04/12/2012

Le long tunnel de la fonction publique

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Jean Romain

 

A Genève, la situation de la fonction publique est très délicate. En effet, plusieurs facteurs convergent sur cette fonction publique et la mettent à mal, à telle enseigne qu’après la modeste démonstration de force de la semaine passée, elle a décidé de faire la grève le 6 décembre pour réagir à ce qu’elle estime des attaques. A mes yeux, elle a tort de faire la grève mais elle est bel et bien en butte à une série de remises en question fortes et dont certaines sont de nature à mettre en péril – en ce qui concerne l’école particulièrement – la vision que nous avons de la république.

 

Retraites

 

Tout d’abord, c’est la fusion des caisses de pension, fusion négociée afin d’honorer l’obligation confédérale de couvrir les assurés, et fusion votée par le Grand Conseil il y a quelques mois, qui diminuera la rente des futurs pensionnés tout en les obligeant à travailler plus d’années. C’est ce vote qui a mis le feu aux poudres. Les parlementaires socialistes se sont battus honnêtement pour défendre leurs idées ; ils ont majoritairement refusé en plénière de soutenir cette fusion sur des points annexes, tout en admettant, avec d’autres députés, que c’était la moins mauvaise solution. On ne choisissait pas entre un bien et un mal, mais entre un mal et un moindre mal. Or ce vote a été contesté par un référendum malvenu provenant de l’extrême gauche et soutenu par une partie de la droite dure. On votera le 3 mars 2013 puisqu’il a abouti. Mais là, les choses ont changé de nature ; et le risque, de degré. En effet, si la fusion est refusée le 3 mars, c’est la Confédération qui viendra, dès 2014, mettre son nez dans nos affaires cantonales, et un scénario catastrophe pourrait bien voir le jour. Ce serait alors la fin de l’école publique telle que nous la concevons actuellement. Le mot d’ordre ne serait plus « Refaire l’école » mais « Sauver l’école » ! Il faut cependant souligner que l’ensemble des députés défend l’école publique même s’ils trouvent qu’elle a souvent oublié sa mission, qu’elle n’est pas assez exigeante ; ces députés, s’ils ne connaissent pas dans le détail le travail des professeurs, savent néanmoins ce que représentent les « hussards noirs de la République » dont parlait Jules Ferry.

 

Économies budgétaires

 

Ensuite, le budget 2013 déficitaire, refusé par le Parlement genevois, nécessite des économies importantes pour être accepté. Des pistes ont été avancées pour diminuer les dépenses de l’État, qui vont toutes dans la même direction : augmenter la productivité de la fonction publique. Derrière les mots, il y a des implications : une diminution des postes de fonctionnaires, donc des salaires à verser. Faut-il les diminuer un peu, beaucoup, passionnément, à la folie ? On va en discuter, mais ce qui est certain c’est que « pas du tout » n’est pas envisageable.

Après les retraites mises à mal, ces mesures d’économie sont une deuxième remise en question de la fonction publique. Elles viennent souffler un vent froid sur des gens qui font correctement leur travail et qui sont, dans leur immense majorité, d’honnêtes serviteurs de l’État.

 

Désamour


De plus, à Genève, est née une sorte de désamour entre le peuple et sa fonction publique. Ce désamour se repère dans des formules du genre « tous des planqués, ces fonctionnaires ». C’est une erreur. L’État ne peut remplir ses missions régaliennes sans la fonction publique, mais il est vrai que les citoyens sont en butte à de consternants constats quotidiens. Bien des gens ont perdu leur confiance en l’État, un État incapable d’assurer la sécurité des citoyens ; un État qui a renoncé à instruire chaque élève avec un peu de rigueur ; un État impuissant à assurer une circulation acceptable ; un État qui ne parvient pas à construire les logements dont il a besoin ; un État dont le système informatique est plus que déficient ; un État dont les prisons débordent ; un État dont la Cour des Comptes est le lieu de règlements de comptes ; un État où son Grand Conseil se jette des verres d’eau à la figure ; un État où le manque de crèches est chronique ; un État où les projets enthousiasmants sont au point mort ; un État dont la dette est faramineuse ; un État qui ne privilégie pas ses propres ressortissants pour les mettre aux postes clés ; un État… Chacun peu ajouter un élément à la liste. Exagéré, ce portrait ? Sans doute. Mais il est des partis politiques qui se nourrissent de cette exagération et qui ont intérêt à ce que le débat vire à la confrontation, qui font tout pour cela, c’est le MCG. Depuis sa création, ce parti fonde sa légitimité sur le malaise politique et social : plus Genève ira mal, plus il aimantera sur lui les voix des mécontents. Et à Genève, il y en a des mécontents. C’est dans ce contexte tendu que tout le monde connaît, que le MCG joue son rôle de catalyseur : il transforme le râleur ordinaire en indigné systématique.

 

Alors les syndicats de la fonction publique se mettent en grève le 6 décembre prochain pour s’opposer à l’austérité qui s’annonce. Ils prennent un risque majeur dans la situation décrite plus haut. C’est celui du résultat du 3 mars 2013. Ce jour-là, devant l’urne, il n’y aura pas de miracle mais seulement des citoyens qui se souviendront. Accepteront-ils, ces contribuables, d’endetter l’État durant des décennies pour sauver les retraites d’une fonction public qui, gréviste, apparaît, à tort ou à raison, sous un jour peu rassurant ?

 

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Commentaires

Ce matin, dans une école du PO de Ge, on parlait de cette grève annoncée par les syndicats.. je n'ai pas entendu un seul professeur qui se prononça pour cette grève.... TOUS ETAIENT CONTRE !

Il faut savoir que dans certaines écoles même pas 10% des affiliés au syndicat du PO vont aux réunions, le plus souvent parce qu'ils n'ont juste pas le temps... trop de travail... et parce qu'ils n'adhèrent pas à l'idée de faire la grève!!!

Écrit par : Marion Garcia Bedettii | 04/12/2012

Tous les fonctionnaires ne travaillent pas au PO !!! bien au contraire, la plupart des employés ont des salaires bien plus bas et des conditions de travail autrement plus compliquées...La grève est un droit (des gens se sont battus et sont morts pour l'obtenir!, c'est une action qui ne se décide jamais par gaité de coeur, ni par confort!

A part ça: M. Puttalaz qui s'étonne du désamour entre la population et les fonctionnaires, fallait oser!
Avec toutes les déclarations méprisantes qu'il a faite, sur les enseignants lors des différentes votations concernant les notes ou le Co, il n'a pas honte de continuer à venir nous donner des leçon. Mais j'oubliais que lui, comme son ami Descaillet sait tout, ou presque.

Écrit par : Manu.B | 05/12/2012

....et si on renonçait aux discutables et coûteux "projets d'école" ? et la smala d'évaluateurs satellites mandatés par le DIP?

Bonne soirée!

Écrit par : idée | 06/12/2012

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