29/12/2011

A l’école, il y a trop d’école ?

Le débat sur le mercredi d’école serait-il lancé ? Voici la réponse de Jean Romain aux propos tenus par Monsieur Lefort dans « Le Courrier » du 19 décembre.

Dans l’intérêt du débat, il serait intéressant que ceux (pas toujours les mêmes !) qui s’opposent à ce nouvel horaire scolaire se manifestent et fassent valoir clairement leurs arguments…

 

 

Le député des Verts au Grand Conseil de Genève, M. François Lefort confie ceci au Courrier à propos du mercredi matin : « Davantage d’école, c’est antidémocratique, car cela va assommer les plus faibles, allophones ou issus des classes populaires et qui, en comptant le parascolaire, sont souvent de 7h du matin à 18h à l’école ! » (19 déc. 2011)

 

On reconnaît là cette antienne purement idéologique qui contribue à saper l’école républicaine depuis plus de trente ans : à l’école, il y a trop d’école !  Derrière ce slogan, il y a une conception qui propose de changer notre vision de l’école. En fait, on veut remplacer l’instruction par l’éducation.

 

On se souvient que Rousseau, dans l’Emile, pense que l’enfant est dépositaire naturellement d’un contenu affectif qui l’oriente vers le bien. Tout le rôle de l’éducation consiste, non pas à lui dire ce qu’il faut faire mais à lui montrer ce qu’il ne faut pas faire, pour que puisse harmonieusement s’épanouir ce qu’il a en lui. Rousseau appelle cela l’éducation négative, entendez : l’éducation par la négation. En fait, cette vision naturaliste demande à intervenir le moins possible lorsque les choses se développent harmonieusement, c’est à dire conformément à la nature, et le plus possible lorsque la société met en place des obstacles à cette bonté naturelle de l’enfant. On comprend qu’il existe deux facteurs : d’une part un donné naturel et de l’autre une culture qui permet à ce donné d’éclore.

 

C’est cette conception qui alimente le A l’école, il y a trop d’école ! En effet, il convient de ne pas trop intervenir sur l’enfant car on risque de fausser plus que promouvoir ce fonds naturel de chaque homme. On ne peut rien apprendre de meilleur à l’enfant que de lui apprendre à apprendre, c’est à dire à acquérir des savoir-faire, puisque le contenu, il le possède déjà.

 

Donc, assez logiquement, on va prétendre que l’école n’est plus le lieu privilégié de la transmission du savoir pas à pas et cohérent, mais qu’il existe bien d’autres lieux alternatifs (parascolaires, périscolaires, etc.) propices à éveiller, à faire apparaître, à laisser éclore le bon fonds de l’enfant.

 

Certes, mais il s’agit là de l’éducation et non de l’instruction ; il s’agit là de l’enfant et non de l’élève. Parce qu’on ne va pas à l’école en tant qu’enfant, on y va en tant qu’élève. L’éducation vise à apprendre et non à recevoir un enseignement. Qu’est-ce que cela signifie ?

 

Ce signifie qu’il est plus important d’apprendre à apprendre que de maîtriser des prétendus « faits » comme l’orthographe, la syntaxe, le vocabulaire, le calcul. Qu’il faut encourager la possession d’un iPad. Que les élèves doivent apprendre à utiliser les services de réseau de la même manière qu’ils utilisent le téléphone. Que le service public d’éducation a désormais un concurrent redoutable : Internet. Que c’est la Toile qui éduquera et contrôlera sans punir, qui aidera chacun à son rythme, sans notes, qui s’affranchira des distances et du temps, permettant aussi bien l’enseignement à distance que l’éducation tout au long de la vie. Bref, que nous aurons là un mode d’enseignement associant les racines de notre culture quant aux contenus à la modernité quant aux méthodes. N’est-ce pas fantastique, l’enseignement sans contrainte ? Voilà en tout cas un exemple des convergences possibles entre ces idées néo-rousseauistes : l’utopie d’un enseignement sans contraintes (qui ne dit pas ce qu’il faut faire, mais ce qu’il faut éviter) rejoint l’utopie de l’enseignement à distance. Et c’est exactement l’utopie qu’essaient actuellement de concrétiser tous les industriels de la planète, pour pouvoir faire payer à leurs employés leur propre formation continue « du berceau au tombeau », comme ils le disent si joliment… Alors, ça, oui, c’est démocratique, M. Lefort, ce n’est pas assommant, c’est populaire, et c’est en anglais !

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Commentaires

"Plus de savoir est antidémocratique" dit M. Lefort, député vert au GC.... non, mais avez-vous entendu une bêtise pareille.... ????
Ce qui est vrai par contre,c'est que moins il y a de savoir et de connaissance plus on arrive à manipuler les foules, et je crois sincèrement que c'est là qu'il y a le problème chez les verts. Avec plus de savoir ils arriveront moins à manipuler et c'est très embêtant....
En plus M. Lefort confond l'école avec le parascolaire...pour un député c'est plutôt grave....ce ne sont pas des enseignants qui prennent en charge les enfants après l'école....et on ne transmet pas des savoirs au parascolaire....
Non, mais cet argument contre le mercredi matin d'école est tellement insensé, que ce n'est même pas la peine de le prendre au sérieux.

Écrit par : Marion Garcia-Bedetti | 29/12/2011

Ce que je trouve déplorable, dans tout ces arguments, est la méconnaissance profonde de tout ces intellectuels et politiciens du développement d'un enfant de huit ans.

En effet, contrairement à ce qui est souvent avancé, les enfants de huit ans à Genève ont déjà un horaire hebdomadaire chargé comparé à bien d'autres cantons (Berne, Neuchâtel, Argovie et d'autres)

Peut-être que certains cantons ont des vacances plus courtes, allégeant ainsi l'horaire hebdomadaire des petits tout en conservant un nombre d'heures annuelles équivalentes ou supérieures à Genève.

Mais comment peut-on sérieusement penser à mettre 32 périodes scolaires hebdomadaires à des enfants de huit ans, plus des devoirs, messieurs-dames, alors que c'est aujourd'hui l'horaire des 12-15 ans ? Et ceci sans compter la cantine et le parascolaire?

Allez, messieurs les politiciens, sortez-nous vos études sur les rythmes de l'enfant vous permettant de penser qu'il serait sans conséquence pour leur santé d'ajouter encore 4 périodes à un horaire déjà chargé...au lieu de vous contenter des études PISA qui mettent à mal votre amour propre!!!

Quand le samedi matin a été supprimé, les heures ainsi "perdues" ont été reportées sur les autres jours; l'argument d'un retour en arrière ne tient donc pas non plus. La situation d'aujourd'hui est donc inédite, et ne corrige absolument pas l'abandon du samedi matin.

Quels moyens manquent-ils donc à l'école d'aujourd'hui qu'elle n'arrive pas à accomplir le même travail qu'avant? Peut-être que si l'on remettait les mêmes moyens que quand l'école "réussissait", la formule magique opérerait à nouveau?

A-t-on peut-être rajouté trop de branches et d'activités qui ne sont pas essentielles à l'instruction de base?

Comment, mais COMMENT ose-t-on prétexter le manque de moyens dans un pays aussi riche que la Suisse? De qui se moque-t-on?

Les moyens ne sont que volonté politique .... Pourquoi ces "économies", Monsieur Beer?
Remettez ne serait-ce qu'une personne "ressource" de plus par école, et revoyez les résultats dans quelques temps...

Haaaa, cela démasque la grosse hypocrisie du DIP...à savoir que rajouter des heures aux élèves, c'est la solution la moins onéreuse! Donc on la fait passer pour une nécessité à coup d'arguments bidons, que même M.Duval et d'autres personnes semblent croire!

Je PRIE que le mercredi matin ne passe pas, au nom de ces pauvres mômes pris en otage pour soulager les blessures d'amour-propre de Monsieur Beer!

Écrit par : Lulu Berlue | 30/12/2011

@ Lulu Berlu:
"Ces pauvres mômes", oh, mon dieu, 32 heures d'école par semaine, oui le cauchemar....
Dans d'autres cantons suisses depuis toujours les enfants du primaire allaient à l'école de 8h du matin à midi et de 13h30 à 16h. Il y a encore quelques années on y allait également le samedi matin, et les enfants ne se portaient pas plus mal avec ces 32heures ou plus par semaine. Mais il est vrai, ces "pauvres mômes de l'époque " n'étaient pas planqués devant la télévision pour voir des stupidités et en train de jouer avec leur playstation et je sais quoi encore pour passer leur temps, au lieu de jouer et de s'amuser dehors pour se "défouler".
Non vraiment, un peu de bon sens.... les parents qui n'arrêtent pas de se plaindre du travail que les enfants ont à l'école devraient s'interroger un peu comment ils s'en occupent ! Si on effet les parents étaient un peu plus présents à la maison entourant leurs enfants sans les "mettre devant les diverses machines pour avoir la paix" on aurait peut-être en effet besoin de moins d'école. Mais ces pauvres petits n'arrivent plus à se concentrer et tout prend beaucoup plus de temps, car ils appartiennent à cette société du "zapping" qui n'arrive plus à faire quelque chose avec persévérance!
Sans compter le nouveau PER (plan d'étude romand) qui devient bien plus exigeant pour l'école primaire genevoise ! Car en comparaison avec d'autres cantons GE est loin derrière... comme toujours dans tous les domaines !

Écrit par : Marion Garcia-Bedetti | 30/12/2011

Ben voilà......dévoilée, Madame.
Vos assertions sont fantaisistes au mieux et fausses au pire.
Néanmoins, pouvez-vous me citer une seule étude effectuée par le Conseil d'Etat sur les rythmes de développement des enfants de huit ans?

Vous semblez être une personne aigrie, remplie de jugements à l'emporte pièce (les parents devraient...) et de clichés (la télé, le regard négatif sur les enfants victimes de la société (que pourtant NOUS avons créé...))

Au moins je sais aujourd'hui ce que valent vos opinions...du vent, des clichés et des assertions fantaisistes...

Écrit par : Lulu Berlue | 30/12/2011

@Lulu Berlue

Votre commentaire me paraît tout à fait intéressant sur certains points, pour y répondre, il fera l'objet de mon prochain billet.

Pour raison d'équité, tout en gardant votre anonymat dans vos interventions, puis-je vous demander de me communiquer votre identité via mon adesse e-mail? Il va sans dire que, de mon côté, je m'engage à respecter votre anonymat. Merci d'avance.

Écrit par : Duval | 30/12/2011

@ Lulu Berlu:
En effet, je me suis dévoilée, par contre vous avez un comportement lâche, qui écrit sous un espèce de "pseudonyme", vous n'avez même pas le courage de signer avec votre nom ! Et vous voulez critiquer autrui ?
En plus visiblement vous n'êtes pas du terrain, sinon vous auriez un autre discours. Quand on voit arriver les enfants le matin, fatigués, avec des cernes, qui vous avouent qu'ils ont regardé la télé dans leur chambre et/ou joué aux jeux vidéos jusqu'aux aurores....
Vous avez tellement raison, pour cela, il faudra d'abord faire des études, comprendre comment fonctionne un enfant de 8 ans.... voyons un peu de bon sens... le sommeil, le mouvement, une bonne hygiène de vie, cela c'est le numéro 1, et après on verra... et les 32 heures ou plus ne poseront aucun problème.

Écrit par : Marion Garcia-Bedetti | 30/12/2011

Cher Monsieur Duval et chère Madame Garcia-Bedetti,

Les pseudonymes n'ont pas été inventés par lâcheté, mais pour permettre un débat d'idée sans être influencés par la personnalité de quiconque. Que je sois grand et gros ou petite et maigre, que j'ai 20 ans ou quatre fois plus, je défends des idées, et je n'entends pas que celles-ci soient polluées par l'idée que vous pourriez-vous faire de moi.

Et si je me permets de donner mon avis, c'est que j'ai toujours travaillé avec des enfants. Tout à fait d'accord que la télé le soir est loin d'être souhaitable, néanmoins, si cela arrive, ce n'est pas le cas de la grande majorité des enfants. Quant au reste, peut-on critiquer les parents et les enfants de jouir de la société de consommation dont notre société fait l'apologie constamment?

Il n'y a pas que du mauvais dans les jeux vidéo, et bon nombre sollicitent l'intelligence et la persévérance des enfants, et leur procurent un sentiment de satisfaction lorsqu'ils réussissent un passage difficile...

Tout est question d'équilibre...mais jouer est un impératif au développement d'un enfant. Jouer au monopoly n'est guère plus productif en terme d'exercice physique que de jouer à plusieurs devant une console de jeux vidéo...

Pour l'école, par contre, nous devons tenir compte des réalités des enfants d'aujourd'hui, et faire avec.

La question d'aujourd'hui est: pourquoi le conseil d'Etat cherche-t-il à faire des économies, plutôt que de remettre les moyens qui existaient auparavant et qui donnaient de bons résultats?

Avant d'ajouter des heures d'écoles aux enfants, ne faudrait-il pas repenser le nombre d'enfants par enseignant, par exemple?

Le débat est sérieux, car nous devrons voter, et je cherche par tous les moyens à me renseigner de manière objective; et vos critiques et moqueries ne me paraissent pas faire avancer le débat d'idée.

Sur ce, bonne soirée et bonne année!

Lulu

Écrit par : Lulu Berlue | 30/12/2011

Cher Lulu,

Excepté la question du pseudonyme (et vos arguments sur le sujet me conviennent d'ailleurs), je ne comprends pas bien en quoi votre commentaire me concerne quand vous avancez:" Le débat est sérieux, car nous devrons voter, et je cherche par tous les moyens à me renseigner de manière objective; et vos critiques et moqueries ne me paraissent pas faire avancer le débat d'idée". Je crois justement être dans cette ligne alors pourquoi me mettre en en-tête?

Écrit par : Duval | 30/12/2011

Cher Lulu,

Connaissez-vous le nouveau PER lié à Harmos et adopté par les cantons romands ? Etes-vous conscient qu'à partir de 2013 ce que l'on fait en 9ème du CO (anciennement 7ème, avant Harmos) en allemand et en anglais devra être accompli à l'école primaire ? AU CO cela représente actuellement 2 h d'anglais avec des enseignants spécialisés et 4 h d'allemand avec des enseignants spécialisés.

Rien que ces données-là devraient suffire pour justifier d'augmenter le temps d'enseignement à l'école primaire. Et je pense qu'il est bien plus efficace d'un point de vue pédagogique de rajouter le mercredi matin que de rallonger les journées.

Le peuple a voté en faveur de Harmos, alors voilà.

Meilleurs messages et bonne année.

Écrit par : Marion Garcia-Bedetti | 30/12/2011

Je suis d'accord: l'école doit être repensée, car elle doit être plus adaptée, cela dit, concernant le mercredi matin, il n'est vraiment pas facile de comprendre pourquoi rajouter* une demi-journée d'école, demi-journée que beaucoup d'enfants, dont les miens, utilisent pour avoir des activités sportives, musicales ou culturelles? C’est pourquoi, basé sur un communiqué de presse du DIP, je me suis permis d'analyser quelques faits et d'esquisser de manière plus fournie ce qui me semble une solution raisonnable sous http://bit.ly/apag2011.

La question mérite d’être reposée en d’autres termes: que souhaitons-nous vraiment pour l’avenir? Pour ma part, j’essaye simplement de fournir, dans le respect des différences individuelles et la diversité des apprenants, un contenu pertinent, complet et innovant, qui dépasse la moyenne, tant dans la forme que dans le fond (ce qui se traduit, entre autre par la mise à disposition de plate-formes d’échanges dédiées comme http://f.melos.co ou http://mb.melos.co).

'*Réforme sur réforme, à la manière d'un sandwich ou d'un bandage sur une jambe de bois

Bonne année 2012!

Écrit par : Antoine M. | 31/12/2011

@A.Duval mon esprit d'autiste toujours en avance sur les autres me questionne à nouveau,pourquoi donc faut-il et ce depuis plusieurs années revenir à des programmes qui de notre temps auraient été plus vite élaborés et qui ont duré des décennies aussi sans vouloir me montrer arrogante avec qui que ce soit,mon inconscient me sussurre à l'oreille qu'entre les problèmes de poubelles tout comme le scolaire à trop de réformes on va jamais s'en sortir et qui pâtiront en premier ,des enfants et des personnes âgée/concernant les taxes au sac/
Aussi pour clore le sujet de la question Internet qui perso représente internement et extermination pour raisons précises,je vois avec stupéfaction que tous ces problèmes sans Internet y'a longtemps qu'ils auraient été résolus.Les anciennes génération réglaient les problèmes les uns après les autres,la politique se faisait dans la rue,et ne venez pas me dire faut vivre avec son temps surtout quand on voit ou mène le développement durable ayant une faculté extraordinaire, la seule d'ailleurs celle de faire tourner en rond les enseignants et parents,alors là oui ,on peut parler de développement durable
Einstein lui-même avoua ne jamais faire une totale confiance à la machine et il savait de quoi il parlait
Avec tout le respect que je vous dois cher Monsieur,toute bonne journée

Écrit par : lovsmeralda | 03/01/2012

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