05/09/2011

L’attaque est sournoise, le ver est dans la pomme !

On l’a compris, les « nouveaux » moyens d’enseignement du français destinés aux élèves de l’école primaire genevoise sont essentiellement basés sur une démarche bien précise décrite d’ailleurs en introduction de ces manuels :

La démarche de Mon manuel de français s’articule sur trois types de médiation :

-         la médiation de l’enseignant : celui-ci accompagne l’élève pour lui permettre de réussir des tâches complexes ;

-         la médiation du langage : l’élève est conduit à abstraire et à généraliser grâce aux échanges et aux apports langagiers ;

-         la médiation didactique : l’enseignant s’appuie sur les représentations initiales de l’élève, sur ses savoirs du moment-un nouveau savoir ne pouvant s’ancrer qu’à partir d’un essai d’élucidation de ces conceptions initiales.

La plupart des fiches de travail de l’élève lui demandent de s’exprimer sur ce qu’il constate et d’en discuter avec ses camarades (sic!).

« Il n’y a plus guère de question à se poser sur l’idéologie visée par ces moyens d’enseignement » vous disais-je dans un précédent billet.

De quelle idéologie s’agit-il donc ?

L’article de Jean Romain, paru dans le Temps du 23 février 2011, l’explique clairement :

Le socio-constructivisme met l’accent sur le rôle de l’autre dans la construction des savoirs : la modification et la régulation des représentations se fait en interagissant avec les autres. Les méthodes fondées sur le socio-constructivisme privilégient donc le travail coopératif, la collaboration, la co-construction des savoirs, pratiques censées générer aussi plus de motivation et de valorisation de soi. Ces méthodes bouleversent le rôle du professeur, et celui de l’enseignement qui ne doit plus être frontal ni magistral, ni même chargé de présenter les éléments nécessaires à la compréhension du fonctionnement de la langue. L’apprentissage est considéré comme un processus de modification des représentations qu’on possède déjà : une nouvelle donnée doit s’intégrer au réseau conceptuel de l’ « apprenant », et cette intégration (succession de déséquilibres et de rééquilibres) n’est possible que dans l’action du sujet. Autrement dit, un problème rencontré par l’ « apprenant » (= des représentations inadéquates) entraîne la recherche de sens : apprendre signifie construire activement du sens par l’observation, l’expérimentation, la réflexion, la déduction et le réemploi des règles.

Il convient de se canaliser sur les expériences pouvant être les meilleures pour l’apprentissage, du point de vue de l’ « apprenant », plutôt que de simplement transmettre et évaluer les connaissances qu’on estime qu’il doit posséder. Il faudra rechercher à créer des déséquilibres pour que l’ « apprenant » tente de les dépasser de lui-même. Cela aide aussi à comprendre que chaque participant à un cours peut être tour à tour un enseignant et un « apprenant ». Le travail d’enseignant peut se modifier en passant du rôle de « source de la connaissance » à celui de pôle d’influence et modèle de la culture de classe. Il s’agit d’avoir des contacts personnalisés et adaptés aux besoins d’apprentissage de chaque « apprenant », et d’animer les discussions et les activités de façon à atteindre collectivement les objectifs d’apprentissage de la classe.

Le professeur quitte son rôle d’intermédiaire entre l’œuvre à étudier et l’élève. Il devient une sorte d’animateur, un organisateur de savoir collectif en classe, un pourvoyeur de déséquilibres calculés et pouvant être surmontés.

Les professeurs Gauthier, Bissonnette et Richard (Université Laval, Montréal) dont les résultats ont été publiés en 2005 « Quelles sont les pédagogies efficaces ? » montrent que les méthodes axées sur l’élève mis au centre fonctionnent bien pour 15 pour cent seulement de ces élèves. Alors que les méthodes explicites (allant du plus simple au plus complexe) fonctionnent avec 85 pour cent des élèves : ils apprennent mieux et plus vite. Ces méthodes sont aussi plus normatives. Ces études universitaires démontrent en plus que ce sont les connaissances acquises qui assurent l’estime de soi, contrairement à ce qu’affirment les socio-constructivistes.

 

13:36 | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook

Commentaires

Tiens, tiens, le travail de groupe dirigé pour modifier les représentations (et donc les comportements) ne s'apparente-t-il pas à ce qui se passe dans les sectes?

Écrit par : Johann | 05/09/2011

Toutes les méthodes d'enseignement se font la guerre, mais globalement j'ai l'impression que le niveau de la moyenne des gens ne progresse pas.

Écrit par : bols chantants | 05/09/2011

Pour les auteurs de théories pédagogiques le même principe universitaire prévaut, semble-t-il:"Publish or perish!"

Écrit par : Mère-Grand | 06/09/2011

@Johann,en effet merci!

Écrit par : caramel | 06/09/2011

Les commentaires sont fermés.