13/09/2011

Bienvenue sur Terre ou retour à la réalité du terrain

trombi_philippe_meirieu.jpgIl aura fallu qu’il se retrouve enfin confronté à de « vrais élèves » pour que Philippe Meirieu, l’un des grands pontes de l’ordre des « pédagogos », retrouve un semblant de bon sens…

Je vous livre ci-dessous quelques « morceaux choisis » tirés de son interview par Nicolas Truong, paru dans l’édition du « Monde » du 3 septembre 2011.

Je me permets de mettre en gras certains passages qui font tout de même sourire lorsqu’on connaît les antécédents du Monsieur.

 

Pour avoir enseigné récemment en CM2 après une interruption de plusieurs années, je n'ai pas tant été frappé par la baisse du niveau que par l'extraordinaire difficulté à contenir une classe qui s'apparente à une cocotte-minute.

Dans l'ensemble, les élèves ne sont pas violents ou agressifs, mais ils ne tiennent pas en place. Le professeur doit passer son temps à tenter de construire ou de rétablir un cadre structurant. Il est souvent acculé à pratiquer une "pédagogie de garçon de café", courant de l'un à l'autre pour répéter individuellement une consigne pourtant donnée collectivement, calmant les uns, remettant les autres au travail.

Il est vampirisé par une demande permanente d'interlocution individuée. Il s'épuise à faire baisser la tension pour obtenir l'attention. Dans le monde du zapping et de la communication "en temps réel", avec une surenchère permanente des effets qui sollicite la réaction pulsionnelle immédiate, il devient de plus en plus difficile de "faire l'école".

 

L'autorité est en crise parce qu'elle est individuée et qu'elle n'est plus soutenue par une promesse sociale partagée. Le professeur tenait son autorité de son institution. Aujourd'hui, il ne la tient plus que de lui. L'école garantissait que l'autorité du professeur était promesse de réussite - différée, mais réelle - pour celui qui s'y soumettait.

Aujourd'hui, la promesse scolaire est éventée et le "travaille et tu réussiras" ne fait plus recette. L'école, qui était une institution, est devenue un service : les échanges y sont régis par les calculs d'intérêts à court terme. Le pacte de confiance entre l'institution scolaire et les parents est rompu. Ces derniers considèrent souvent l'école comme un marché dans lequel ils cherchent le meilleur rapport qualité/prix.

Le défi qui s'ensuit est double. Nous devons d'abord réinstitutionnaliser l'école jusque dans son architecture. Si les lycées napoléoniens ont si bien fonctionné, c'est qu'à mi-chemin entre la caserne et le couvent, ils alliaient l'ordre et la méditation.

 

entrer dans l'écrit, c'est être capable de transformer les contraintes de la langue en ressources pour la pensée.

Ce jeu entre contraintes et ressources relève d'un travail pédagogique irréductible à l'accumulation de savoir-faire et à la pratique d'exercices mécaniques.

 

… Que peut bien signifier "l'élève a 60 % des compétences requises" ? La notion de compétence renvoie tantôt à des savoirs techniques reproductibles, tantôt à des capacités invérifiables dont personne ne cherche à savoir comment elles

se forment. Ces référentiels atomisent la notion même de culture et font perdre de vue la formation à la capacité de penser.

Article complet sur:

http://www.lemonde.fr/imprimer/article/2011/09/02/1566841...

 

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Commentaires

Voici ce que le même Philippe Meirieu écrivait dans « L’école ou la guerre civile » :

"Cette rafale de déclarations fracassantes et de bonnes intentions proférées la main sur le cœur ou une idée derrière la tête, masque l’amnésie absolue des responsables successifs du système scolaire, qui s’obstinent à réinventer l’eau tiède en la faisant passer pour le remède miracle. Cela prend parfois la forme d’illuminations mystiques : c’est Jean-Pierre Chevènement découvrant, dans une conversion subite à la manière de Paul Claudel, que l’école doit « apprendre à lire, écrire et compter ». C’est François Bayrou compilant toutes les banalités pédagogiques de ce siècle dans cent cinquante-six propositions émises en juin 1994, après une consultation nationale menée au pas de charge, sans doute pour faire oublier la malheureuse tentative de réforme de la loi Falloux qui avait bien failli lui coûter sa place."

Ce même Meirieu, fustigeant le simple bon sens, qui disait à la même époque qu’on apprend aussi bien à lire avec le monde d’emploi d’un four à micro-ondes qu’avec un classique de la littérature, constate aujourd’hui que la guerre civile est dans les salles de classe. Non pas une guerre au couteau (encore qu’en ZEP…) mais une guerre pour que simplement l’attitude normale puisse prévaloir.

Mieux vaut tard que jamais, diront les songe-creux, mais après tout le mal qu’il a fait à l’école, aux élèves et aux professeurs en justifiant le relativisme absolu, en confondant autorité et autoritarisme, en prônant les méthodes socio-machin, la pédagogie par objectifs, les séquences didactiques, l’élève au centre, le sens de la vie que l’école doit donner aux élèves - Pardon pour « élèves », aux apprenants ! – il peut bien se livrer ici à une heureuse palinodie. Elle ne nous fait ni chaud ni froid parce que nous avons appris à devenir méfiants. C’en serait donc fini de la dévalorisation des savoirs, de la mise en cause des contenus disciplinaires, de l’inféodation de l’école à l’Entreprise ? D’autant que Meirieu, dans cet article du Monde se situe « contre le savoir immédiat et utilitaire, contre toutes les dérives de la "pédagogie bancaire", [et pour] reconquérir le plaisir de l’accès à l’œuvre ». Nous aurions trouvé en Philippe Meirieu un pourfendeur de la "didactique technicienne" caractéristique de la "pédagogie par objectifs", et un apologiste de ce qui lui est en tout point opposé, à savoir une pédagogie soucieuse des valeurs, de la culture, de la dimension esthétique de l’œuvre, et de son autonomie à l’égard des groupes de pression économiques, ainsi que des intérêts mercantiles auxquels les "gestionnaires de l’éducation" avaient prétendu la soumettre.

Il faut, hélas, y regarder de plus près, d’abord parce que ce rejet d’une "didactique technicienne" est purement tactique : au fond, Meirieu ne rompt absolument pas avec les principes de la "pédagogie par objectifs", qu’il les reprend même pour l’essentiel, et enfin parce que cette pédagogie s’est bien imposée dans les faits, en inspirant les programmes d’enseignement et en s’étendant à des disciplines toujours plus nombreuses, sous la houlette de ceux-là même qui prétendent, au moins, en récuser les excès !

Écrit par : Jean Romain | 13/09/2011

Ce texte n'est-il pas représenté sous formes géométriques comme pour le français,peut-être arriverions nous à saisir beaucoup plus vite son importance faisant sans doute partie lui aussi du fameux constructivisme si cher au coeur de certains,quand aux autres on se contentera du mot traditionnel et le plus long de l'époque mais appris par tous dès la 1re primaire c'est à dire anticonstitutionnellement !

Écrit par : lovsmeralda | 13/09/2011

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