18/04/2013

Les députés du GC sauront-ils faire preuve de bon sens?

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En octobre 2012, j'avais soulevé le problème de "doublon" que posaient, à l'école primaire, les postes de maîtres adjoints cumulés à ceux de directeurs d'établissement (Les faux cul du Conseil d'Etat)

S'en était suivi le dépôt d'une pétition au bureau du Grand Conseil

Depuis, comme il se doit, j'ai été auditionné par la commission des pétitions et j'ai alors pu développer l'essentiel des arguments avancés.

Aujourd'hui, ce rapport est public et je vous invite donc à en prendre connaissance ici.

Pour ceux qui n'auraient pas le courage d'en lire la totalité, voici, ci-dessous, le compte-rendu de mon interpellation, suivi du rapport du député Jean Romain.

En préambule permettez-moi cependant quelques remarques quant aux propos tenus par Monsieur Charles Beer tant ils font preuve de mauvaise foi.

Le Président du DIP, une fois encore se contente de noyer le poisson pour éviter d'aborder honnêtement la question des doublons posée par la pétition.

C'est en habile politicien qu'il mélange tout et rien...

Une fois de plus, HARMOS a bon dos! Selon Charles Beer, c'est ce processus d'harmonisation qui serait à la base de ce profond changement de l'organisation de l'école primaire!

"Des compétences allant être acquises au niveau suisse et au niveau  romand, il étaient nécessaire de mettre en place un pilotage de l'enseignement primaire...

Genève n'a fait qu'harmoniser le fonctionnement de l'enseignement primaire en suivant les pratiques des autres cantons"...

Autant d'affirmations fallacieuses...tant Harmos n'a rien à voir dans cette question et tant justement les pratiques des autres cantons ne sont pas les mêmes qu'à Genève!

 

La commission des pétitions ayant terminé sont travail, la pétition est désormais inscrite à l'ordre du jour de la session du Grand Conseil des 25, 26 et 27 avril.

Je me réjouis de suivre ce débat et espère vivement que les députés sauront faire la part des choses entre la pure réalité et les arguments fallacieux et purement politiques.

Il s'agit là de simple bon sens.

A noter qu'il sera intéressant de voir si le député indépendant Didier Bonny, par ailleurs, directeur d'établissement, participera ou non au débat et au vote...

 

Audition des pétitionnaires représentés par M. André Duval

 

M. Duval rappelle qu’avant 2008 le DIP possédait une trentaine  d’inspecteurs et que chaque école avait un maître principal. La nouvelle  organisation de l’enseignement primaire mise en place en 2008, impliquant la  création de directeurs d’établissements, devait permettre de développer une  certaine proximité avec les différents acteurs.  

Or, il remarque que la proximité n’est pas possible puisque ces directeurs  sont chargés de plusieurs bâtiment s scolaires, d’autant plus que certains  d’entre eux travaillent  à temps partiel. Un contact quotidien avec les parents  avait été évoqué, mais ce sont les maîtres principaux qui assurent cet aspect.

Enfin, la décharge des tâches administratives dont les maîtres devaient bénéficier ne s’est pas mise en place car ils n’ont jamais autant croulé sous  les charges administratives. Il fait remarquer que les directeurs  d’établissement dans les autres cantons ou  dans les autres pays ont tous des  charges de classe, ce qui n’est pas le cas à Genève.

Depuis 1990, les effectifs de l’école  ont officiellement augmenté de 26%,  ce qui aurait dû impliquer l’engagement d’une dizaine d’inspecteurs supplémentaires. Or, il rappelle que ce sont 94 directeurs qui ont été nommés,

soit un 200% d’augmentation. Il signale que, entre 2008 et 2012, le nombre  de directeurs a diminué à 79 et il mentionne que, des 30 inspecteurs de base à  ces 79 directeurs, l’augmentation n’est plus que de 130%, ce qui reste très  important.

Il mentionne ensuite que le département a décidé en 2012 de placer dans  chaque établissement des maîtres adjoints dont les tâches sont similaires à  celles du directeur d’établissement. Il remarque que ce dernier ne fait donc  plus que contrôler le travail des enseignants, s’occuper du suivi des personnes qu’il engage, ce qui intervient en début d’année, gérer les conflits entre les enseignants et présider les conseils d’établissement. Il répète que tout le reste

est délégué au maître adjoint, ce qui entraîne en l’occurrence l’idée d’un doublon.

En conclusion, il pense donc que les  directeurs sont trop nombreux, et qu’ils ont en outre à présent des maîtres adjoints pour les seconder. Il rappelle

que la question avait été posée au Conseil d’Etat par M. Jean Romain, mais

que la réponse était insatisfaisante selon lui. Il répète que la situation actuelle

est en définitive similaire à celle d’avant 2008, mais avec des effectifs

autrement plus importants.

M. Duval pense qu’il faudrait garder 70 directeurs si ces derniers assurent toutes ces tâches. Il ne serait dès lors plus nécessaire d’avoir des maîtres

adjoints. Il serait judicieux de leur donner des charges d’enseignement, ce qui

serait en outre bénéfique pour ces directeurs puisqu’ils auraient un pied dans

la réalité.

 

Rapport de M. Jean Romain

 

Mesdames et Messieurs les députés,

Pour paraître sérieuse, notre école s’est ingéniée à complexifier son propre système ; le quantitatif a suppléé au qualitatif. Et, se refermant ainsi peu à peu sur son propre fonctionnement, notre école ne résout pas les problèmes, elle les sécrète. Ainsi, au degré primaire, elle a désigné il y a quelques années des directeurs d’établissement en large surnombre, et elle vient à la rentrée 2012 de leur permettre, par délégation, d’engager des maîtres adjoints (MA) et des maîtres référents (MR). Et pour le dire crûment : à Genève, plus le savoir

s’universalise, plus notre école se provincialise.

La soif de modernisation a fait augmenter exponentiellement la gestion parce qu’elle déteste les temps morts, elle veut aller vite alors que l’apprentissage à la culture ne se fait pas à la va-vite. Cette succession d’ajouts gestionnaires s’apparente à de la gesticulation, incapable de résoudre les difficultés liées à notre temps. Non seulement cette lourdeur administrative est néfaste pour l’école et ne lui permet en rien de gagner en efficacité – tout au contraire –, mais encore cela a un prix, un prix excessif en période de restriction budgétaire. Nous n’avons simplement pas les moyens de donner dans cette complexité inutile.

Dans les autres cantons suisses, les directeurs d’école primaire enseignent à temps partiel et ils n’ont pas un éventail d’adjoints qui viendraient les épauler. Si Genève connaît des zones plus délicates d’enseignement, elle n’est pas à ce point différente des autres qu’il lui faille mettre sur pied ces doublons.

Simple, tranchante, précise et pleine de bon sens, cette pétition demande de renoncer aux doublons que la toute nouvelle introduction de ces MA et MR impose.

Si l’on en croit le DIP : « depuis 1990 l’école primaire genevoise a vu ses effectifs croître fortement (+26%). Les structures d’encadrement n’ont pas changé depuis des décennies pour faire face à cette forte croissance des effectifs alors que le contexte socio-économique de Genève s’est profondément modifié ». Cette affirmation est parfaitement exacte. Dès lors, il fallait logiquement augmenter le nombre d’inspecteurs (directeurs) dans la  même mesure. Il aurait donc fallu engager des directeurs dans la proportion, et passer de 28 inspecteurs à 36 directeurs, et non d’abord à 94 directeurs, en 2008 (une augmentation de plus de 200%), puis aujourd’hui à 79 directeurs dont certains à temps partiel. Et on veut encore y adjoindre, depuis la rentrée 2012, des MA et des MR !

Certes, ces maîtres adjoints ne sont pas payés autrement que par une décharge d’heures d’enseignement. Mais cette décharge a un prix : il faut engager plus d’instituteurs (ou de remplaçants) pour combler les lacunes de l’horaire. Tout cela s’ajoute au salaire des directeurs qui sont payés en classe 24. Nous n’avons pas les moyens de cette énième genevoiserie car il est faux de penser que plus d’encadrement administratif induit automatiquement de meilleurs résultats. Ce qui induit de meilleurs résultats, c’est plus d’exigence – un mot qui a déserté les écoles de chez nous.

Cessons de gesticuler et de nous auto-intoxiquer avec une administration pléthorique. Ce dont notre école a urgemment besoin n’est pas d’une augmentation administrative, truffée de doublons, et artificiellement légitime, mais de :

Remettre le savoir au centre de l’école. Le rôle premier de l’école est de transmettre pas à pas des connaissances et d’en vérifier l’acquisition (notes, épreuves communes). L’héritage culturel passe aussi par l’école ; celui qui l’acquiert se sent plus fort, car cet héritage assure à chaque élève les principaux repères pour sa vie d’adulte.

Mettre l’accent sur les connaissances de base.Trop de jeunes sortent de l’école obligatoire sans maîtriser le calcul, la lecture ni l’écriture. Il en va de la dignité de chaque élève de pouvoir acquérir ces connaissances élémentaires. Notre école doit s’y engager. La langue française doit faire l’objet de tous les soins parce qu’il ne s’agit pas d’une branche mais du tronc de l’école, dont les lacunes ont des répercussions sur les autres disciplines.

 

–Recentrer l’école obligatoire sur le respect et sur l’effort. Pour que l’autorité de l’école soit restaurée, il convient d’abord d’assurer l’autorité à l’école. Cela implique que chaque élève l’apprenne au sein de cette vie en commun. Les manquements doivent être sanctionnés. Valoriser l’effort, c’est d’abord donner à chacun les moyens de se rendre compte que les résultats scolaires ne sont pas des droits, mais la récompense d’un mérite.

L’accent doit être porté prioritairement sur ces trois buts car nous en sommes fort loin aujourd’hui. Cessons d’alourdir une structure qui devient poussive et inefficace ! L’heure est à la soustraction au DIP en matière administrative. Il est temps de revenir à l’essentiel en ces temps peu cléments en matière budgétaire.

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Commentaires

L'introduction de ces directeurs ne fait que coûter de l'argent et bien évidemment n'améliore pas les performances de nos élèves.
Une machine administrative lourde est contre-productive, c'est le bon sens qui nous le dit.
En plus, si mes souvenirs sont bons, l'appel d'offre pour ces directeurs mentionnait comme formation requise "universitaire ou équivalent".
Comment se fait-il alors que les enseignants du primaire sont astreints à une formation universitaire (désastreuse, je l'admets, mais ce n'est pas de leur faute.... ) mais pas ceux qui contrôlent leur travail ? Et comment se fait-il qu'ils soient payés en classe 24 ?
Grotesque !

Écrit par : Marion Garcia | 18/04/2013

Bravo !

Écrit par : Frédéric Lamm | 20/04/2013

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