07/01/2014

Souvenirs, souvenirs

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Souvenirs, souvenirs
Je vous retrouve dans mon c
œur
Et vous faites refleurir
Tous mes rêves de bonheur

chantait Johnny au début des années 60...

Il m'arrive souvent de me retrouver avec des instituteurs et de discuter de leur profession. A chaque fois je suis étonné et peiné de voir ce que ce beau métier est devenu avec les années.

Pourtant, il fut un temps où le maître était respecté, tant par sa hiérarchie que par les parents des enfants dont il avait la charge. En un mot, on lui faisait CONFIANCE.

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Point besoin alors de rendre des comptes pour tout et rien, de se justifier pour chaque fait et geste. On savait en ces temps assez lointains que cette profession exigeait du tact, du doigté, du feeling. Le maître était une sorte d'artiste.

Il devait sentir comment faire passer son enseignement, parfois user de tactiques habiles pour y parvenir, savoir relâcher la pression, détendre l'atmosphère au besoin, accepter pour ce faire de, pourquoi pas, sortir de son rôle et faire le "pitre" devant ses élèves. Ensuite, au bon moment, être capable alors, d'un claquement de doigts, de reprendre en main cette classe devenue plus réceptive...

Je me souviens de sujets plus ou moins rébarbatifs tels les règles d'accord du participe passé que nous scandions tous en cœur sur un air de rap.

Je me souviens de chansons inventées qui parlaient de choux, de genoux et de cailloux qu'avec les élèves, on entonnait sur un air de guitare.

Le maître savait choisir LE bon moment en fonction de l'état de ses élèves...

Ainsi, de manière inopinée, sans avoir besoin de remplir une multitude de formulaires, sans avertir la terre entière, au gré de l'humeur ou de la météo, on décidait d'une sortie pour ramasser des feuilles mortes en vue d'une leçon de dessin, de profiter d'une grosse chute de neige pour aller construire un igloo ou pour aller luger dans le champs le plus proche.

Il arrivait qu'on s'échappe dans la nature pour aller tourner une scène du film que chaque année on réalisait avec les élèves.

On se retrouvait soudainement au bord de l'Allondon pour y bâtir un barrage hydroélectrique.

On n'hésitait pas à descendre en canoë les marais de la Versoix...

On pouvait se permettre une sortie à vélo.

On choisissait d'interrompre le travail scolaire à tout moment pour élaborer les décors nécessaires à la pièce de théâtre que chaque année on "montait" pour la fête de Noël.

Le maître décidait et on le respectait...

On pouvait....

Autant de souvenirs qui paraissent aujourd'hui impensables. Car gare à celui qui se risquerait à de telles pratiques. Le monde entier lui tomberait dessus; blâmes de la hiérarchie, cris d'orfraie des parents, plaintes, avocats...

 

En définitive, vous avez bien raison instituteurs d'aujourd'hui, restez bien sagement dans votre local de classe, ne vous aventurez pas au dehors, surtout ne prenez plus aucune initiative, vous risquez trop gros.

 

 

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Commentaires

Oui, et aujourd'hui les profs reçoivent des circulaires d'une hiérarchie décatie et sclérosée, paniquée aussi, qui leur indique en quels corps de police d'impression il faut écrire une lettre aux parents...

Écrit par : Jean Romain | 07/01/2014

Ce sont parmi les plus beaux souvenirs de mon enfance. Comme si c'était hier et pourtant ça nous ramène en 1978-79...Vous avez été un instit exceptionnel.....Vous oubliez les petits Waldstatten (?) que vous nous faisiez dessiner en cours d'histoire. Les aventures du petit Nicolas que vous nous lisiez avant la sonnerie de 16h.00. La course d'école avec Maddy, en vélo jusqu'à Genolier, les batailles de coussins à cran-Montana, les films tournés à travers Satigny, oui et c'est vrai la descente de la Versoix en canoë. La colombe de Claudia qui roucoulait dans la classe. Les lavages de voitures pour récolter des sous pour les courses d'école. Les jeux et courses à la piscine. Qu'est-ce qu'on s'est marré !L'année dernière, un prof de 8 P à Satigny avait demandé aux enfants de proposer une activité pour toute la classe. Mon aîné, fort de l'expérience de sa maman, avait alors proposé de tourner un film en mettant en scène chacun des enfants. Le prof lui avait répondu moqueur "et on fera quoi ensuite avec le film Tanguy, tu seras le seul à le regarder....". Donc oui, les enseignants ont moins de marge de manœuvre, mais certains manquent sérieusement d'imagination et de sympathie. Peut-être sont-ils aigris ? C'est vraiment dommage. C'était une magnifique école de la vie également.

Écrit par : corinne stroheker | 07/01/2014

Notre école est malade...parce qu'elle est tombée dans les bras de technocrates qui n'ont pas encore compris que l'élève apprendra mieux par ce qu'il fait. Le rôle de l'instituteur était de compléter ce qui se vivait dans la famille en organisant des activités (sorties, promenades, observations de la nature, spectacles, classe vertes etc) pour illustrer son enseignement. Et cela marchait. ..la preuve avec les témoignages des adultes qui ont vécu cette école là

Écrit par : J-F Girardet | 07/01/2014

Bien triste tout cela, plus aucune expérience, expérimentation, dans le cerveau, les émotions, le senti, l'inventivité, les mains, les pieds, le corps de nos enfants, comme si toutes ces parties étaient séparées alors qu'elles forment un Tout.

Peut-être que c'est justement ce que nos élus veulent, déconnecter tellement le futur de la réalité pour que ce futur leur ressemble.

Vous me fichez le bourdon un 8 janvier à 2h00 du mat en lisant ce blog, néanmoins fort révélateur de ce qui est déjà et que personne ne voit.

Écrit par : Jmemêledetout | 08/01/2014

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