27/02/2011

Les LiLi

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Selon Jean Romain, lutter activement contre l’initiative sur la note de comportement n’est pas anodin. Il en va de toute un « héritage » idéologique.

 

Lisez plutôt :

 

L’Arle, vous le savez, lance une Initiative pour une note de comportement à l’école obligatoire. Hier, à Meyrin, entre les stands des partis en campagne pour les élections municipales de mars 2011, je suis allé récolter des signatures. En 3 heures, j’ai récolté 88 paraphes, soit à peu près un toutes les 2 minutes. Ceux qui refusent de signer sont facilement repérables : la gauche libertaire et une faction de la droite libérale

 

Cette alliance LiLi, cette coalition contre-nature de prime abord (qui est d’ailleurs celle qui a cassé l’école) galvaude un concept sur lequel gauche et droite tombent d’accord : le concept d’autonomie. C’est autour de lui que se joue une partie de ce qui fait cette logique hétéroclite du refus de signer.

 

Le mouvement général de la modernité est le passage du lourd au léger. Il s’agit de se libérer du poids du passé, de la tradition, des diverses obligations liées à la présence d’un monde qui ne se réduit pas au soi, et cela pour affirmer la primauté de la subjectivité sur tout autre chose. Ce processus qui s’est donné lui-même pour finalité consiste à sacraliser la notion d’autonomie.

 

 En effet, la modernité se caractérise par son ambition de nier plus ou moins fondamentalement toutes les limites qui définissaient jusqu’alors la condition humaine, et elle se donne comme une promesse d’alléger la vie des hommes, leur existence, de les débarrasser de tous leurs fardeaux : la modernité a ainsi rendu la vie humaine moins lourde, moins pesante, moins hétéronome. Plus inconsciente souvent, plus légère donc. Disons que pour l’école, après avoir été un bénéfice, voilà que ce processus prônant l’autonomie a persuadé les élèves qu’il était inutile désormais de s’astreindre à l’étude, à la lecture, à la répétition, au travail parfois pénible pour réussir. Bref, puisque nous voulons nous alléger, il est désormais improductif d’apprendre, inutile de se plier à la nécessité de répéter, de passer par toute contrainte qui peut limiter notre liberté. Je suis autonome, et cette autonomie je n’ai qu’à l’affirmer haut et fort. Or l’autonomie dont on parle à l’école est un but, ce qu’on atteindra à la fin du processus et cela progressivement. Elle n’est pas ce qui est donné au départ comme déjà construit. Seule une sacralisation de l’autonomie peut y faire croire.

 

Cette sacralisation dommageable vient de gauche, (autonomie, valeur centrale de l’humanisme républicain) et de droite (autonomie, valeur centrale pour établir fermement la responsabilité de chacun), et la pince laisse peu de place entre ses mâchoires. Le concept d’intensification de soi est ainsi légitimé dans son affirmation. Nous avons réussi à lever presque tous les jougs qui écrasaient nos nuques il n’y a pas si longtemps encore, et notre sortie de l’âge des oppressions nous a fait entrer dans l’âge des dépressions.

 

Aussi une note de comportement paraît-elle incongrue pour la gauche libertaire et inutile pour la droite turbo libérale : les LiLi.

 

Jean Romain

 

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Commentaires

La droite turbo libérale? Hé hé, Monsieur Jean Romain ne ferait-il pas allusion aux trois mousquetaires à la tête d’une partie d’un certain parti genevois? Vous savez, une ancienne conseillère d’Etat en charge du DIP, une blogueuse récente sur le site de la TdG et une ancienne députée, inspectrice d’école à la retraite.

Écrit par : Benoît | 27/02/2011

après vous avoir lu on en viendrait presque à regrette le temps du fameux chant entonné par bien des régiments Suisses,le fameux Lili Marlène!

Écrit par : lovsmeralda | 27/02/2011

Des noms, M'sieur Benoît, des noms. Me semble avoir bien reconnu MBG, la LiLi du PLR !

Écrit par : Eddy | 27/02/2011

C'est bien vrai, il faut pas voter pour la gauche ou la droite, la gauche c'est nul ils veule donner l'argent aux gens qui bossent même pas et aux etrangers. La droite c'est nul aussi, ils veule donner l'argent aux banques et aux patrons même que c'est les banques qui vole notre argent. Alors si la gauche et la droite veule pas la note de comportement Monsieur Romain la veut et moi aussi je la veux.

Écrit par : julien | 27/02/2011

Bravo Julien ! Vous progressez. Déjà vous ne dites plus que le texte est trop compliqué. Demain, vous le comprendrez enfin.

Vous dites que M. Romain et vous-même voulez une note de comportement. La seule différence, c'est que M. Romain l'aura.

Écrit par : Edgar Dunord | 27/02/2011

Que va changer une note de comportement si les sanctions derrière ne suivent pas ?

Écrit par : Philippe Matt | 27/02/2011

Pour Monsieur Edgar
Vous dites que Monsieur Romain aura une note de comportement, mais monsieur Romain il se comporte bien il aura un 6 et moi aussi
vous dites aussi que je fais des progrès merci mais ce texte je lai compris car il parle pas du socioconstructivisme
et pour Monsieur Matt, c'est vrai, une note suffit pas il faut aussi punir les élèves si la note est pas bonne, par exemple interdire la picine ou le foot et faire copier des textes, c'est dommage qu'on peut plus taper les élèves comme avant ca marchait mieux

Écrit par : julien | 27/02/2011

Julien est impayable! J'adooooore sa tactique. C'est drôle en définitive.
Bravo et merci Julien, continuez comme ça et surtout ne changez rien.

Écrit par : Duval | 27/02/2011

@jean-romain: Une phrase m'étonne de la part d'un esprit aussi éclairé: "Nous avons réussi à lever presque tous les jougs qui écrasaient nos nuques"

L'auteur a-t-il réfléchi un seul instant à ce qu'il écrivait ? Ne sait-il pas, depuis John Stuart Mill qu'au difficile exercice de la liberté, l'homme préfère se vautrer dans les moiteurs d'un conformisme tiède ?

Qu'il se soucie de son autonomie après avoir éprouvé la volupté d'obéir en groupe aux injonctions de n'importe quelle autorité ?

Que faire partie du troupeau lui tient lieu de volupté exquise et que l'Age des oppressions invoqué lui tient lieu en fait d'Age d'Or ? L'auteur n'aurait-il jamais observé la tourbe hystérique des stades de "sports" ? Est-ce vraiment une manifestation d'un esprit élevé que ces millions de paires d'yeux qui suivent une balle jaune osciller et rebondir sans relâche entre deux raquettes sur le petit écran ? Pendant que ces gogos grégaires obéissent à la mode, de fieffés aigrefins se remplissent les poches de pièces sonnantes et trébuchantes. N'y a-t-il pas là un joug dissimulé comme un piège parfait ?

L'auteur ignore-t-il les ravages de la mode, de la contagion mimétique qui font de nos citoyens de fidèles robots-dévots applaudissant en cadence ?

A la réfexion, il y a de nouveaux orgasmes sous de nouveaux jougs désormais...

N'a-t-il pas conscience de l'émergence des nouveaux totems tribaux que sont les I-Phone, I-Pad et autres "Nanos", nouveaux hochets indispensable pour thérapiser ados et adultes plongés dans la béance de l'énigme existentielle ?

Ces instruments ne sont-ils pas, eux aussi, de nouveaux jougs (coûteux) sans lesquels vous passez désormais pour un hérétique ?

Sans ces objets rituels, (et je n'oublie pas la vénérée déesse Bicyclette), la vie quotidienne ne serait plus que vacuité pour la plupart des êtres.

Les jougs ont donc changé de forme au fil du temps, il est vrai. Et les oppressions scolaires de jadis ont perdu de leur tranchant. Qui s'en plaindrait sinon les tortionnaires qui ne peuvent plus impunément frapper leur jeune clientèle pour une règle de trois mal appliquée ou un verbe déponent oublié ?

Mais, à lire Jean Romain, on devine qu'il préfère encore manier la férule, distribuer les bons et les mauvais points comme pour légitimer et authentifier sa qualité d'enseignant, que de recevoir des coups de règle sur le bout de ses doigts joints en faisceau ou de devoir présenter un mauvais carnet à sa hiérarchie.

Pour l'heure, nous lui décernons une note de 20/20 d'inconduite pour sa prose irréfléchie et un 20/20 dans la discipline "démocratie de rue" pour la récolte de ses 88 signatures. A la faveur d'une rencontre fortuite à Meyrin, nous aurions volontiers signé son initiative - pour liberticide qu'elle soit - pour permettre au peuple de mieux la repousser.

Nous nous décernons donc une mauvaise note pour ne pas être passé au bon moment sur le chemin de M. Jean Romain et lui rappeler que la situation déplorable des élèves qu'il dénonce et veut redresser à coups de notes de conduite obligatoires est le fruit de "l'enseignance" à laquelle il semble avoir participé activement depuis des lustres.

C'est donc son propre échec qu'il s'emploie à rédimer par son action civique apparemment désintéressée, altruite et philantropique. Jean Romain ?

Un vrai oblat de la pédagogie:-) !

Écrit par : Walter Meinberg | 28/02/2011

Lorsque vous demandez, Monsieur, si j’ai seulement réfléchi à ce que j’écrivais, il vous faut ajouter « réfléchi comme moi. » Au fond, pour bien écrire il aurait fallu faire comme vous, tenant de la juste réflexion ! Or je suis en désaccord parfait avec votre manière de penser.

Vous vous rappelez sans doute qu’Etienne de la Boétie avait jadis écrit un trait de la servitude volontaire. Le livre a fait florès, et innombrables sont les analyses qui traient ce sujet. Ce qui a changé dans la longue histoire de l’oppression c’est que d’externe, l’oppression est devenue interne : c’est le sujet lui-même qui se charge lui-même de ce qui le fait plier.

Ce qui caractérise la Modernité est l’autonomie croissante donnée à l’individu. Et c’est un bien. Mais aujourd’hui cette liberté est manipulée plus encore qu’à l’époque de La Boétie.

Ne me faites pas croire que vous ne voyez pas qu’en changeant de cause, la lourdeur change de nature. La servitude volontaire est omniprésente chez nous, c’est vrai, mais elle n’est pas due au poids du passé (vous n’exercez sans doute pas vous-même le métier de votre père ni de votre grand-père) et elle est due en partie à une liberté dont nous ne savons pas bien à quoi elle sert. De l’homme désaffilié est né l’homme seul : après l'âge de l'oppression voici venue l'époque de la dépression. Mais faire librement des actes que vous ne voulez pas faire, c’est le lot de la condition humaine d’être avec d’autres dans ce monde. Ne venez pas ensuite dire que c’est la responsabilité des autres et jamais la sienne propre.

Quant au désir mimétique – qui n’est pas nécessairement une servitude – on en connaît la puissance due sans doute à son jeu sur le clavier affectif. S’en remet-il tout à lui ? Je n’en suis pas certain. Mais c’est justement le rôle de la culture d’en montrer, comme le fait Girard, les mécanismes. Si ce n’est pour s’en prémunir entièrement, du moins pour permettre de demeurer sur ses gardes : je suis de ceux qui pensent que la culture (scolaire ou non) permet une libération.

Votre allusion à un éventuel côté intéressé de mon action, non seulement vous êtes incapable de la fonder mais encore emprunté s’il vous fallait l’articuler clairement. La raison en est simple : elle ressortit à vos fantasmes gauchisants, et dans la tradition de cette idéologie à tout de souffle, on projette sur autrui des intentions qui permettent de s’auto-justifier.

Reste dans tout ce fatras de lieux communs que vous énoncez « en y réfléchissant » une chose intelligente : vous allez, dites-vous, signer notre initiative. Je suis certain qu’il y aura avant la fin mai une séance de rattrapage.

Écrit par : Jean Romain | 28/02/2011

pour Monsieur Meinberg
Vous etes pas tres gentil avec Monsieur Romain, il se donne de la peine pour expliquer aux gens ce qui est bien et pas bien, en plus il passe 3 heures le samedi dans le froid pour expliquer aux gens et faire signer, surement vous vous avez été skier ou devant la télé, après il doit encore se fatiger pour repondre a vos mechancetés.
en plus vous ecrivez trop compliqué, lui il repond aussi trop compliqué, vous parlez de gens qu'on connait meme pas et lui aussi, ici il faut rester simple j'ai déja dit, il faut juste dire que les élèves doive obéir aux maitres et que les maitres doive faire l'école comme il faut sans le constructivisme et avec les notes.

Écrit par : julien | 28/02/2011

Selon Jean Romain, lutter activement contre l’initiative sur la note de comportement n’est pas anodin. Il en va de toute un « héritage » idéologique.
ET vice et versa

Écrit par : briand | 03/03/2011

Mais, Cher Briand, vous enfoncez une porte ouverte....n'en est-il pas ainsi dans tout débat?

Écrit par : Duval | 03/03/2011

Le texte de référence laisse supposer que l'initiative se réfère à un constat "objectif" quasi anthropologique "naturel" par opposition au discours des opposants qui lui est empreint de l'idéologie "socio-libertaire" ce que je conteste avec mon " vice et versa ,

Écrit par : briand | 03/03/2011

Parce que votre discours d'opposant ne serait pas objectif, lui?

Écrit par : Duval | 03/03/2011

A Jean-Romain :

Vous avez écrit : "Cette alliance LiLi, cette coalition contre-nature ... (qui est d’ailleurs celle qui a cassé l’école)"


Quels sont les éléments qui vous permettent de dire que l'école est cassée ?
Quels sont les éléments objectifs qui vous permettent d'affirmer que la responsabilité en revient à la gauche libertaire et la droite libérale ?

Écrit par : Mathilda | 09/03/2011

Mathilda,

Je ne ne réponds pas à ceux que je ne peux pas clairement identifier.
Mais je vous suggère de lire mon livre "Lettre ouverte à ceux qui croient encore en l'école".

Écrit par : Jean Romain | 09/03/2011

@Mathilda

Je crois que vous trouverez des réponses à votre question sur le site de l'Arle où se trouvent quantité de textes, articles qui traitent de ce sujet.
Très simplement, pour Genève, quelques noms qui peuvent aussi vous donner des indications: MBG, Perrenoud et compagnie, Maulini, SPG, Rénovation....et plus largement, justement le professeur Bugnard ou plus largement encore, Meirieu.

Écrit par : Duval | 09/03/2011

A M. Duval

Parce que je fais partie de "ceux qui croient encore en l'école" et que je ne souhaite pas lui retirer ma confiance sans raison valable, pourriez-vous m'expliquer, par exemple, en quoi le professeur Pierre-Philippe Burgnard, dont j'ai lu dans le Temps du 7 mars un article qui me parait plutôt sensé, est responsable d'avoir cassé l'école, si tant est que l'école est bien cassée comme vous le prétendez.

Écrit par : Mathilda | 12/03/2011

@Mathilda
Si vous avez trouvé sensé l'article de Monsieur Burgnard, ce n'est pas mon cas. Il est en droite ligne écrit dans le style des adeptes du socioconstructivisme.
C'est parce que ce professeur est dans cette mouvance que j'estime qu'il a participé à la "destruction" de l'école. Ses écrits sont là pour nous le rappeler: "Cycle pédagogique et notation chiffrée au prisme de l'histoire" (2007), "Le temps de l'espace pédagogique" (2007), etc.
La question est en fait très simple. Soit vous adhérez à l'idéologie du socioconstructivisme, c'est votre droit, et vous estimez sensés les propos de M. Burgnard, soit vous n'y adhérez pas et vous estimez alors que tout ce beau monde a cassé l'école.

Écrit par : Duval | 12/03/2011

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