26/03/2012

UDC: un apprentissage d'instit

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Décidément l'UDC ne fait pas dans la dentelle!

Plus besoin de faire de "longues" études pour devenir instituteur, un apprentissage suffit.

Des propos outranciers comme on en a l'habitude de la part de certains politiciens.

Et pourtant?!

Sur le fond, les vues de l'UDC sont réalistes.

Il y a bien longtemps que je le dis...oui, la formation actuelle des enseignants primaires est mauvaise, surtout à Genève.

L'UDC dénonce la formation en HEP. Elle la juge beaucoup trop théorique, essentiellement basée sur un apport universitaire, au détriment de la pratique sur le terrain.

Ce en quoi elle n'a sûrement pas tort...mais de là à passer à l'extrême et prôner un "simple" apprentissage...l'UDC ne manque pas de souffle!

La critique des HEP est virulente, que dire alors de la formation genevoise à l'IUFE qui, au niveau de l'enseignement universitaire plutôt que pratique, surpasse de loin les HEP des autres cantons.

Je rejoins donc le député Jean Romain lorsqu'il déclare:

"Je partage les constats mais pas les solutions. Les critiques du système néfaste de Bologne, de la formation trop théorique et de l'endoctrinement idéologique sont justes. C'est même en dessous de la réalité, qui me semble catastrophique à Genève".

Dommage que, dans sa démarche, l'UDC n'ait pas pensé à ce qui se faisait...avant que les soi-disant experts en pédagogie ne prennent le pouvoir et nous imposent cette formation inadaptée.

Oui, il fut un temps où les futurs instituteurs étaient bien formés!

Ca portait un nom: Etudes pédagogiques, Ecole Normale en Valais.

Etudes pédagogiques qui répondaient en grande partie aux attentes dont se réclame aujourd'hui l'UDC.

Elles se faisaient en trois ans. Non seulement, elles savaient équilibrer connaissances pratiques et théoriques mais permettaient à tout un chacun, quel que soit son milieu social, de les suivre. En effet, durant leurs études, les étudiants touchaient alors un salaire modeste qui leur permettait de subvenir à leurs besoins.

Il suffisait d'avoir sa maturité en poche.

Jugez plutôt.

1ère année

- 50% de cours didactiques sur toutes les disciplines que le futur instituteur était appelé à enseigner...français, math, géographie, histoire, gymnastique, dessin, travaux manuels, chant, et même "écriture au tableau noir"(!), etc.

- 50% de remplacements à plein temps, avec prise en charge à 100% de la classe qui lui était confiée. Remplacements (souvent de longue durée) assortis de contrôles inopinés et fréquents effectués par une équipe d'inspecteurs en charge de rendre un jugement, le tout suivi d'un rapport écrit à signer par le candidat.

2ème année

Un important et nécessaire apport théorique qui consistait en une année universitaire en sciences de l'éducation et l'obtention d'une demi-licence.

Le calendrier universitaire de l'époque laissait de nombreuses semaines "libres". Qu'à cela ne tienne, durant l'absence de cours, les candidats aux études pédagogiques devaient alors se tenir à disposition du "Service des remplacements" qui se chargeait de meubler ce temps libre.

3ème année

50% apprentissage des "techniques d'enseignement". Sous le contrôle d'instituteurs formateurs chevronnés, les candidats étaient mis en situation réelle, face aux élèves d'une classe, et s'entraînaient à donner des leçons dans toutes les disciplines enseignées au primaire. S'en suivaient critiques et conseils.

50% stages de trois semaines dans une classe sous le contrôle de l'enseignant titulaire. Stages qui consistaient en

- une première semaine d'observation (enseignement du titulaire),

- une deuxième en collaboration avec le maître(50% d'enseignement pour l'un et l'autre) qui, bien sûr, prodiguait tous les conseils utiles.

- Une troisième semaine avec prise en charge totale à 100% de la classe (enseignement, corrections, évaluation, entretiens avec les parents, etc.)

S'en suivait le rapport de stage que le maître titulaire rédigeait alors.

Mais voilà...depuis cette époque, bien de l'eau a coulé sous les ponts et bien des décideurs se sont succédés...

J'entends déjà certain hurler au retour à la formation de grand-papa!

Qu'à cela ne tienne, je persiste et signe...une formation efficace et pleine de bon sens dont nos politiciens feraient bien de s'inspirer.

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Commentaires

Si notre pays pour une fois cessait d'imiter les pays de l'UE en conservant ce qui fonctionne bien comme les Ecoles normales on ne connaitrait peut-être pas cette demande de l'UDC qui de prime abord semble insensée mais comporte malgré tout une part de logique.De grâce qu'on cesse de vouloir réformer ,tout le monde est perdant ou alors une refonte de a à z et qui aille sur le long terme ,mais on connait trop bien le système actuel,faut du changement qui à la longue prouve l'immaturité même de nos dirigeants dont certains doivent souffrir d'une couche d'ozone cérébrale type Alzheimer

Écrit par : lovsmeralda | 26/03/2012

Vous avez raison. L'ancienne formation était plus adéquate et il aurait suffi de la mettre à jour par quelques retouches régulières.
Mais dans tous les domaines, les nouveaux veulent se faire une place, ce qui est bien normal, quitte à démolir parfois ce qui fonctionne bien, ce qui l'est moins. Le moteur le moins estimable à cette envie de marquer son temps et son territoire est le désir d'accroître son pouvoir.
Cela engendre souvent une spirale dans laquelle chaque échelon (de pouvoir plus que de responsabilité ou de compétence) chasse l'autre.
Imaginer revenir en arrière, ou même à plus de mesure, est relève alors d'une forme de folie.
Il n'y a plus qu'à espérer en un miracle, ou bien, suprême ironie, attendre qu'une nouvelle mode ou révolution formule en des termes nouveaux au goût du jour une partie des anciennes recettes dénoncées autrefois.

Écrit par : Mère-Grand | 26/03/2012

Comme souvent, l'UDC met le doigt où ça coince. Je l'approuve.
Le formatage des maîtres est assuré par les idéologues post-soixante-huitards, aidés en l'occurrence par les théories du new management.
La solution de l'UDC ne convient pas cependant, et cette solution du CFC pour les maîtres du primaire fera capoter le dispositif critique justement soulevé. C'est dommage.

Je vais faire un papier à ce sujet parce que le journaliste de la Tribune n'a pu mettre que quelques mots de ce que je lui ai dit en raison du peu de place.

Écrit par : Jean Romain | 26/03/2012

On pourra écrire et dire tout ce qu'on voudra... Tant qu'on ne comprendra pas qu'enseigner c'est avant tout partager et tranmettre des connaissances avec émotion, l'école continuera malheureusement de sombrer, entraînant dans sa chute les élèves les plus fragilisés !
Pour intéresser et captiver des enfants repus, blasés et fatigués, il faut une quantité infinie d'énergie et de souffle ! L'apprentis-instituteur-trice apprendra l'essentiel de son métier sur le terrain, encadré et conseillé par une maîtresse ou un maître expérimenté et bienveillant...Dans une une relation de compagnonnage en somme.

Avec ce modèle, on est à des années-lumière du "professeur des écoles" formé à l'IUFE....qui sait tout sur tout, mais rien sur l'essentiel de la vie d'une classe.

Écrit par : J-F Girardet | 26/03/2012

Le parallèle est à faire également pour la formation infimière à l'HES de Genève: des élèves de 4ème année à 3 mois d'être diplômés incapables de faire des liens entre pathologie et surveillance, qui ne connaissant pas la base de la pharmacologie et qui ont eu 8 stages sur 4 ans (contre 15 sur 3 ans et demi en France!!).

L'approche anthropologique est importante certes mais pas autant d'heures que ça! HES veut tellement coller à Bologne et autres requis universitaires qu'elle oublie de donner la base à ses élèves: des vrais cours de physio-pathologie, des stages avec des objectifs réalistes et les aidant à s'insérer dans le monde professionnel (non il n'est aps normal qu'une élève à la fin de son cursus ne prenne en soin que 4 patients maximum alors que dans quelques semaines elle devra en prendre le double!)

On sape le moral des nouvelles recrues qui déprimées pendant une année à ramer et de stress soient arrivent péniblement à s'en sortir soit changent de carrière pour un cursus en littérature ou autre... les équipes s'essoufflent à former des jeunes professionnels qui ne restent pas ou n'en peuvent plus, les patients en pâtissent, les nouveaux professionnels sont mis dans des situations qu'ils ne savent absolument pas gérer. Trop trop vite alors que pendant 4 ans ils auraient eu le temps de se préparer un peu mieux.

Le socio-constructivisme et ce besoin "d'universitarier" des formations qui fonctionnaient juste pour donner un titre "universitaire" plutôt que de créer des équivalences entre les formations déjà existantes, c'est une erreur monumentale dont nous nous mordrons les doigts dès que les anciens seront tous à la retraite...

J'aime mon métier mais franchement, la formation HES est inadaptée aux réalités du métier!

Écrit par : Karrijini | 09/04/2012

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