08/11/2013

Les raisons de son départ à la retraite

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Je vous livre ici le poignant témoignage de cette enseignante qui vient de prendre sa retraite anticipée. Voici donc le message qu'elle a adressé aux collègues de l'école où elle enseignait encore jusqu'à cette rentrée 2013.

 

Chères et chers ex-collègues,

 

Un lundi de septembre 1975, je faisais ma première rentrée des classes à De Haller. J’avais réalisé mon rêve d’enfant et ce bonheur a duré 37 ans.

L’an dernier, le Bon Dieu ou le destin (vous choisissez en fonction de vos convictions !!!) a estimé que 37 ans de chance et de bonheur scolaires, c’était trop et surtout injuste vis-à-vis de ceux qui n’en avaient pas connu autant et qu’il fallait trouver des trucs pour que je laisse ma place aux jeunes ! Il (le Bon Dieu ou le destin) m’a donc gratifié de quelques élèves impertinents, insolents, désobéissants et indisciplinés, certains avec l’aval de leurs parents, auxquels les « gentils » n’ont pas eu le courage de s’opposer. Si ces perturbateurs qui ne sont que la face visible de l’iceberg qui s’approche à grande vitesse de nos classes savaient que c’est en partie à eux que je dois d’être partie sans regrets !!!

Je ne souhaite nullement vous saper le moral en cette veille de rentrée, mais je ne résiste pas à vous exprimer ce qu’une vieille comme moi a eu sur le cœur lors de sa dernière année d’enseignement.

Le DIP ayant décidé que les écoles seraient désormais dirigées comme des entreprises privées, j’ai vu les choses non pas changer mais être bouleversées! Autrefois, nous enseignions non seulement avec notre cœur mais aussi avec nos tripes. Aujourd’hui, si le cœur est, j’espère, resté, c’est le cerveau qui a remplacé les tripes. Vous êtes en passe de devenir des technocrates… quel dommage ! A mon avis, ce n’est pas seulement une question d’argent qui a motivé le départ à la retraite d’autant d’enseignants. C’est aussi le fait que nous n’avions plus la possibilité, je rajouterai même que nous n’avions plus le droit, d’exercer la profession que nous avions apprise.

Deux exemples purement didactiques : que penser, en division moyenne (DM), d’une méthode de français (Mon Manuel de Français, MMF) que nous devons suivre avec un ouvrage à nos côtés comme nous le ferions avec le mode d’emploi d’installation d’un appareil ménager, où les élèves, à part discuter sur le sujet imposé, pour autant qu’il les intéresse, n’apprennent rien en structuration? Je ne sais comment mieux trouver la signification des initiales de cette méthode ; Maudite Méthode de Français…. Méthode de Merde de Français ? Dire qu’on s’offusque de la façon qu’ont les jeunes générations d’écrire le français alors que nous sommes, malgré nous, en partie complices de cet état de fait

Quant à la géographie, si vous me trouvez un seul élève de 11 ans qui a envie de se lancer avec plaisir dans l’étude de l’évolution de la population du Val Lavizzara de 1850 à nos jours, je demande à être réengagée !

 

Que dire du nombre de formations jamais mises en pratique que nous avons subies, au prix d’heures de préparations de remplacements… Je pense aussi  au temps passé à formuler et reformuler des règlements d’école qu’en DM nous n’étions qu’un groupuscule à faire respecter ! Et voilà qu’une nouvelle tâche vous incombe : l’alimentation de vos chers petits…J’espère que vous me donnerez des nouvelles précises de la façon dont vous gérez ce que vont ingurgiter vos têtes blondes  à la récréation.

 

Quant à moi, la seule discipline que je devrai dorénavant appliquer est celle de ne pas manger de façon inconsidérée tant en quantité qu’en qualité. Je penserai donc régulièrement à votre projet de « goûters sains » et vous soutiendrai moralement en essayant d’être raisonnable !!!

Comme vous le voyez, j’ai mille raisons d’être habitée par de la sérénité en cette veille de rentrée que je ne ferai pas !

Qui aurait cru, il y a une année, que je vous tiendrais un tel langage ?

 

Ne vous méprenez pas ! Mes 37 années de bonheur, personne ne peut me les enlever. Je m’ennuierai, mais de vous, de cette super ambiance qui a toujours, même au gré des changements de collègues, été la carte de visite de l’école de Haller tant auprès des parents que des enseignants cherchant un poste. J’espère bien continuer à vous revoir autour d’un apéro pas sain du tout ou d’une bonne bouffe pas diététique du tout non plus. Au fait, si on a réussi à vous endoctriner aussi pour ces deux dernières réjouissances, sachez que j’accepterai quand même, avec un enthousiasme hypocrite, de vous tenir compagnie autour d’un verre d’eau et d’une pomme, après avoir avalé un comprimé coupe-faim, bien sûr !

 

Marie-Thérèse

 

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Commentaires

Merci!

Écrit par : Chantal Vatter | 08/11/2013

Ou comment faire perdre la foi ! Tout "simplement" désolant, non seulement pour nos têtes blondes mais aussi et surtout pour leur(e)s enseignant(e)s !

Écrit par : JLuc | 09/11/2013

Je n'aurais pas su aussi bien l'exprimer, mais c'est pour les mêmes raisons que moi aussi j'ai pris le plend il y a 3 ans après 35 ans d'enseignement en division moyenne. Je ne voulais pas qu'on me dégoute d'un métier que j'ai vraiment aimé.

Écrit par : Marianne | 09/11/2013

Juste à propos du "Bon Dieu": faut-il dire que le Bon Dieu prend plaisir à décourager les enseignants (en ce cas comment appeler Dieu... "bon"! quand il s'agirait d'un emmerdeur...) ou parler plutôt de concours de circonstances désespérants dictés pas les intérêts, stupidité, mauvaise foi, cupidité... contre lesquels, malheureusement, Dieu ne, ou n'y peut rien. En ce cas, aux parents, notamment, de se motiver en commençant par cesser de douter d'eux-mêmes...

Écrit par : Myriam Belakovsky | 09/11/2013

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