéologique, et sitôt qu’on accepte de sortir des bunkers « anti-réel » où se réfugient les tenants de l’égalitarisme, on ne va pas bien loin avec cet emballage de carton qui, à l’école genevoise, est devenu une industrie.

 

Mais enfin, les politiques qui avaient pris leur claque à propos des notes à l’école primaire ont préféré reprendre la main sur le Cycle, quitte à perdre une année de latin. De mon point de vue, c’est consternant, mais le peuple a tranché. Basta ! or, il y a des conséquences.

 

L’esprit de l’hétérogénéité est de donner à tous les élèves de ladite volée les mêmes cours : en 7e, ce sera ou le latin pour tous ou le latin pour personne. Evidemment, si telle est l’alternative, il vaut mieux choisir les cours de latin pour tous, parce qu’en l’occurrence on ne choisit plus entre un bien et un mal, mais entre un mal et un moindre mal.

 

Je rêve d’une école qui fasse enfin le choix du mieux !

 

 

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09/12/2010

Fumoirs au DIP

On apprend que le DIP a décidé d’utiliser certains bureaux pour y installer des fumoirs. On murmure même que la moquette commence à manquer.

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Vignettes modifiées tirées d'albums de Hergé 

 

 

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08/12/2010

Cocorico, PISA 2009 est sorti!

« Bonnes nouvelles, nos écoliers savent mieux lire » titre aujourd’hui la Tribune de Genève.

C’est le constat porté suite à la sortie des résultats de PISA 2009 en comparaison à ceux de 2000 (Programme international pour le suivi des élèves).

On peut s’en réjouir bien sûr.

En ce qui me concerne, je reste prudent et demande à voir.

Les chiffres sont trop souvent matière à interprétation…

Parce que, à bien y regarder, on peut constater que la Suisse a progressé en effet mais dans quelle mesure ?

Sept pauvres petits points, soit de 494 à 501 (1 point au-dessus de la moyenne des pays classés en 2000, 8 au-dessus de la moyenne de 2009). L’équivalent, sur une échelle moyenne de 500 points, à une progression de 1,4 %...

N’est-ce pas insignifiant ?

En tout cas, pas de quoi pavoiser comme certains voudraient le faire.

Ceci d’autant plus que les résultats cantonaux ne sont pas encore connus, il faudra attendre fin 2011 pour en prendre connaissance ! On peut se demander d’ailleurs pour quelles obscures raisons.

Voilà pourtant qui est regrettable. Parce que ce sont les résultats de Genève qu’ils seraient intéressants de connaître. A plus forte raison lorsque l’on sait combien grandes étaient, en 2000, les disparités entre les cantons, notamment entre le Valais (510 pts) ou Fribourg (514pts) et Genève (486pts).

Une moyenne suisse ne saurait nous donner une indication valable pour ce qui est de Genève.

Au risque de passer pour un pessimiste ou un empêcheur de tourner en rond, j’ose avancer d’ores et déjà que Genève n’aura pas progressé d’un pouce voire même régressé.

Pourquoi ?

Pour la raison que Monsieur Beer, lui-même, donne dans l’article de la Tdg :

« Seuls 8% des élèves à avoir subi les premiers tests PISA (2000) étaient issus de l’école rénovée. Ils sont bien plus nombreux aujourd’hui à être passés par la réforme ».

Or la réforme à laquelle le conseiller d’Etat fait référence n’est autre que cette fameuse « Rénovation » une spécificité bien genevoise que seul notre canton avait cru bon de mettre en place dès 1994.

Nous verrons les effets que cette réforme a eus sur les élèves genevois.

Attendons donc fin 2011 pour le savoir.

D’ici là, je prends déjà les paris !

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07/12/2010

L'UDC va gagner!

Quelques réflexions sur l’avenir « politique » qui nous attend selon Jean Romain, écrivain, philosophe.

Paru dans le journal « Le Temps » ce mardi 7 décembre.

 

 

L’UDC gagne encore ?

                                                                                   

 


On observe un divorce, que plusieurs analystes ont déjà repéré, entre l’économie et la politique. Si aujourd’hui la politique court après l’économie, c’est qu’elle n’a pas compris que malgré les psalmodies qui serinent l’ouverture au monde, qui prônent la transfrontiéralité, qui encensent la déterritorialité, seule l’économie est capable d’enjamber ainsi les frontières. La politique devrait sortir de ses abris anti-réel, et admettre une réalité qui saute aux yeux (une réalité que toutes les votations chez nous entérinent de plus en plus vigoureusement, une réalité que la gauche internationaliste tétanisée ainsi que la droite classique médusée ne veulent pas accepter tant elles sont persuadées que le monde moderne va inexorablement vers le grand tout) c’est que l’économie se globalise tandis que la politique se provincialise. La zone de consommation se dilate ; la zone des votations se replie sur elle-même.

Au fond elles se croisent. Et la raison profonde pour laquelle Marx a tort dans sa prédiction de fin du capitalisme réside dans ce mouvement inversé. Marx prétend que c’est l’organisation de la circulation de la marchandise qui, si elle est modifiée, va changer les mentalités (suprastructure). Au fond, ce qu’il reproche à Hegel c’est que Hegel n’avait pas saisi ce rapport de causalité puisqu’il l’a inversé. En effet, Hegel pensait que c’est l’Idée qui transforme le monde matériel ; Marx dit que c’est le monde matériel qui transforme l’Idée. Changeons les règles économiques et les idées changeront d’elles-mêmes.


Or, ce n’est pas ainsi que les choses se sont passées. Plus l’économie se globalise et tend hégémoniquement à occuper le grand tout, plus la pensée se recroqueville sur le local ; plus le monde de la marchandise se veut sans limite ; plus les gens affirment leur besoin de limites.


Par exemple, la récente affaire de l’interdiction du congrès de l’UDC à l’Université de Lausanne est emblématique de ce mouvement. L’Université est par excellence le lieu de l’universel ! Le lieu où la pensée, la recherche, la découverte se veulent internationales, sans bornes. Ce lieu feutré du lent mûrissement des textes et des chiffres, ce lieu affirme que les frontières éclatent. L’UDC, le parti de la frontière, y est refusée. « Pas de ça ici, lui dit-on ! Nous sommes la vérité en marche vers le grand tout, vers l’intégration universelle, vers le monde meilleur, tolérant et global qui ne manquera pas d’arriver. Allez voir à côté ! »


En terme d’image symbolique, on ne peut rêver mieux pour l’UDC. Elle plante sa tente dans un champ, au milieu des vignes, sur la terre et la neige, dans le froid du terroir, en lieu et place du douillet gazouillis de l’universel. Et tout le monde lit cette image : éloge du local, primauté de la frontière, affirmation des repères. Cette force du provincialisme séparateur de lieux prend de l’ampleur à mesure que l’anonymat du mondialisme globalisant s’installe. La sorcellerie de la frontière compense la banalisation du grand tout. Donc cette interdiction universitaire, assez sotte, renforce (à petite échelle bien sûr) le mouvement de croisement. Si on avait voulu le freiner (toujours à petite échelle, bien sûr) il aurait fallu permettre le congrès dans les locaux de l’université.

 

L’école sera un grand thème des élections de l’an prochain. L’école ne doit pas s’ouvrir à tout, elle ne doit pas faire le jeu internationaliste de l’économie, elle ne doit pas attiser la suppression des frontières, des limites (supprimer la frontière des disciplines, supprimer la frontière des notes, supprimer la frontière entre profs et élèves, supprimer la frontière entre le permis et l’interdit, entre le sacré et le profane, entre formation et information, etc.) mais la rétablir. Et, d’entre toutes, la principale frontière qu’il faut rétablir d’urgence est celle du dedans et du dehors : le dedans de l’individu, et le dehors du monde en perpétuel mouvement. L’économie changeante a partie liée avec le bougisme, avec le tout est permis sans limites (songeons à l’UBS et à la crapule de la banque internationale), l’économie mouvementiste déboussole les individus, et les déboussole durablement au point de les plonger dans le désarroi.

 

Dans ce contexte hallucinant qui est le nôtre, l’école doit faire exactement le contraire : non pas s’adapter sans cesse au monde bougiste mais créer à l’intérieur des élèves, par le choix des disciplines, un filet étonnamment résistant. L’école doit former les jeunes esprits de sorte qu’ils puissent régulièrement se réfugier en eux-mêmes pour se refaire une stabilité face au monde instable. Elle doit un peu se refermer au monde tel qu’il va, pour permettre de s’ouvrir au monde de la culture la plus stable possible. Et non pas à toutes les cultures (dans un premier temps du moins). Ce qui efface encore les limites. Seuls les conquérants veulent supprimer les frontières ! Et surtout, pour l’école, ne pas supprimer la frontière entre le dedans et le dehors, mais la renforcer.

 

Or elle fait le contraire, elle court après un lièvre qui sera toujours plus retors qu’elle : l’économie. « Il faut adapter les élèves au monde, et dans ce dessein le latin ne leur sert à rien. » entend-on jusqu’au sein de la droite traditionnelle comme de la gauche. Evidemment, le suisse allemand leur sert plus !

 

Ce mouvement de renforcement des valeurs sûres en matière scolaire est ce que vient de comprendre l’UDC. Elle va gagner.

 

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06/12/2010

Paradoxe de la différenciation

« Cohérence » et « collégialité » tels sont dorénavant les maîtres-mots à l’école.

Chaque instituteur doit s’en accommoder puisque c’est devenu le « ciment » dont est fait leur projet d’école.

Cette ligne de conduite, décrétée par le DIP, est devenue monnaie courante dans les établissements scolaires du canton.

La mission : uniformiser autant que possible tout ce qui se fait dans les écoles.

Ainsi, les titulaires d’un même degré doivent s’entendre coûte que coûte, travailler « ensemble », avoir des pratiques communes d’enseignement...devoirs à domicile identiques, même manière de procéder à l’évaluation du travail des élèves (nombre de contrôles par exemple), etc.

Il en résulte souvent de sérieux conflits au sein des écoles.

Il s’agit de faire entrer chaque enseignant dans un moule, une uniformisation qui ne souffre ainsi aucune comparaison critique.

Soit, mais n’y a-t-il pas là un flagrant paradoxe ?

Monsieur Beer, conseiller d’Etat en charge du DIP, n’a-t-il pas tout récemment déclaré :« Cela fait partie du métier d’enseignant que de différencier son action et de soutenir des élèves en difficulté ».

On accorde aux élèves ce droit à la différenciation mais on le refuse aux enseignants.

N’est-ce pas enlever toute sa substance à la profession que de vouloir ainsi la rendre si lisse, monochrome?

On ne peut être un bon enseignant sans croire à sa manière d’enseigner.

Les instituteurs sont tenus de suivre un programme annuel, d’évaluer trimestriellement et de manière certificative les élèves. Les devoirs à domicile sont réglementés par un temps de travail à ne pas dépasser, etc.

Le cadre général étant fixé et respecté, je me pose donc la question…au nom de quoi devrait-on à ce point "standardiser" le corps enseignant? Quelle justification à cette "homogénéisation" ?

 

Tout est une question de bon sens…

Une marge d’autonomie existe à l’intérieur du cadre fixé par l’institution. A chacun de l’évaluer et de la respecter, enseignants comme directeurs.

 

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05/12/2010

Je suis agressif

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Récemment, un ami m’a fait part de l’agressivité que certains me reprochent dans l’écriture de mes billets.

Depuis, cette remarque me trotte dans la tête.

En relisant quelques unes de mes notes, je dois avouer que, bien souvent, elles font en effet preuve d’une certaine irascibilité. Dès lors, je me pose la question…cette attitude est-elle justifiée ?

Pour y répondre, il convient de se poser une question assez simple en définitive :

Pourquoi donc tenir un blog?

L’univers de la blogosphère représente pour moi une sorte, d’  « exutoire ». Mes billets ne sont qu’une succession de coups de gueule répétés, voire répétitifs.

Ils s’adressent en grande partie à ceux à qui j’attribue les maux dont souffre notre école genevoise. Ceux-ci font trop souvent la sourde oreille, fuient leurs responsabilités ou se réfugient derrière de fausses « excuses ». La politique semble ainsi faite.

Il y a quelque temps, l’un d’entre eux a comparé mes attaques à son encontre à des missiles « Scud ». En l’occurrence, je crois qu’il avait trouvé la bonne formule.

Mais voilà, l’attitude hautaine et souvent irresponsable de ces gens en devient « irritante », c’est le moins que je puisse en dire…d’où mon « agacement »...

Dès lors, que voulez-vous, le ton, la manière que j’utilise pour dénoncer leurs mensonges ou leur lâcheté se traduit fréquemment en effet par de l’agressivité, « justifiée » à mon sens.

Est-ce un tort ?

Peut-être… mais mon « tempérament », mon « naturel » l’emporte.

Pour l’heure, je ne vois pas de raison d’en changer et garderai probablement la même ligne.

A moins que, à force d’arguments, quelqu’un réussisse à me faire changer d’avis…

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04/12/2010

Tintin à l’AEG des dirlos

Les directeurs d’établissement ont tenu tout récemment une Assemblée Générale Extraordinaire.

Tintin y était…

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Vignettes modifiées tirées d'albums de Hergé

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03/12/2010

Conseil de lecture, idée de cadeau

Après que Nicolas Bouvier ait reconnu en lui « un cousin à l’âme voyageuse », que Charles Bukowski l’ait noblement qualifié de « voleur d’âmes », et que le poète essayiste Denis Grozdanovitch ait trouvé en lui « un frère en écriture », mon frère Jean-François Duval emboîte le pas à quelques excellents moralistes, de Sénèque à Woody Allen.

 

Son nouveau livre, « Et vous, faites-vous semblant d’exister ? », tout juste paru aux Presses universitaires de France (Puf), pose un regard sensible sur les infinies variations du quotidien, et restitue à nos yeux cette magie de l'ordinaire que le grand philosophe américain Emerson résumait superbement en disant « une journée est une étoffe plus belle que n'importe quelle mousseline ». Son sentiment est qu’à l’heure où tous les « grands récits » ont sombré, notre situation à tous ne diffère plus tellement de celle de Robinson Crusoé. Dans le monde globalisé qui est le nôtre, qui fait de notre planète une île, autant s’attacher à récolter sur les plages du présent quelques vestiges et débris de nature à bâtir un canot de sauvetage, voire une nouvelle arche. Bref, le minimum nécessaire pour réenchanter un peu le monde, ou au moins donner à notre quotidien les couleurs d’une fable minimaliste. Avec humour, sensibilité et une indispensable fantaisie.

 

Précipitez-vous pour l’acheter en librairie !

Référence exacte : Jean-François Duval, «Et vous faites-vous semblant d’exister ?» suivi de « Sur la route avec Marylou». Avec une préface de Denis Grozdanovitch, auteur quant à lui de « L’Art difficile de ne presque rien faire ».

Pour plus de détails, voyez la pub (ci-dessous).

http://www.amazon.fr/vous-faites-vous-semblant-dexister/dp/2130585833/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1291373366&sr=1-1

 

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02/12/2010

Mieux vaut tard que jamais

« Les cours d’appui sont jugés peu satisfaisants », ce titre en page 24 de la Tribune de ce jour, me réjouit ! Non pas pour le jugement qu’il porte mais parce que, enfin, certains députés semblent sortir de leur léthargie.

Il y a des lustres qu’avec l’Arle, je dénonce cet état de fait. Mes nombreux billets sur le sujet n’ont eu de cesse de le dire et de le répéter : Oui, les mesures d’appui, obligatoires au primaire pour les élèves en difficulté scolaire, ne sont actuellement que bricolage et poudre aux yeux.

Alors, bravo à ces députés de différents bords politiques qui viennent de déposer une motion au Grand Conseil. Elle réclame au DIP une évaluation de la situation.

Espérons que cette démarche fasse enfin avancer les choses….car enfin, cela fait tout de même 3 ans que le nouveau règlement de l’enseignement primaire est en place. Trois ans que ces mesures d’appui y figurent et que pratiquement rien de nouveau n’a été fait pour aider les élèves qui sont promus par dérogation ou par tolérance.

Ce qui me réjouit moins par contre, c’est la réaction du conseiller d’Etat en charge du DIP !

Est-il sourd et aveugle ? Comment faut-il lui expliquer combien la situation est grave et urgente ? Qu’il s’agit de la priorité qu’il devrait se fixer !

Peut-être en suisse-allemand comprendrait-il !

Car pour lui, « d’un point de vue général, l’amélioration est déjà notable » !

Circulez, il n’y a rien à voir quoi !

Et d’ajouter qu’il demandera 450000 francs de plus pour le soutien hors du temps scolaire en 2011… des cacahuètes, s’en rend-il compte ?

450 mille francs (l'équivalent de 3 postes de directeurs d'établissment!!!) alors qu’on prévoit de mettre plus de 10 millions pour les futures passerelles au Cycle d’Orientation….

Voilà que l’appui se chiffre en quelques pauvres centaines de milliers de francs au primaire mais en millions au CO.

Le monde à l’envers. C’est au plus vite, dès les premiers degrés scolaires, qu’il faut aider les élèves en difficulté, sans attendre qu’ils soient devenus des ados.

Monsieur Beer peut rappeler les moyens supplémentaires (20% soi-disant) alloués aux écoles en REP (réseau écoles prioritaires), la question n’est pas là.

Ce ne sont pas de ces établissements dont il s’agit aujourd’hui, mais de tous les autres qui ne sont pas dans ce réseau. Les mesures d’appui figurent dans la loi et concernent donc TOUS les élèves en difficulté, y compris ceux qui ne sont pas en REP…et croyez-moi, ils sont nombreux !

Enfin, je laisse à Monsieur Beer la responsabilité de ces propos pour le moins inquiétants, voire irresponsables, au sujet du métier d’enseignant :

« Cela fait partie du métier d’enseignant que de différencier son action et de soutenir des élèves en difficulté ».

Bien évidemment….encore faut-il leur en donner les moyens !

Un peu facile de se débarrasser ainsi du problème et d’en rejeter toute la responsabilité sur le dos des instituteurs.

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01/12/2010

Buddy Holly unplugged

buddy_holly.jpg

Connaissez-vous ce musicien génial, mort le 3 février 1959?

Je suis tombé tout récemment sur un trésor !

16 morceaux inédits que Buddy Holly a enregistrés en s’accompagnant seul avec sa guitare ! Une pure merveille !

Mort à 22 ans, Buddy Holly ne cessait de composer.

Figurent sur cette découverte 10 chansons qu’il enregistra pour lui-même, sur son magnétophone trois pistes, dans sa chambre de l’hôtel Edison à Manhattan.

En arrière plan de l’une d’elle (version lente de « Sleepin’and Slidin »), on entend quelques bruits d’assiettes et d’eau qui coule du robinet…la copine de Buddy Holly qui prépare le repas ou fait la vaisselle…

Selon les dicos du rock, Buddy Holly, sur le plan de la composition, est le chaînon manquant entre le rock basique et l’invention mélodique telle que la développèrent les Beatles. Leur nom, comme on le sait, a partiellement été inspiré par celui des Crickets de Buddy Holly.

Aujourd’hui d’ailleurs, Paul McCartney détient tous les droits sur le catalogue des chansons de Buddy.

A tous les amateurs, à tous ceux qui ont aimé et qui aiment encore ceux qu’on appelle les « pionniers du rock »…précipitez-vous sur ce chef d’œuvre droit sorti de nulle part.

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