16/10/2011

Guerre de religion au Cycle d’Orientation ?

Il fallait s’y attendre.

 

Avant même l’introduction de…comment faut-il l’appeler ?

 

-         l’étude des grands textes au CO ?

-         cours de religion ?

-         endoctrinement religieux ?

 

surgissent questions importantes, doutes, attaques, craintes.

 

J’en veux pour preuve le billet posté par Monsieur Pierre Weiss suivi du commentaire qu’un certain Johann y a laissé tout comme sur mon précédent billet.

 

Le sujet est en effet fort délicat et pour ma part, je suis loin d’être certain que ce genre d’enseignement a sa place dans notre école publique.

 

Il me paraît néanmoins intéressant de rappeler ici ce qu’en pense Jean Romain, professeur de philosophie.

 

 

Etude des grands textes au CO ?

Jean Romain

 

Depuis 1994, la question de l’enseignement du « fait religieux » occupe le DIP, et cela a fait l’objet de discussions au Grand Conseil. L’analphabétisme religieux favorise les peurs, les exclusions, les dérives sectaires. Puisque nulle ignorance n’est utile, une motion a été l’occasion de débats profonds sur ce que devrait être cet enseignement à l’école publique. De ces quinze années de discussions, de commissions, de groupes de réflexion et de rapports divers, il ressort deux éléments centraux :

 

1.           D’une part, le contexte de laïcité de l’école genevoise : c’est dans ce contexte que la présence des pratiques, des croyances religieuses ainsi que des références historiques et culturelles liées à la religion devront s’inscrire dans l’école publique du canton, et cela dans le but de permettre aux élèves d’interpréter et de comprendre la société dans laquelle ils évoluent. Qu’ils le veuillent ou non, il existe des cathédrales, de la musique sacrée, du gospel, des mosquées, des synagogues, etc. C’est un fait objectif.

2.           D’autre part, il n’est pas question d’instaurer un cours spécifique d’enseignement des religions ni donc d’instaurer une nouvelle discipline. Plus modestement, il s’agit de faire prendre conscience d’une constante des sociétés humaines. Cet enseignement sera intégré, via l’étude de textes fondateurs, aux disciplines qui peuvent l’accueillir. On songe à l’histoire, la géographie, le français, le latin, l’art, l’instruction civique, par exemple.

 

Le DIP dévoile aujourd’hui son projet : il y aura dès la rentrée 2011 un apprentissage aux grands textes. Il ne s’agit plus de « fait religieux » à enseigner, mais d’une sorte de melting pot dans lequel entreront quantités d’écrits qui, pour être importants, ne sont pas liés, ni de près ni de loin, aux grandes traditions religieuses. On va donc y étudier des textes représentatifs de la diversité culturelle de notre planète ! Rien que ça ! Comment ne pas y voir la crainte d’un département paniqué par la transmission de cette culture du fait religieux, et qui noie cette richesse dans d’autres textes qui n’ont pas de dimension sacrée.

 

Cette variété excessive n’est pas de mise au Cycle d’orientation pour la raison qu’elle va provoquer une dispersion, une de plus, dans une école qui pâtit depuis longtemps de trop de dispersion. Ce qui manque à l’école n’est pas une information tous azimuts, mais une formation. Cela implique de recentrer l’enseignement et non de l’éparpiller. Ajouter une dimension supplémentaire pour former au fait religieux (disons à cinq grandes religions, 3 monothéistes et 2 autres) et à son influence sur l’organisation sociale est une fort bonne chose. Il faut y souscrire puisque le respect de la laïcité est assuré. En revanche, élargir l’éventail à tous les grands textes fondateurs de l’humanité est un brouillard inutile pour de jeunes esprits rompus au zapping et en mal de structure claire. Ce qui manque le plus à nos élèves est un système de références qui leur permette de s’orienter dans un monde complexe : cette formation d’une colonne vertébrale stable ne nécessite pas de leur offrir un menu-dégustation à tout.

 

Par ailleurs, de l’aveu même de ceux qui ont concocté le projet, il s’agit de s’interroger sur les systèmes de pensée du monde, sur la liberté, le sens de la vie, de la mort, etc. Autant de thèmes propres à la philosophie. Pourquoi dès lors ne pas engager des spécialistes de la philosophie qui, par leur compétence académique, garantissent la contextualisation de ces « grands textes » ?

 

En fait, l’ampleur de l’inculture religieuse est un phénomène auquel nous nous serions fort bien acclimatés s’il n’était symptomatique d’une autre donnée, bien plus manifeste et plus dommageable : nous ne percevons plus clairement le sens de ce que nous faisons et, dans cette incapacité de nous représenter la fin, nous redemandons aux religions d’abord et à l’école ensuite, de nous découvrir nos raisons de vivre dans un monde qui a fait du ludique sa référence principale.

 

 

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