10/02/2011

Luc Baudin, un prof comme on les aime ! Ou chronique d'une disparition!

Je l’ai annoncé dans plusieurs de mes billets précédents…avec la nouvelle grille horaire du CO, s’en est fait des branches « manuelles » et « créatrices » à Genève.

Honte à nos décideurs !

Sophie Roselli trace dans la Tribune de Genève d’aujourd’hui, un portrait de Monsieur Luc Baudin, un attachant prof de travaux manuels au cycle des Voirets.

On mesure l’ampleur de ce qui va se perdre !

Je vous invite donc à faire connaissance avec lui en reproduisant ci-dessous l’article en question.

Entre le marteau et l’enclume

«On vous adore!» Réaction spontanée d’une élève, à l’arrivée de Luc Gaudin au Cycle d’orientation des Voirets, au Grand-Lancy. Impassible, l’enseignant traverse le couloir, l’air détaché. «La plupart des élèves sont sympas. Il est rare que je me fâche», commente ce grand bonhomme, en se dirigeant au sous-sol, vers sa salle. Bienvenue dans son atelier de métal. Un lieu à l’avenir incertain, avec la réduction des heures prévue dans la réforme du Cycle, à partir de 2011-2012.

«C’est du gâchis, regrette Luc Gaudin en se promenant entre les machines et les tables en bois. Dans deux ans, il n’y aura plus que les élèves de première année qui bénéficieront des travaux manuels.» Egalement président de l’association professionnelle des maîtres de ce domaine au Cycle, il relaie l’inquiétude de la branche, qui a récemment lancé une pétition. Faut-il croire à un revirement? Pour l’heure, il garde espoir en observant la satisfaction de ses élèves. Cinq d’entre eux lui ont d’ailleurs écrit un texte à la gloire des travaux manuels. Ce témoignage spontané le touche encore.

Luc Gaudin semble être placé entre le marteau et l’enclume. Inquiet de voir disparaître un métier et pourtant convaincu de son réel bénéfice pour les nouvelles générations.

Peinture, ferraille, bois

Au milieu des plieuses, cisailles, perceuses et de sa collection de limes de toutes tailles, Luc Gaudin collectionne les rats de cave, brûle-parfum, lanternes, bagues et bracelets réalisés par les jeunes. Il garde tout. Y compris ses propres prototypes, telle cette boîte à musique, dénichée au sommet d’une armoire. Il la terminera peut-être un jour. «J’aime bien découvrir, essayer», glisse le professeur à l’allure d’artiste.

Sa silhouette fine, son visage marqué, ses cheveux gris en pagaille lui donnent un air de Giacometti. Lui se décrit comme un touche-à-tout. Il pratique la peinture à l’huile, travaille la ferraille ou encore le bois, à ses heures perdues, dans cet atelier ou dans sa maison en Valais. «Ma dernière œuvre est une poya humoristique, avec des animaux farfelus», sourit-il.

Ce passionné enchaîne en ramenant un étui. «Avec quatre collègues, on s’est lancé un défi, celui de fabriquer un violon. Finalement, j’en ai réalisé trois…» dit-il avec malice. La boîte s’ouvre sur l’instrument. Parce qu’il joue aussi? Il ferme la porte et répond au défi. L’apprenti violoniste se concentre alors sur les notes d’un morceau «bosniaque mais d’origine turque».

D’autres talents, Monsieur le Professeur? «J’ai commencé par le piano, j’ai fait de la clarinette, du saxophone, de l’accordéon…» L’inventaire s’avère incomplet pour cet enfant issu d’une famille de musiciens. «J’ai toujours fait un peu de tout, sans rien maîtriser complètement. C’est un peu comme pour les élèves à qui on apprend plusieurs langues au Cycle…»

Educateur pour les toxicomanes

Luc Gaudin aurait pu exercer mille métiers. C’est d’ailleurs ce qu’il a fait. Ebéniste de formation, il n’a pas exercé longtemps. Devenu assistant technique aux Arts décoratifs, il quitte ensuite le milieu artistique pour celui de la justice… Il obtient son diplôme d’éducateur et travaille plusieurs années dans le milieu de la semi-liberté. «Cela m’a appris à être souple et vigilant.» Il rejoint plus tard une fondation spécialisée dans la réinsertion des toxicomanes. Plusieurs années après, le hasard fait qu’il postule pour enseigner les travaux manuels. Son métier depuis dix-huit ans maintenant.

A quelques jours de ses 60 ans, il n’exclut pas une nouvelle reconversion. Forcée certainement. Il le sait, sa branche n’est plus tendance. Son atelier s’apparente à un musée, dont les œuvres sont déjà exposées dans une vitrine accrochée dans le couloir.

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Commentaires

comme vous avez raison ce genre d'homme est malheureusement en voie d'extinction!c'est regrettable les travaux manuels ayant toujours été sources d'inspiration!
bonne soirée à vous

Écrit par : lovsmeralda | 10/02/2011

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