09/11/2013

Instituteur, un métier en décomposition

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J'accuse tous les salauds qui se sont évertués à inoculer un virus malfaisant au sein de l'école primaire.

Ils l'ont entretenu avec soin jusqu'à gangréner le métier d'instituteur jusqu'à l'os.

Combien sont-ils ces enseignants qui ont déserté et qui le feront encore parce que déçus pour ne pas dire dégoûtés par tant d'inepties accumulées?

Depuis de longues années, les prétendus experts de l'enseignement, les pédagogos de tous bords, les politiciens mal inspirés se sont ingéniés à miner méticuleusement l'école...

Le résultat est accablant.

A force de décisions plus idiotes les unes que les autres, ils sont parvenus à détruire l'essence même du beau métier d'instituteur, à le changer du tout au tout pour le modeler à leur idéologie et faire du maître un gestionnaire sans âme.

D'artisan qui exerce son métier avec amour, doigté et feeling - les bases d'un bon enseignement - ces fossoyeurs ont fait de l'instituteur une machine robotisée sans grand intérêt et souvent incompétente.

Petit à petit, à force de leur retirer toutes leurs responsabilités, les enseignants ont perdu toute leur autorité,  tout leur crédit.

Introduction de matériel didactique inopportun, souvent idéologique, gavage de programmes incompréhensibles, mise en place d'une hiérarchie complètement surfaite, réunionites aigues, rien n'a été laissé au hasard.

Tout est sujet à paperasserie.

Auparavant, un instituteur pouvait, sans autre, décider des modalités des sorties qu'il jugeait opportunes de faire. Point besoin, comme c'est le cas maintenant, de les prévoir à l'avance, d'en justifier les raisons tant à l'institution qu'aux parents. Point besoin de remplir une tonne de paperasse inutile et chronophage. Point besoin de se retourner dans tous les sens pour trouver une bonne âme qui aurait le temps et qui accepterait de vous accompagner.

Aujourd'hui, un enseignant ne peut décider d'une sortie "surprise" au gré des humeurs ou même du temps!

Fini les "pataugades" dans l'Allondon, fini les tournages du film dont on avait conçu le scénario, fini les séances de dessin à l'extérieur, fini....

Au rebut la singularité d'un maître, ce qui en faisait tout son intérêt; tout son charme. Aujourd'hui, on travaille en équipe, à la chaîne, et gare à celui qui s'écarterait du droit chemin fixé par les gourous.

Auparavant, l'instit était le maître à bord. Il était pleinement responsable de la bonne marche de sa classe. Aujourd'hui, on a instauré un échelon supérieur qu'on a voulu tout puissant, les directeurs d'établissement.

Ainsi, le maître devient celui que l'on peut aisément contourner. Un élève problématique qui n’est pas passé chez le directeur pense naturellement qu’il a encore de la marge...du coup l'autorité du maître n’est plus aussi bien respectée.

Il en va de même en ce qui concerne les parents à qui on a ouvert toutes grandes les portes de l'Ecole. Il peuvent maintenant contester à souhait toutes les décisions que voudraient prendre l'enseignant. Il suffit d'en référer directement au directeur...qui se fera un plaisir de saisir l'occasion pour marquer son territoire et l'importance de sa fonction...fixer des réunions, aplanir les problèmes, négocier, consulter.

L'instituteur a perdu son statut de référence. On a laissé son image se dégrader...

Rien d'étonnant donc à ce qu'ils soient désormais nombreux à déserter pour les uns et tout simplement à renoncer à une telle carrière pour les autres.

Un  enjeu majeur pour le futur chef du DIP. Saura-t-il redresser la barre et redonner tout son lustre à ce métier qui le mérite bien. Il en va non seulement du bien des enseignants mais surtout de celui des élèves car on ne peut enseigner juste que lorsqu'on est bien dans sa peau.


Texte également sur le site lesobservateurs.ch

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Commentaires

Un des nœuds du problème c'est l'IUFE. La nourrice principale de la purée pédagogo se trouve là. Le Valais est en train de remettre en cause sa HEP, mais en Valais la destruction de l'école n'est pas aussi terrible qu'à Genève, cependant l'affaire devient politique maintenant.

Nous devons fermer l'IUFE pour couper le tuyau d'alimentation principal de cette immense désolation. Tant que nous ne le ferons pas, c'est peine perdue.

Écrit par : Jean Romain | 09/11/2013

TRES JUSTE Monsieur Duval ! Rien à ajouter.... c'est juste affligeant, cette situation !

Écrit par : Marion Garcia Bedetti | 09/11/2013

La seule excuse à cette situation est qu'elle est dans l'air du temps. Mais si on ne sait pas faire face aux diverses stupidités qui sont dans l'air du temps, pourquoi prétendre faire de la politique un métier qui s'appuie sur des idées et des convictions autres que celles du des marchands de soupe?

Écrit par : Mère-Grand | 09/11/2013

@Monsieur Duval C'est toute la pyramide qui est disloquée comme le dit si bien Monsieur Vogel sur son blog.Il serait intéressant de savoir les nombreux adeptes de la Scientologie cachés surement là ou personne ne penserait les y trouver
Vous n'hésitez pas à utiliser le terme de salauds,on peut y ajouter et sans rougir le terme de traitres à la constitution Helvétique .Ceux là même qui une fois élus s'empressent de dicter leur conduite à leur électorat majeur et aussi vacciné contre leurs stupidités lesquelles prouvent bien leur immaturité d'esprit

Écrit par : lovsmeralda | 10/11/2013

Le caractère irrationnel de ces HEP ou autre IUFE aboutit à priver, par l’entremise des profs qui y sont formatés, les élèves d’un passeport pour la vie. Dans les faits, en s’abstenant d’ouvrir les esprits à notre héritage le plus intime (la langue, l’histoire…) c’est-à-dire à un surcroît de conscience, au profit de la communication et de toutes ces farines néo-modernes, on aggrave une injustice qu’on se flattait de faire reculer. On ne peut pas imaginer plus monstrueusement sot que ces études en IUFE.

Écrit par : Jean Romain | 10/11/2013

Votre indignation m'a inspiré un billet à lire sous:

http://micheleroullet.blog.tdg.ch/archive/2013/11/10/quand-enseigner-devient-une-tache-impossible-249636.html

Écrit par : Michèle Roullet | 11/11/2013

Quitte à passer pour ringarde, gnan- gnan, et tout ce que l'on voudra, qu'il s'agisse des instits, soignants ou pasteurs, je crois que le mal tout premier vient du fait que l'on a jeté par-dessus bord le mot VOCATION sans laquelle ne comptent plus que salaire, prestige, pouvoir,etc. Les vieilles taupes dans mon genre, avant même le niveau scolaire et suite, devaient faire la preuve de leur vocation, c'est-à-dire avoir entendu ou entendre un appel! Dans les entretiens avec les directions, le traitement, le salaire, était abordé en dernier...

Écrit par : Myriam Belakovsky | 11/11/2013

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