29/11/2013

Anne Emery Torracinta sauce Maudet

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Lorsque, il y a quelques mois, Monsieur Maudet a repris le Département de la sécurité, il s'est trouvé confronté à un sérieux problème.

Comment allait-il mener une nouvelle politique et prendre les décisions énergiques qui s'imposaient sans pour cela désavouer les actions menées par sa "prédécesseure" issue du même parti politique?


C'eût été évidemment ressenti comme une trahison. Il lui fallait, donc trouver une solution pour opérer les changements radicaux nécessaires tout en adressant de vives et loyales louanges à sa collègue de parti. Sauver la face  et surtout le soldat Rochat.

Tout un art...

Ainsi, Monsieur Maudet aurait simplement repris les projets initiés ou envisagés par Madame Rochat, les aurait ajustés un tant soit peu pour les réorienter sensiblement et ensuite les appliquer courageusement. Bien entendu, rien n'aurait été possible sans l'excellent travail effectué au préalable par la précédente ministre.

Le tour était joué, chacun y trouvait son compte.

Aujourd'hui, Madame Anne Emery Torracinta, nouvellement en charge du DIP, se trouve dans la même situation.

Elle est dans l'impossibilité de désavouer Charles Beer. Dès lors, comment peut-elle redresser la  barre et corriger le cap pris par l'école primaire genevoise tout au long de la législature de son collègue de parti?

Saura-t-elle, osera-t-elle, suivre l'exemple et créer sa propre sauce AET?

Il lui serait facile d'invoquer que les projets d'établissement ne sont que des reliquats inutiles de feu la Rénovation du primaire instaurée par Madame Martine Brunschwig Graf. Qu'ils sont donc à supprimer une bonne fois pour toutes. Monsieur Beer n'en porte pas la responsabilité, son mandat n'a servi qu'à poursuivre l'expérience sur un temps suffisamment long pour permettre de juger de leur légitimité.

Chose faite, faisant preuve de bon sens, on passe à la mise au point, au recadrage...

S'en suivrait bien évidemment la suppression des chronophages conseils d'établissement qui reposent grandement sur l'existence de ces coûteux projets.

Des décisions qui permettraient de redonner enfin leur rôle premier aux enseignants...enseigner.

Dans la même optique encore une opportunité pour Madame AET de diminuer drastiquement le nombre injustifié de directeurs d'établissement, postes qui reposent grandement sur ces projets insensés.

Monsieur Beer n'a-t-il pas déjà commencé le processus puisque de 94 postes de directeurs en 2008, il en a réduit le nombre à un peu plus de 70.

Madame AET ne ferait que poursuivre ce processus tout en confirmant la nécessité de la présence d'une certaine hiérarchie à l'école primaire, une priorité louable mise en place par son éminent prédécesseur.

Et, pour des raisons déjà largement débattues sur ce blog, pourquoi n'aurait-elle pas, alors, la bonne idée de modifier le cahier des charges de ces directeurs afin de leur octroyer également une légère charge d'enseignement parallèlement à leurs tâches administratives.

Monsieur Beer a fait un admirable travail, il a su ouvrir des pistes...Madame AET, habile politicienne, a toutes les cartes en main pour, sans attendre plus longtemps, faire les ajustements dont l'école primaire a besoin.

Je veux croire que courageusement elle saura le faire. En espérant ne pas être déçu, je me réjouis donc de voir quelles seront les premières actions que la nouvelle Présidente du DIP prendra dans les semaines à venir.

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16/11/2013

Mea culpa

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Je me suis trompé!

Je me dois donc de corriger cette grave erreur.

Le 16 septembre, j'avais publié un billet qui disait que, à la suite de sombres tractations, les directeurs d'établissement primaire avait obtenu de bénéficier de 8 semaines de vacances , soit deux de plus que n'importe quel cadre supérieur de l'administration.

Eh bien, non! Tout faux!

On m'a en effet fait parvenir une directive fort intéressante, émanant du DIP, intitulée "Gestion des vacances et des congés compensés en jour des directrices et directeurs d'établissement".

On y apprend que ce ne sont pas 8 semaines de vacances dont bénéficient ces directeurs mais... de 10 semaines!

A savoir:

- Droit aux vacances (Art. 6 du RCSAC, B 5 05.03) 6 semaines

- Heures complémentaires à compenser 2 semaines

- Droit aux jours fériés et jour chômé (1er mai) 2 semaines

 

Des heures complémentaires à compenser, si si, vous avez bien lu!

Pensez donc, selon cette directive, les directeurs peuvent "être amenés à travailler au-delà et en deçà de l'horaire hebdomadaire moyen". Car, "durant les périodes scolaires, des activités nécessitent la présence du directeur d'établissement sur la pause de midi et en fin de journée (séances de travail avec le corps enseignant, entretiens, réunions de parents, conseil d'établissement) et conduisent ce dernier à accomplir des heures complémentaires qui ne peuvent être régulées sans annualisation du temps de travail".

Autant d'activités menées AVEC les enseignants...deux poids deux mesures? Je leur suggère donc de suivre l'exemple de leur hiérarchie et de réclamer dès lors une compensation pour toutes ces heures "supplémentaires" qu'ils accomplissent hors de leur enseignement.

10 semaines de vacances...soit, pratiquement l'équivalent, moins deux semaines, des vacances scolaires de nos écoliers.

Il est vrai que, au vu du petit salaire octroyé à ces cadres supérieurs, ainsi qu'à l'immense charge de travail qui leur incombe, il fallait bien ça pour compenser tous les inconvénients auxquels ils sont sans cesse confrontés dans l'exercice de leur devoir.

Elle est pas belle la vie?

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11/11/2013

Mes coups de gueule, je les assume

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Dans son commentaire, Madame Roullet me dit que mon précédent billet lui a inspiré le sien (Quand enseigner devient une tâche impossible).

J'en suis fort aise, ce d'autant plus qu'elle ne fait que répéter exactement tout ce que je dis.

Même lorsqu'elle me reproche de comparer l'instituteur à un « artisan qui exerçait son métier avec amour, doigté et feeling - les bases d'un bon enseignement… ».

En effet, ne le confirme-t-elle pas lorsqu'elle écrit ensuite que

"La transmission de savoirs et de savoir être passe encore, à l’école, par des échanges humains où l’affectif (et la confiance) joue un rôle primordial".

Elle et moi, ne sommes-nous pas sur le fond exactement sur la même ligne?

Et pourtant, pour des raisons qui m'échappent quelque peu, voilà qu'elle me fait un faux procès...

 

Certes, dans son billet, elle s'exprime dans d'autres termes que les miens, disons de manière plus...nuancée. A chacun sa manière.

Mais, voyez vous, Chère Madame Roullet, moi, ça fait plus de vingt ans que je me bats et que je dénonce haut et fort tous les dysfonctionnements qui ont mené à cette école aujourd'hui. Des années que, par tous les moyens possibles, j'ai tenté d'en avertir les différents acteurs.

Ils n'ont RIEN voulu entendre! Ils ont continué à saccager notre école.

Et pendant de nombreuses années, j'étais bien seul à mener ce combat. Je ne les ai pas vraiment entendus s'exprimer ces collègues, ces amis même, qui me disaient "tu as bien raison, mais, moi, je n'ose pas"!

Vous même, Chère Madame Roullet, où donc étiez-vous à cette époque?

Fort heureusement, il y a eu quelques courageux effrontés qui, in extremis, ont fondé l'Arle et ont entendu le cri que je poussais "Il y le feu à l'école primaire".

Alors, voyez-vous, Madame, aujourd'hui, face à tous les responsables de cet état de chose, ces leçons de savoir-vivre, très peu pour moi.

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J'ose espérer que les lecteurs de mon blog comprennent ma colère et ma façon de l'exprimer, car, je vous l'accorde, mes billets sont bien souvent de sacrés coups de gueule.

Et je les assume pleinement, même si la forme qu'ils peuvent prendre ne plaît pas toujours à tout le monde.

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09/11/2013

Instituteur, un métier en décomposition

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J'accuse tous les salauds qui se sont évertués à inoculer un virus malfaisant au sein de l'école primaire.

Ils l'ont entretenu avec soin jusqu'à gangréner le métier d'instituteur jusqu'à l'os.

Combien sont-ils ces enseignants qui ont déserté et qui le feront encore parce que déçus pour ne pas dire dégoûtés par tant d'inepties accumulées?

Depuis de longues années, les prétendus experts de l'enseignement, les pédagogos de tous bords, les politiciens mal inspirés se sont ingéniés à miner méticuleusement l'école...

Le résultat est accablant.

A force de décisions plus idiotes les unes que les autres, ils sont parvenus à détruire l'essence même du beau métier d'instituteur, à le changer du tout au tout pour le modeler à leur idéologie et faire du maître un gestionnaire sans âme.

D'artisan qui exerce son métier avec amour, doigté et feeling - les bases d'un bon enseignement - ces fossoyeurs ont fait de l'instituteur une machine robotisée sans grand intérêt et souvent incompétente.

Petit à petit, à force de leur retirer toutes leurs responsabilités, les enseignants ont perdu toute leur autorité,  tout leur crédit.

Introduction de matériel didactique inopportun, souvent idéologique, gavage de programmes incompréhensibles, mise en place d'une hiérarchie complètement surfaite, réunionites aigues, rien n'a été laissé au hasard.

Tout est sujet à paperasserie.

Auparavant, un instituteur pouvait, sans autre, décider des modalités des sorties qu'il jugeait opportunes de faire. Point besoin, comme c'est le cas maintenant, de les prévoir à l'avance, d'en justifier les raisons tant à l'institution qu'aux parents. Point besoin de remplir une tonne de paperasse inutile et chronophage. Point besoin de se retourner dans tous les sens pour trouver une bonne âme qui aurait le temps et qui accepterait de vous accompagner.

Aujourd'hui, un enseignant ne peut décider d'une sortie "surprise" au gré des humeurs ou même du temps!

Fini les "pataugades" dans l'Allondon, fini les tournages du film dont on avait conçu le scénario, fini les séances de dessin à l'extérieur, fini....

Au rebut la singularité d'un maître, ce qui en faisait tout son intérêt; tout son charme. Aujourd'hui, on travaille en équipe, à la chaîne, et gare à celui qui s'écarterait du droit chemin fixé par les gourous.

Auparavant, l'instit était le maître à bord. Il était pleinement responsable de la bonne marche de sa classe. Aujourd'hui, on a instauré un échelon supérieur qu'on a voulu tout puissant, les directeurs d'établissement.

Ainsi, le maître devient celui que l'on peut aisément contourner. Un élève problématique qui n’est pas passé chez le directeur pense naturellement qu’il a encore de la marge...du coup l'autorité du maître n’est plus aussi bien respectée.

Il en va de même en ce qui concerne les parents à qui on a ouvert toutes grandes les portes de l'Ecole. Il peuvent maintenant contester à souhait toutes les décisions que voudraient prendre l'enseignant. Il suffit d'en référer directement au directeur...qui se fera un plaisir de saisir l'occasion pour marquer son territoire et l'importance de sa fonction...fixer des réunions, aplanir les problèmes, négocier, consulter.

L'instituteur a perdu son statut de référence. On a laissé son image se dégrader...

Rien d'étonnant donc à ce qu'ils soient désormais nombreux à déserter pour les uns et tout simplement à renoncer à une telle carrière pour les autres.

Un  enjeu majeur pour le futur chef du DIP. Saura-t-il redresser la barre et redonner tout son lustre à ce métier qui le mérite bien. Il en va non seulement du bien des enseignants mais surtout de celui des élèves car on ne peut enseigner juste que lorsqu'on est bien dans sa peau.


Texte également sur le site lesobservateurs.ch

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08/11/2013

Les raisons de son départ à la retraite

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Je vous livre ici le poignant témoignage de cette enseignante qui vient de prendre sa retraite anticipée. Voici donc le message qu'elle a adressé aux collègues de l'école où elle enseignait encore jusqu'à cette rentrée 2013.

 

Chères et chers ex-collègues,

 

Un lundi de septembre 1975, je faisais ma première rentrée des classes à De Haller. J’avais réalisé mon rêve d’enfant et ce bonheur a duré 37 ans.

L’an dernier, le Bon Dieu ou le destin (vous choisissez en fonction de vos convictions !!!) a estimé que 37 ans de chance et de bonheur scolaires, c’était trop et surtout injuste vis-à-vis de ceux qui n’en avaient pas connu autant et qu’il fallait trouver des trucs pour que je laisse ma place aux jeunes ! Il (le Bon Dieu ou le destin) m’a donc gratifié de quelques élèves impertinents, insolents, désobéissants et indisciplinés, certains avec l’aval de leurs parents, auxquels les « gentils » n’ont pas eu le courage de s’opposer. Si ces perturbateurs qui ne sont que la face visible de l’iceberg qui s’approche à grande vitesse de nos classes savaient que c’est en partie à eux que je dois d’être partie sans regrets !!!

Je ne souhaite nullement vous saper le moral en cette veille de rentrée, mais je ne résiste pas à vous exprimer ce qu’une vieille comme moi a eu sur le cœur lors de sa dernière année d’enseignement.

Le DIP ayant décidé que les écoles seraient désormais dirigées comme des entreprises privées, j’ai vu les choses non pas changer mais être bouleversées! Autrefois, nous enseignions non seulement avec notre cœur mais aussi avec nos tripes. Aujourd’hui, si le cœur est, j’espère, resté, c’est le cerveau qui a remplacé les tripes. Vous êtes en passe de devenir des technocrates… quel dommage ! A mon avis, ce n’est pas seulement une question d’argent qui a motivé le départ à la retraite d’autant d’enseignants. C’est aussi le fait que nous n’avions plus la possibilité, je rajouterai même que nous n’avions plus le droit, d’exercer la profession que nous avions apprise.

Deux exemples purement didactiques : que penser, en division moyenne (DM), d’une méthode de français (Mon Manuel de Français, MMF) que nous devons suivre avec un ouvrage à nos côtés comme nous le ferions avec le mode d’emploi d’installation d’un appareil ménager, où les élèves, à part discuter sur le sujet imposé, pour autant qu’il les intéresse, n’apprennent rien en structuration? Je ne sais comment mieux trouver la signification des initiales de cette méthode ; Maudite Méthode de Français…. Méthode de Merde de Français ? Dire qu’on s’offusque de la façon qu’ont les jeunes générations d’écrire le français alors que nous sommes, malgré nous, en partie complices de cet état de fait

Quant à la géographie, si vous me trouvez un seul élève de 11 ans qui a envie de se lancer avec plaisir dans l’étude de l’évolution de la population du Val Lavizzara de 1850 à nos jours, je demande à être réengagée !

 

Que dire du nombre de formations jamais mises en pratique que nous avons subies, au prix d’heures de préparations de remplacements… Je pense aussi  au temps passé à formuler et reformuler des règlements d’école qu’en DM nous n’étions qu’un groupuscule à faire respecter ! Et voilà qu’une nouvelle tâche vous incombe : l’alimentation de vos chers petits…J’espère que vous me donnerez des nouvelles précises de la façon dont vous gérez ce que vont ingurgiter vos têtes blondes  à la récréation.

 

Quant à moi, la seule discipline que je devrai dorénavant appliquer est celle de ne pas manger de façon inconsidérée tant en quantité qu’en qualité. Je penserai donc régulièrement à votre projet de « goûters sains » et vous soutiendrai moralement en essayant d’être raisonnable !!!

Comme vous le voyez, j’ai mille raisons d’être habitée par de la sérénité en cette veille de rentrée que je ne ferai pas !

Qui aurait cru, il y a une année, que je vous tiendrais un tel langage ?

 

Ne vous méprenez pas ! Mes 37 années de bonheur, personne ne peut me les enlever. Je m’ennuierai, mais de vous, de cette super ambiance qui a toujours, même au gré des changements de collègues, été la carte de visite de l’école de Haller tant auprès des parents que des enseignants cherchant un poste. J’espère bien continuer à vous revoir autour d’un apéro pas sain du tout ou d’une bonne bouffe pas diététique du tout non plus. Au fait, si on a réussi à vous endoctriner aussi pour ces deux dernières réjouissances, sachez que j’accepterai quand même, avec un enthousiasme hypocrite, de vous tenir compagnie autour d’un verre d’eau et d’une pomme, après avoir avalé un comprimé coupe-faim, bien sûr !

 

Marie-Thérèse

 

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07/11/2013

Beer sur la défensive!

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Amusant les propos de Monsieur Charles Beer dans la TdG du jour...

Les députés de la commission de l'enseignement du GC ont accepté en majorité la motion 2100 qui demande que les directeurs d'établissement consacrent une partie de leur temps à l'enseignement.

Dès lors, la question sera traitée en plénière du GC.

Tous ces directeurs sentent bien le danger et craignent de perdre tous les avantages mirobolants que leur procure ce poste complètement surfait.

Et voilà que Charles Beer vole à leur secours. Il est vrai que cette organisation de l'enseignement primaire est un peu son bébé.

Ainsi, il argumente en prétextant que la décision de la commission est un acte de fin de législature et que les députés veulent en découdre!

- On a de la peine à comprendre alors qu'à l'Arle, dès 2008, date de la mise en place de cette organisation, directement imposée puisque ne reposant sur aucune loi, nous avons aussitôt dénoncé cette aberration en le clamant haut et fort.

Selon Charles Beer ce n’est pas au parlement de se saisir de cette problématique.

- Certes, le règlement dépend du département. Mais il oublie un peu facilement qu'il suffira alors aux députés du GC de faire une loi si besoin est.

Puis, le conseiller d'Etat s'en réfère à la SPG (Société pédagogique genevoise) et au Gapp (Groupement associations parents du primaire) qui n'approuveraient pas l'application de cette motion. Comme si c'était à ces deux organes d'en décider!

- Là encore, pour arguer de la sorte, on sent le président acculé dans les cordes. Faut-il lui rappeler que ce sont les élus du peuple qui font la loi et que ce sont eux qui décideront de la suite à donner.

A noter, par ailleurs, que Monsieur Beer passe soigneusement sous silence tout le problème des projets d'école, pilier sur lequel repose ces postes de directeurs et dont je vous ai parlé dans un billet précédent...

Enfin, on ne pourrait pas remettre en cause le contrat de travail des directeurs, cette motion serait donc inapplicable!

Voilà encore de quoi rester estomaqué.

- Lorsque une organisation est boiteuse, on en change. Dès lors, rien n'empêche de réengager des directeurs en fonction d'un contrat entièrement revu et corrigé.

 

Il le sait Charles Beer, il est fort possible que les décisions qu'ils a prises et mises en œuvre durant son mandat soient remises en cause lors de la prochaine législature.

Alors, aujourd'hui, on a plutôt l'impression qu'il tire ses dernières cartouches dans un ultime et désespéré baroud d'honneur.

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03/11/2013

Bienvenue à Pédagoland

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Un des piliers centraux de la justification des directeurs du primaire est le fameux « projet d’établissement ». Or ces projets d’établissement sont passablement indigents quant à leur contenu. Mais pour leur donner l’apparence d’une épaisseur, la méthode est piquante : on gonfle artificiellement le document, on le complique à l’envi, on le larde de formules vides et redondantes, on joue la complexité, on le truffe de formules alambiquées pour donner à l’ensemble l’apparence du sérieux scientifique. L’apparence seulement ; rien d’autre, car on y organise le vide.

Je me suis intéressé au projet d'établissement des écoles du Mandement...un modèle du genre : l'art d'enfoncer une porte ouverte mais à la sauce pédagogiste.

A parcourir ce document, que vous trouvez en ligne, on découvre en priorité que, à force de multiples et longues séances de travail, ce projet a été lancé en 2008 et que le bilan qui en ressort pour les 4 dernières année (2008/2012) est pour le moins mitigé. On apprend en effet:

- Qu’au-delà du travail déjà entamé ces quatre dernières années en ce qui concerne le renforcement de la collaboration entre enseignants et écoles, il est constaté que cette collaboration ne donne pas encore entière satisfaction.

- Qu’un manque de cohérence dans le cadre du suivi des élèves en difficulté demeure et que toutes les forces et les ressources mises à disposition mériteraient une meilleure organisation et utilisation !

- Un manque d’implication de la part de certains enfants dans l’apprentissage du métier d’élève.

 

- Que les relations avec les familles et les partenaires pourraient gagner en sérénité et en efficacité

 

Quatre ans d'implications coûteuses et chronophages quand même! Mais, qu'à cela ne tienne. C'est l'occasion de poursuivre puisque dorénavant, il faut trouver des solutions afin d'améliorer ce bilan pour le moins négatif.

Pensez donc, il faut bien justifier ces fameux postes de directeurs...

Et nous revoilà repartis donc avec de la matière pour une nouvelle période de 4 ans (2012/2016)...

A nouveau, de nombreuses et longues séances de travail. Car il s'agit de définir les axes à prendre pour les 4 ans à venir.

C'est alors que vous pourrez apprécier les plus belles perles issue de Pédagoland.

Ainsi, plutôt que de dire très simplement que, en y associant tous les partenaires, un effort va être fait pour aider les élèves en difficultés, on lit:

- Les écoles de l'établissement du Mandement vont développer un travail dans le domaine des mesures de soutien scolaire et l'objectif choisi en lien avec cette prestation est de :

- Mettre en oeuvre et développer des collaborations ainsi que des outils en vue de faciliter les apprentissages scolaires pour les élèves en difficulté.

 

- Créer et mettre en œuvre, en lien avec les objectifs du PER, une procédure de gestion des élèves amenant une meilleure implication de leur part (organisation, sens des responsabilités. estime de soi).

...

 

- Mettre en œuvre un partenariat harmonieux qui vise à établir un climat de confiance entre enseignants et parents envers la qualité de l'enseignement ainsi qu'à optimiser la collaboration avec les partenaires institutionnels (Commune, APE, GIAP, crèche).

 

- Mettre en œuvre un partenariat efficace et complémentaire en vue d'optimiser le rôle des parents dans des actions préventives (bonne utilisation des réseaux sociaux, semaine sans écran, goûter sains...

 

Enfin, cerise sur le gâteau, il nous reste à découvrir les actions prévues pour y parvenir.

- Formation continue pour avoir une vision commune sur la notion des élèves en difficulté et pour clarifier le rôle de chacun des partenaires.

- Mettre en place des groupes d'échange de pratiques pour créer des dispositifs  internes et travailler sur des stratégies d'apprentissage à mettre en oeuvre avec les élèves.

- Créer des dispositifs internes avec les différents collaborateurs (MS &

ECSP & Titulaires) pour différencier les stratégies d'appui.

-Création et mise en place d'un projet de soutien individualisé à partir d'une

évaluation formative globale de l'élève.

- Temps de travail en commun pour restituer et partager les différentes actions  misent en oeuvre dans les 5 écoles.

- Formation continue pour avoir une meilleure connaissance des stratégies

d'apprentissage et créer des outils afin de les intégrer à l'enseignement.

- Mettre en place des groupes d'échange de pratiques pour établir une vision

commune sur les méthodes d'enseignement qui permettent aux élèves

d'acquérir tout au long de leur scolarité primaire des méthodes de travail.

- Formation continue pour avoir une vision commune sur la notion de ce qu'est

la socialisation scolaire en regard avec le contexte actuel et comment articuler

socialisation et apprentissages.

- Semaine sans écran.

- Mise en place d'un atelier du livre qui inclut diverses activités autour du livre et de la littérature.

- Réflexion sur la possibilité de mettre en œuvre ou non des goûters sains à  l'école.

- Mise en place d'un groupe de travail pour l'organisation de différentes

manifestations réunissant Communes, écoles, APE, autres parents.

- Mise en place d'un groupe de travail pour penser et définir l'organisation des

classes en tenant compte de la spécificité du regroupement scolaire.

- Formation continue afin de perfectionner les compétences nécessaires à bien

communiquer dans un contexte exigeant et en forte évolution.

 

Pédagoland ? Un pays artificiellement complexe mais qui recouvre une réalité simple.


Pour le lecteur qui en aurait encore le courage, je lui conseille encore une autre perle, un modèle dans le genre, illustré de surcroît, le projet d'établissement des école de Bellavista et Boudines.

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01/11/2013

Qu'est-ce qu'une bonne école?

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Dans son entretien paru dans "Horizon et débats" du 28 octobre 2013, Jean Romain nous livre la vision de l'école pour laquelle il se bat.

 


 


«Prendre un livre, c’est prendre une arme contre le désarroi néo-moderne»

Entretien avec Jean Romain*

Horizons et débats: Depuis plusieurs années, vous vous engagez au sein de l’Association Refaire L’Ecole (ARLE) et en tant que député au Grand Conseil genevois pour le rétablissement d’une école digne de ce nom. Comment voyez-vous cette école ?

 

Jean Romain : Une bonne école est d’abord une école qui place le savoir au centre de ses préoccupations. Placer le prof au centre, c’était l’école de grand-papa ; placer l’élève au centre, c’est l’école actuelle. Je récuse l’une et l’autre : il faut mettre le savoir au cœur de l’enseignement.

 

Deuxièmement, une école juste est celle qui transmet ces connaissances pas à pas (je suis opposé au socio-constructivisme), de manière progressive, et qui évalue régulièrement cette transmission par des notes certificatives. Il s’agit ni de faire sentir, ni de sensibiliser, mais de transmettre.

 

Troisièmement, je souhaite une école qui permette – parce qu’il y a des repères, qui sont des repères intellectuels, littéraires, linguistiques et autres – à des jeunes de se situer dans un univers complexe. Plus le monde vacille sur ses bases, plus l’école doit être solide. Si elle suit la tendance parce qu’elle veut être à l’unisson avec ce monde, elle a perdu son combat de tuteur solide. Les jeunes manquent de repères dans notre société qui a cédé au relativisme dans de nombreux domaines et lorsque pour un jeune il faut rejoindre ce monde, il le fera d’autant mieux qu’il sera moins déboussolé lui-même. L’école a de quoi lui assurer une colonne vertébrale solide. Penser que « l’école est un lieu de vie » est une rare sottise ; c’est un lieu où on vit, certes, mais pour acquérir une base sur laquelle fonder sa propre construction. Transmettre un contenu solide à un jeune, c’est lui permettre de s’y raccrocher aux heures les plus déboussolantes. Moi, je crois que c’est la culture scolaire qui joue ce rôle. Et l’école actuelle fait exactement le contraire.

 

L’école devrait lui donner les moyens qui lui permettent de développer un noyau solide.

 

C’est ça. Elle devrait lui offrir une solidité intérieure, stable et résistante, dans l’idéal. Nos jeunes vont rencontrer les pièges du monde actuel, la drogue, la pornographie, les intégrismes, les sectes, etc. On ne peut pas changer ce fait ; ce qu’on peut changer en revanche c’est préparer l’attitude qu’il leur faudra adopter : s’ils ont des repères suffisamment solides, la réaction sera la bonne lors de cette rencontre inévitable.

 

Or l’école actuelle, au lieu de s’employer à préparer cela grâce aux connaissances transmises, se contente de « faire la morale » ou de « communiquer des données ». Pauvre école qui a oublié sa mission !

 

Dans cette école-là, comment est-ce que vous situez le prof, quel est son rôle, quelle est sa mission ?

 

D’abord, c’est quelqu’un qui maîtrise une discipline, ce n’est pas un méthodologue ni un facilitateur. Parce qu’il est un maître (de latin, de littérature, d’histoire, de philosophie ou autre), il a une autorité. Ce n’est pas sa position de prof qui lui donne son autorité première, c’est sa maîtrise d’un savoir. Vous voyez que cela est très éloigné de tout autoritarisme.

 

Ensuite il est porteur d’un exemple. On n’éduque pas avec des mots mais en suscitant un mimétisme. La maîtrise de la discipline correctement transmise forme l’intelligence de l’élève ; mais la volonté doit être formée autrement. Vous avez connu des élèves que vous jugiez supérieurement intelligents mais incapables de vouloir aller jusqu’au bout d’un projet, et vous avez déploré votre impuissance. Par exemple, le sport est capable d’éduquer la volonté. Or le prof doit montrer l’exemple, il est l’adulte de référence. Il ne s’agit pas pour l’élève d’imiter le prof dans son style ni dans ses manières, mais dans la façon qu’il a d’aborder les problèmes. Le prof-copain est, de ce point de vue, catastrophique, parce qu’il efface les repères mimétiques.

 

Vous voyez qu’il existe donc deux aspects complémentaires du métier de professeur : le magister, le maître (pas de dominus, le petit caporal) dévoué au savoir ; et puis, celui qui, par sa manière d’être, de mettre des limites, d’envisager les difficultés, est un modèle. C’est l’équilibre entre ces deux aspects qui en fait un bon prof.

 

Les réformes scolaires des dernières années ont misé sur l’individualisation de l’apprentissage. Chaque élève travaille selon son rythme, selon son programme particulier et ceci souvent assisté par ordinateur. Les moments où l’on travaille en classe se raréfient. Quelle est selon vous, l’importance de la classe ?

 

L’erreur c’est d’oublier qu’il y a une grandeur à apprendre ensemble. Alors moi, je ne suis pas nostalgique de la classe telle qu’on l’avait connue, mais c’est le fait qu’il y ait un groupe qui apprend en même temps qui est décisif. Ce groupe, il peut se dissoudre et se reformer dans une autre classe au fil de la journée. Le fait d’apprendre ensemble a beaucoup d’avantages pour former la volonté, justement. Il importe souvent d’affronter ensemble les difficultés car le groupe permet de mettre à la juste distance l’ampleur de leur impact. Ne pas comprendre ensemble atténue le choc de découvrir ses propres limites. L’aide d’un camarade, qui trouve les mots justes pour réexpliquer une démonstration, est essentielle.

 

De plus, la classe forge sur l’enclume des expériences communes l’idée qu’ensemble on est plus fort. En effet, il existe un climat de la classe. Les meilleurs profs savent comment faire en sorte que ce climat soit porteur et non pas destructeur ; bien sûr, ce n’est pas toujours possible, mais cette ambiance de classe se construit, et si elle est édifiée adroitement, si elle est enveloppante, elle aspire dans son sillage les découragements passagers.

 

Ensuite, la classe, comme tout groupe constitué, socialise. Si le rôle de l’école n’est pas d’abord d’éduquer mais bien d’instruire, apprendre ensemble établit les liens fondamentaux de toute société scolaire. Bien instruire, transmettre l’héritage dans un climat favorable, valoriser l’autorité du savoir, c’est aussi – en somme par un effet de surplus – éduquer à vivre en groupe, à respecter les limites, à retrouver des repères. C’est ça être un homme et pas un simple numéro.

Enfin, l’apport le plus important d’apprendre ensemble parce que le plus formateur est le suivant : dans le groupe on trouve le sens du temps long. Dans une classe les parcours des individus qui la composent sont multiples. Nos élèves sont des néo-Noé : ils croient que le monde commence avec eux ; c’est la tendance normale de la jeunesse. Mais il ne faut pas l’amplifier ! Quand on met des élèves ensemble qui viennent d’horizons différents, ils ont justement des passés différents, même si ces passés ne sont pas très longs. Avec les camarades, chacun découvre d’autres valeurs que les siennes, qui proviennent des familles, des pays ou des cultures différentes. L’univers des autres trouble souvent en ce sens qu’il ouvre des portes inconnues. Inscrire le savoir que l’école doit transmettre dans une perspective du long terme est ce qui est le plus formateur puisque chaque élève est décentré. Il n’est plus le petit dieu de la maison, le monde de la famille ne tourne plus autour de lui seul, c’est lui qui fait le tour du monde. En communiquant, en échangeant leurs passés, ils comprennent au fur et à mesure qu’il y a un passé. Et puis, tout le travail du prof, c’est de faire comprendre que ce passé appartient à chacun. La langue latine, ce n’est pas la langue des latins, c’est ma langue. Et au moment où on arrive à faire ce transfert, je crois qu’on a gagné. Alors apprendre ensemble permet justement en confrontant ces petites histoires individuelles de 15 ans, 16 ans, 17 ans 18 ans, de montrer qu’au fond il y a des passés et on réinscrit les jeunes dans le temps un peu plus long.

 

Cela leur permet d’ouvrir le regard vers le monde.

Mon professeur de grec conseillait : « Enseignez-leur ce qui ne les concerne pas au premier chef. » C’est vrai : pourquoi devraient-ils s’intéresser au Moyen Âge? Si on arrive à ouvrir cette dimension, me semble-t-il, on a gagné une ouverture réelle.

 

En définitive, c’est la différence entre former et informer. Nos élèves sont hyperinformés mais sous-formés. Il faut certes être informé, mais pour pouvoir être informé correctement, il faut être suffisamment formé pour savoir ce qui est important et ce qui ne l’est pas. Sinon, vous êtes comme un fétus de paille incapable d’établir des priorités.

 

Plus le monde est complexe, plus il faut disposer de cette formation permettant, tout en ayant conscience du passé, de s’orienter dans ce monde pour ne pas devenir victime de manipulations. Pourtant, la vague de réformes scolaires des 20 à 30 dernières années n’est pas en faveur d’une telle formation. Comment est-ce que vous décririez la transformation de l’école des dernières décennies ?

 

Plusieurs axes se sont modifiés. On croit qu’on est profond lorsqu’on est compliqué ! C’est la tendance de la pédagogie actuelle : voici un art transformé en pseudo-science par ceux qui sont incapables d’enseigner eux-mêmes. Les pédagogistes sont ceux qui ont abandonné l’art d’enseigner correctement pour bâtir des théories, très calées et très intéressantes, mais qui sont à mille lieues de la réalité. Cette tendance de fond a d’ailleurs pris le pouvoir, non seulement sur l’école, mais dans de multiples domaines actuels. Elle est chevillée au relativisme ambiant, et s’est éloignée du bon sens, du simple gros bon sens !

 

Le deuxième axe est le glissement progressif du droit aux études vers le droit à la réussite. Il faut réussir à tout prix, c’est un droit ! L’échec n’est plus une composante de la réalité humaine, mais une sorte de maladie, qu’il convient de soigner. Curieuse société qui a fait du gagnant le seul modèle. Et pour les parents, le gagnant est celui qui va à l’université. Alors, très logiquement, on a valorisé les études longues et méprisé l’apprentissage.

 

La troisième tendance c’est que l’institution scolaire étant l’affaire de tous, les parents ont été associés à l’école. Non plus comme des partenaires importants, mais comme des acteurs. Les conseils d’établissement ont transformé les parents en co-gestionnaires. Ils entendent dire aux profs comment enseigner, ce qu’il faut mettre dans les programmes, corriger leur évaluation (toujours trop sévère). La pression est ainsi montée d’un cran. A cela s’ajoute la solitude des profs : les directions ne les soutiennent pas. Par lâcheté, pas gain de paix, les directions se font les intermédiaires entre leurs profs et les parents. Pas étonnant que plus d’un enseignant lâche prise et surnote ses élèves pour éviter les ennuis, voire les avocats. Dans ma vision des choses, un directeur défend son prof face à l’extérieur ; et s’il y a un problème, il le règle à l’interne, pas avec les parents. Mais où sont les directeurs qui ont encore la grandeur de faire ça ?

 

Et puis en dernier lieu, il faut déplorer l’inflation de la bureaucratisation. Bien sûr que ce n’est pas facile, bien sûr qu’il y a des cas particuliers, bien sûr qu’il y a des élèves qui … Mais on a l’impression qu’on crée les difficultés pour se justifier, pour gagner son salaire. Vous ne connaissez personne dans quelque administration que ce soit, qui ait été engagé pour une mission particulière et, une fois cette mission accomplie, qui dise à son supérieur « Voilà chef, c’est fini, je m’en vais. » Personne ne dit cela. Chacun repère un nouveau problème que, sans lui, nul autre n’aurait pu régler !

 

 Je crois que ces quatre axes-là ont contribué au changement de l’école et du métier de prof.

 

Si l’on jette un regard au-delà des frontières suisses, vers l’Allemagne, vers la France, on observe partout à peu près les mêmes évolutions. Est-ce que vous voyez là une influence des organisations internationales telles que l’OCDE par exemple ?

 

Bien sûr. C’est le volet de la marchandisation de l’enseignement et du savoir. Tous ceux qui s’offusquent au motif que l’école transmettrait un savoir trop encyclopédique, tous ceux qui fustigent l’héritage humain au motif que ce n’est que la reproduction de la classe dominante, tous ceux qui privilégient la manière d’enseigner à la matière enseignée (les pédagogistes) et ceux aujourd’hui qui veulent pourvoir chaque élève d’une tablette numérique parce qu’il faut bien être moderne, contribuent à transformer le savoir en simple produit.

 

Cette métamorphose vers la marchandisation de l’école s’appuie sur des processus lents de rationalisation et de standardisation de l’éducation au XXe siècle et dont aujourd’hui nous atteignons des sommets – qui s’avèrent indispensables à la transformation de l’éducation en produit commercial. Ce dernier doit être calibré, comparable, mesurable, relativement homogène dans sa forme. La technicisation de la pédagogie, la primauté de la méthodologie, les programmes transversaux comme le Plan d’études romand (PER), l’individualisation à outrance, et des modes de comparaison internationale sont quelques-unes des pratiques qui donnent un support «objectif» au calcul de type coût/bénéfice sans lequel aucune marchandisation de l’éducation n’est possible. Avant d’être vendue à grande échelle via des tablettes et des logiciels, il faut en somme qu’elle acquière la forme d’une marchandise, et la disparition du groupe-classe est un élément essentiel de ce projet.

Vous venez de mentionner les programmes transversaux tels que le Plan d’études romand (PER) qui, en Suisse romande et au Tessin, est successivement mis en œuvre depuis 2011. Le «Lehrplan 21», actuellement en consultation, est l’équivalent en Suisse alémanique. Quelles sont les expériences faites en Suisse romande? Comment a-t-il été élaboré et mis en œuvre? Quelles en sont les conséquences?

Avant le PER il y avait le projet PECARO, le Plan d’études cadre romand. La même idée : harmoniser l’enseignement dans les différents cantons romands. L’Arle s’est beaucoup opposée au PECARO en compagnie des partis politiques, parce qu’elle déplorait qu’on n’était pas assez précis sur ce que les jeunes devaient savoir d’année en année. Pourtant, il serait simple de préciser les objectifs annuels. Le PECARO avant le PER ne le faisait pas, mais il imposait la méthode. En fait PECARO était une bible socioconstructiviste, entretenant le flou sur le contenu. Ainsi bien des gens en Suisse romande ont dit : « On ne veut pas de ça. Faites le contraire. Précisez ce qu’il faut savoir à la fin de la 4e, 5e, 6e et renoncez à imposer une méthode. » Alors, devant l’ampleur de l’opposition, on a modifié le plan en le transformant en une usine à gaz. C’est tellement ambitieux que chacun y prend ce qu’il veut étant donné qu’il est hors de question d’honorer tout ce que le PER propose. Au lieu d’un plan harmonieux, qui devrait cadrer l’enseignement, on a une surenchère bien touffue. Où est l’harmonisation ?

 Le PER s’intéresse aussi au problème des langues. Mais c’est difficile parce qu’on enseigne ces langues de manière cosmétique, en tout cas à Genève. Les élèves apprennent l’allemand en primaire dès la 3e année et l’anglais dès la 5e. Après, au Cycle d’orientation (12 à 15 ans), ils recommencent à zéro, parce qu’ils n’ont rien appris de solide. Et puis, quand on arrive au collège, ils sont dans de grandes difficultés parce qu’il leur manque les fondamentaux. L’introduction de deux langues étrangères en primaire, alors qu’ils ne savent même pas le français, me semble peu souhaitable. Oui à l’allemand, parce que nous vivons en Suisse. Mais l’anglais, ils vont l’apprendre assez vite à côté, puis au Cycle d’orientation.

Alors que faire, quelles mesures faut-il prendre pour refaire l’école?

Nous, on avait fondé l’Association Refaire L’Ecole (ARLE) en 2001. Quand j’étais président, j’ai annoncé qu’on allait faire trois choses : en primaire, on arrête la rénovation – c’est toute cette idéologie, on supprime les notes, plus de notes de la première jusqu’à la 6e. Notre initiative a amené le peuple genevois à s’exprimer là dessus: « Voulez-vous oui ou non des notes annuelles ? » Nous avons été soutenus à 76%. Au-delà du clivage gauche-droite, on a donc remporté un premier succès : les notes annuelles certificatives, et pas formatives, ont été réintroduites.

 

Deuxième chose, j’ai affirmé qu’il faut remettre les sections au Cycle d’orientation, (scientifique, littéraire, moderne, etc.) et pas de simples regroupements où tout le monde a les mêmes disciplines, mais certains font un peu plus en fonction de leur performance. Là, en 2009, le peuple a dit oui aux sections, mais on a dû pactiser sur la première année du Cycle d’orientation (de 12 à 13 ans), où ce sont encore des regroupements. C’est dommage. En tant que député, je vais tenter de corriger cette erreur.

 

Et enfin, j’ai souhaité simplifier la maturité gymnasiale à Genève. Je l’ai obtenu le mois passé au Parlement genevois. 12 ans de travail pour ce que j’avais dit en 2001. Voilà le bilan.

 

Pour en venir à votre question de savoir ce qu’il faut entreprendre : il faut d’abord rétablir l’autorité.  L’autorité, au sens le plus général, est un pouvoir de faire faire qui exclut la contrainte, qu’elle soit physique ou psychologique. Hannah Arendt ajoute au concept une seconde détermination : l’autorité exclut non seulement la contrainte mais aussi la persuasion. La persuasion, qui opère par un processus d’argumentation, implique l’égalité ; or l’autorité est hiérarchique : « là où l’on a recours à des arguments, note-t-elle, l’autorité est laissée de côté ». Réciproquement, l’expérience est commune, sitôt que l’autorité en est réduite à argumenter et à se justifier, c’est qu’elle est perdue. L’autorité en tant que telle n’existe donc que spontanément reconnue et indiscutée : elle s’impose comme « naturelle », comme allant de soi. Ce qui revient à dire que celui qui se soumet à une autorité véritable n’a pas le sentiment d’être contraint ; il considère comme légitime ce qu’elle lui prescrit. L’élève obéit à son maître parce que ce dernier maîtrise un savoir.

 

L’autorité pédagogique participe des déterminations de l’autorité en général telles que je viens de les énoncer : elle est un pouvoir hiérarchique du maître, accepté par les élèves sans aucune négociation liminaire. Mais ce pouvoir est hiérarchique de façon paradoxale : c’est une relation inégalitaire qui travaille à sa propre suppression. Le maître ne se propose pas de dominer l’élève par l’autorité qui lui est reconnue, encore moins de le maintenir dans un état de subordination ; il s’emploie à mettre l’élève en mesure de se passer de lui, à devenir autonome. La relation qu’il entretient avec son élève n’est pas celle de seigneur à vassal ; c’est celle d’un homme qui sait plus à un homme qui sait moins et qui se fait, pour cette raison même, l’élève du premier pour apprendre.

 

Pour que l’autorité du maître puisse opérer, pour qu’elle élève en s’effaçant progressivement, elle a besoin du soutien des parents ; elle a besoin que les parents aussi fassent comme si elle allait de soi. Or ce soutien a disparu, et les cantons n’ont plus une cohésion sur leur propre école.

 

Est-ce que vous pouvez nous raconter le souvenir de votre meilleur prof. ?

 

Ah, mais j’en ai eu des quantités. Je n’ai eu que les meilleurs profs ! C’est vrai, j’ai fait l’école en Valais, à l’internat de Saint-Maurice. Nos profs nous ont donné le goût d’apprendre. Moi, les profs qui m’ont le plus marqué, ce sont ceux qui m’ont apporté le sens de la grandeur. J’ai fait du latin, du grec et j’ai posé la question comme tous les jeunes: «A quoi ça sert?» Un de mes profs m’a dit : « Tu n’as pas à demander à quoi ça sert, tu dois te poser la question : de quoi cela me libère. » Il avait posé la bonne question. Plus tard, j’ai compris qu’il s’agit de la liberté à travers le savoir. Les profs qui m’ont marqué sont des profs qui m’ont parlé comme à un adulte, pas comme à un enfant imbécile, et avec des mots à eux ; c’est moi qui ai dû faire un effort, pas eux.

 

En conclusion, quelle est donc la mission actuelle de l’école ?

 

Les vrais défenseurs de l’instruction scolaire la veulent au service des hommes émancipés, libres, cultivés, instruits, capables de réfléchir, d’interroger leurs racines. Prendre un livre, c’est prendre une arme contre le désarroi néo-moderne.

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