11/11/2013

Mes coups de gueule, je les assume

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Dans son commentaire, Madame Roullet me dit que mon précédent billet lui a inspiré le sien (Quand enseigner devient une tâche impossible).

J'en suis fort aise, ce d'autant plus qu'elle ne fait que répéter exactement tout ce que je dis.

Même lorsqu'elle me reproche de comparer l'instituteur à un « artisan qui exerçait son métier avec amour, doigté et feeling - les bases d'un bon enseignement… ».

En effet, ne le confirme-t-elle pas lorsqu'elle écrit ensuite que

"La transmission de savoirs et de savoir être passe encore, à l’école, par des échanges humains où l’affectif (et la confiance) joue un rôle primordial".

Elle et moi, ne sommes-nous pas sur le fond exactement sur la même ligne?

Et pourtant, pour des raisons qui m'échappent quelque peu, voilà qu'elle me fait un faux procès...

 

Certes, dans son billet, elle s'exprime dans d'autres termes que les miens, disons de manière plus...nuancée. A chacun sa manière.

Mais, voyez vous, Chère Madame Roullet, moi, ça fait plus de vingt ans que je me bats et que je dénonce haut et fort tous les dysfonctionnements qui ont mené à cette école aujourd'hui. Des années que, par tous les moyens possibles, j'ai tenté d'en avertir les différents acteurs.

Ils n'ont RIEN voulu entendre! Ils ont continué à saccager notre école.

Et pendant de nombreuses années, j'étais bien seul à mener ce combat. Je ne les ai pas vraiment entendus s'exprimer ces collègues, ces amis même, qui me disaient "tu as bien raison, mais, moi, je n'ose pas"!

Vous même, Chère Madame Roullet, où donc étiez-vous à cette époque?

Fort heureusement, il y a eu quelques courageux effrontés qui, in extremis, ont fondé l'Arle et ont entendu le cri que je poussais "Il y le feu à l'école primaire".

Alors, voyez-vous, Madame, aujourd'hui, face à tous les responsables de cet état de chose, ces leçons de savoir-vivre, très peu pour moi.

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J'ose espérer que les lecteurs de mon blog comprennent ma colère et ma façon de l'exprimer, car, je vous l'accorde, mes billets sont bien souvent de sacrés coups de gueule.

Et je les assume pleinement, même si la forme qu'ils peuvent prendre ne plaît pas toujours à tout le monde.

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Commentaires

M Duval,

Lorsque inlassablement, vous dénoncez des dysfonctionnement voire des faits graves, au détriment de l'école ou de la société en général, et qu'aucune autorité concernée par tant d'incuries ne réagit ,que reste-t-il encore à faire ?
Pousser une "gueulante" en devient l'ultime étape me semble-t-il !

Il n'y pas lieu de vous en tenir rigueur, bien au contraire. Continuez M Duval, cela est salutaire pour nos institutions.

Écrit par : Exprof | 11/11/2013

@M. Duval et Exprof,
Parfois, ce n'est pas en gueulant plus fort qu'on se fait entendre, mais en s'adaptant à son auditoire, en parlant une langue qui peut être entendue (et donc comprise). La communication est un phénomène assez complexe. Avoir raison n'est pas suffisant, il faut pouvoir convaincre.
Comme Monsieur Duval, je gueule aussi, dans la vraie vie, mais j'ai dû comprendre, par la dure, que ce n'est pas la panacée.
J'ai souvent essayé de suggérer ici de parler de ce qui va bien ou du moins pas trop mal, car aussi dingue que cela puisse sembler, tout n'est pas à jeter. A mon avis, les critiques en deviennent plus pertinentes et plus audibles.
Des enseignants travaillent dur au quotidien, pour essayer de faire passer des notions et des démarches et ils arrivent à obtenir des résultats, envers et contre tout. Cela veut dire qu'il y a encore un espace de liberté.
J'ai suivi la scolarité de mes enfants de près (volée de matu juin 2013) et je ne peux critiquer leur parcours, que j'ai trouvé raisonnable, correct et stimulant. Certes, leur école primaire n'était pas "en réforme", mais cela même signifie qu'il n'y avait pas ukase cantonale.
Elles ont appris bien plus de choses et de façon plus structurée que moi ( volée matu 1974). A mon avis, elles sont mieux préparées à leurs études universitaires que je ne l'étais à mon époque. La fille qui a commencé l'uni cet automne, n'éprouve aucun hiatus.
Je peux bien sûr admettre qu'elles sont plus talentueuses que moi, mais j'ai tout de même obtenu ma licence sans jamais avoir raté un examen. Simplement, il était évident que entre le Collège et l'Uni, il y avait un gouffre énorme.
Vous allez me trouver naïve et atteinte du syndrome de Stockholm, j'assume aussi !

Écrit par : Calendula | 11/11/2013

Cher Monsieur Duval,
Je ne vous fais pas un procès !

Je crois juste que les dérives de l’école ne sont pas dues à quelques « salauds qui se sont évertués à inoculer un virus malfaisant au sein de l'école primaire », mais qu’elles sont liées à une lame de fond qui déferle sur notre société, et pour laquelle il est difficile de lutter et de désigner des coupables…

Néanmoins, je dénonce cette évolution “managériale” dans les écoles depuis des années !
A la fin des années 1990, appartenant au corps professionnel de l’Université à la Faculté de Psychologie et des Sciences de l’éducation, j’ai dénoncé cette évolution. Mon insoumission n’a pas été appréciée et les sanctions ne se sont pas faites attendre. J’ai été écartée du monde universitaire et ma carrière professionnelle a été, disons, stoppée. C’est peut-être le prix à payer pour garder sa liberté de penser !
Lorsque M. Ber a voulu introduire sa réforme du primaire en nommant une centaine de directeurs dans les écoles primaires, j’ai envoyé un courrier à tous les députés de la commission de l’enseignement.
Et, je ne parle pas des nombreux articles que j’ai écrits pour dénoncer cette gestion managériale qui a envahi l’ensemble du monde du travail dont l’école.
Je peux par exemple vous renvoyer à quelques uns de mes articles qui traitent du sujet :

Roullet, M. (2010). « L’école a-t-elle besoin d’une rhétorique “managériale” », in Dialogue: L'invitée de la Tribune de Genève, 25 mars.
Roullet, M. (2009). « Une réforme qui fragilise une fois de plus l’institution scolaire », in Dialogue: L'invitée de la Tribune de Genève, 28 août.
Roullet, M. (2008). « Directeurs d’école primaire : le débat pédagogique en danger », in Dialogue: L'invitée de la Tribune de Genève, 1er octobre.
Roullet, M. (2007). « L’école bouge, pour aller où ? La pédagogie de projet », in Choisir. Revue culturelle, n° 573 – Septembre 2007.
Roullet, M. (2006). «La trahison des Pédagogues », in Dialogue: L'invitée de la Tribune de Genève, 4 octobre.

Écrit par : Michèle Roullet | 11/11/2013

@Monsieur Duval nul n'est prophéte en son pays dirait un ancien en ajoutant vous avez raison on vit dans un monde qui fait la sourde oreille,alors vitupérez,dites ce que vous avez sur le cœur cela fera une visite en moins chez le médecin
Surtout si ce que vous avez é dire peut en aider d'autres
Un ancien assistant social disait ce matin non d'une pipe /pour rester polie/il faut vraiment taper fort du point sur la table pour être écouté
Je crois qu'à trop de bruit et de ronronnements de natels
ou autres artifices sensés reproduire des sons de voix humaines,les gens tout simplement n'écoutent plus
Mais pour ceux qui voient clair et savent anticiper,dieu que ce monde est pénible.Seule certitude ce sont toujours les mêmes pleurnicheurs qui reviendront encore et encore pour se plaindre que rien n'avance jamais ou alors au pas du crabe,trois pas en avant et deux à reculons. Quand au politiquement correct c'est encore une invention pour éviter d'avoir à prendre les bonnes décisions .Serions nous dans un monde de trouillards a défaut de brouillard ou de débrouillards
Toute belle soirée pour vous Monsieur

Écrit par : lovsmeralda | 11/11/2013

@Calendula
"Des années que, par tous les moyens possibles, j'ai tenté d'en avertir les différents acteurs"...croyez-vous que je ne sois pas passé par les voies que vous prônez? Ne soyez pas si naïve, ce monde, c'est la jungle! Combien de couleuvres a-t-on essayé de nous faire avaler lorsque nous menions combat avec l'Arle?
Par ailleurs vous dites: "...pour essayer de faire passer des notions et des démarches et ils (les enseignants) arrivent à obtenir des résultats"...que voulez-vous dire? De quoi parlez-vous plus précisément?

@Mme Roullet
L'essentiel est que nous soyons d'accord sur le fond! Permettez-moi tout de même de constater que toutes vos interventions sont assez récentes et surtout postérieures à la votation victorieuse sur les notes (2006). Je vous faisais donc remarquer qu'auparavant, lors du lancement de la Rénovation et pendant tout le combat qui a suivi jusqu'en 2006, je ne vous ai pas vraiment entendue.
Mais peu importe, mieux vaut tard que jamais et l'important, comme je vous l'ai dit, c'est que nous sommes bien sur la même ligne. La manière de le dire est différente, ok.

Écrit par : Duval | 11/11/2013

Je pense que l'on devait réintroduire l'apprentissage de la musique et d'un instrument dans toutes les écoles. Pourquoi ?

Parce que cela favoriserait la capacité d'"écoute" des élus du futur.

Comme on le sait sur le plan scientifique, l'apprentissage de la musique accentue le développement des neurones, de la mémoire, de la concentration, de la synthèse, de créativité. Mais aussi sur le plan psychologique, l'ouverture à l'autre, la capacité d'écoute, de gestion et d'expression de l'émotion, ainsi que la discipline.

Toutes les facultés humaines inhérentes à l'apprentissage sont réunies dans ce seul apprentissage.

Commençons donc par offrir des cours à nos élus actuels et n'oublions pas l'apprentissage de cette discipline à nos futurs adultes.

Et aussi, cessons d'embourber leurs cerveaux de neurotoxiques violents dans leur nourriture et de tous les produits qui en contiennent.

L'Ecole ou la manière dont elle est appliquée, n'est pas la seule en cause. Le meilleur enseignement du monde, ne pourra agir sur des neurotransmetteurs anarchiques. Et cela, c'est du domaine de la responsabilité de l'Etat aussi !

J'ajouterai que les enfants d'aujourd'hui n'ont plus aucune minute à consacrer à l'ennui qui développe la créativité. Ils ne peuvent plus jouer dans la rue, encore moins trouver un bout de bois, suite au passage des nettoyeurs, qui leur permettra de construire un objet imaginaire quelconque, or l'imagination est garante de l'apprentissage et du développement. Ils sont pris en otage entre les cours, l'entraînement de foot, les cours de rattrapage, et leurs jeux videos. Il n'y a strictement plus rien qui leur permette de développer leur cerveau, tout simplement.

Je pense que le problème est pluriel, le changement de l'école ou de la manière dont elle est faite, ne tient pas compte de facteurs différents, ni de causes holistiques.

Il n'y a plus de place que pour l'intellect. Or à lui seul, il ne représente pas la totalité de l'être humain, mais seulement une toute petite partie, qui ne peut même pas se développer parce que les autres en sont absentes.

Écrit par : Jmemêledetout | 11/11/2013

@A. Duval,
Vous me demandez ceci :
"Par ailleurs vous dites: "...pour essayer de faire passer des notions et des démarches et ils (les enseignants) arrivent à obtenir des résultats"...que voulez-vous dire? De quoi parlez-vous plus précisément?"
Je vous précise les choses bien volontiers.
Je voulais dire qu'il y a des enseignants qui travaillent efficacement, qui arrivent à faire travailler leurs élèves et que ceux-ci apprennent des choses et que la situation n'est pas totalement désespérée.
J'ai donné comme exemple concret mes propres enfants, qui ont, à mon humble avis, bénéficié d'une formation scolaire supérieure à la mienne, ici à Genève. C'est pourquoi j'ai indiqué les années de nos matus respectives. ( Mes filles sont jumelles et aucune n'a donc doublé).
Votre combat et celui de Madame Roullet (qui est probablement plus jeune que vous et qui n'a donc pas pu commencer son action plus tôt) est très utile et nécessaire.
Il est essentiel en démocratie que des voix critiques soient entendues et vous le savez : vous avez un large soutien dans la population. Cette reconnaissance-là est précieuse et j'imagine que c'est elle qui vous permet de continuer.
Mon propos est de dire qu'il existe des espaces de liberté et de la place pour apprendre et qu'étonnamment, beaucoup d'élèves arrivent à avoir un bagage scolaire digne de ce nom.

@Jmemêledetout,

Votre intervention est très intéressante! Les élèves-musiciens sont d'un genre tout à fait particulier. Ils ont une grande capacité de concentration, plus de précision, plus de facilité pour l'apprentissage des langues. Ce n'est pas étonnant. Vous expliquez le phénomène avec justesse.

Écrit par : Calendula | 11/11/2013

Il existe un kivre superbe, le prénom de l'auteur m'échappe, son nom, toutefois ROORDA, L'Ecole contre la vie (peut-être Henri Roorda)

L'"Ecole contre la vie" peut viser aussi bien la vie de l'Instit (à force de chinoiseries administratives entre fonctionnaires) que celle des parents et/ou de l'enfant... lequel devrait au sein des préoccupations de tous et toutes... Un enfant désormais condamnné à une "exigence d'excellence, courant nous venant droit de Chine (plus haut, "chinoiseries administratives!)" en lieu et place d'épanouissementm bonheur de vivre et d'apprendre conduits, éclairés, "entretenus" par d'excellent instits, profs ou maîtres (de "maîtrise"!)

A quel titre, cette "leçon"? Parce que si je devins éducatrice "généraliste", psy freudienne et prof de yoga... c'est qu'il me fallut recevoir beaucoup d'amour (gratuit) - Pourquoi? Parce qu'étant perturbée (la guerre, notamment, en France( je n'étais pas une enfant "scolaire"... Si bien que je puis affirmer que si les instit(natamment) d'hier avaient été traités comme ceux d'aujourd'hui... jamais, malgré toute leur bonne volonté, ils n'auraient trouvé le temps d'àcouter, d'entendre une gamine...

Écrit par : Myriam Belakovsky | 12/11/2013

A propos de l'ouvrage mentionné: Edmond Gilliard A Henri Roorda L'Ecole contre la Vie L'AIRE Coopérative Rencontre

Écrit par : Myriam Belakovsky | 12/11/2013

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