22/04/2011

Timeo Danaos et dona ferentes

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Mon ami Bernard Favre, militant du parti radical, me livre une analyse littéraire qui, sous des couverts de déclaration d'amour pour le latin, semble plutôt s'adresser à ceux qui s'interrogent sur les alliances électorales.

Bernard Favre a toujours fait partie de ceux qui pensaient qu'une alliance avec l'UDC était inutile et contreproductive.

 

Voici donc le texte:

 

Je suis de ceux qui aiment le latin. Qui l’ont aimé même avec passion pendant leurs études. Le latin, c’est bien sûr la matrice de la pensée occidentale. Bien plus que le Grec, que l’Eglise a pris soin de mettre à l’écart pendant 10 siècles afin d’empêcher les ignorants que nous sommes d’aller lire les Evangiles dans leur langue d’origine.  Le latin, c’est l’épaisseur de notre vocabulaire, la richesse de notre histoire, le poids de la religion, la structure du droit pénal et civil.

 

Et c’est aussi, surtout, le véhicule d’une pensée formidablement riche et synthétique. « Cuique suum » : à chacun le sien.  Ou encore : « Homo homini lupus », sujet de combien de dissertations sur la capacité de l’homme à se nuire à lui-même.

Orfèvre parmi les orfèvres, Virgile nous a laissé, taillées comme des diamants pour l’éternité, certaines injonctions à l’économie verbale cinglante. Deux mots, ou cinq, suffisent aux esprits qui veulent bien ouvrir leurs fenêtres à cette lumière brûlante surgie du fond des âges. « Horresco referens », je frémis d’horreur en racontant ce qui s’est passé, explique Enée au moment de narrer, après la chute de Troie, la mort de Laocoon. Oui, je frémis d’horreur en narrant la mort du sage prêtre, dans l’étreinte abhorrée et venimeuse de deux serpents, alors qu’il tente vainement de sauver ses fils. Oui, je frémis d’horreur en narrant Troie, proie des flammes et inondée de sang, pour n’avoir pas su écouter la mise en garde du même Laocoon.

 

Car quelques heures avant le massacre, sur la plage, tandis que les Troyens découvraient le cheval laissé là par des Grecs prétendument en déroute, Laocoon étaient bien seul à avertir ses concitoyens, aveuglés par la soif d’une victoire improbable, assourdis par le vacarme d’un triomphe fantasmé. Ce cadeau des Grecs, qui nous ont combattus sans pitié, méfions-nous en. « Timeo Danaos et dona ferentes ». Je crains les Grecs, même - et surtout - lorsqu’ils nous portent des cadeaux.

 

La puissance de cette phrase. Car on peut aussi entendre une autre phrase, cachée dans le ventre de la première : «Timeo Danaos, et dona ferenta.» Je crains les Grecs, et les cadeaux qui les portent. La vérité, l’horrible vérité, cachée dans le ventre du Cheval grec, se cache dans la formule de Laocoon elle-même. Les naïfs croient que nos ennemis nous offrent un cadeau. La sagesse commande de lire que, en réalité, c’est leur cadeau qui les fera entrer dans la Cité. Pour la réduire en cendres.

 

Bernard Favre

 

 

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Commentaires

Bravo et merci!

Écrit par : Mère-Grand | 22/04/2011

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