15/01/2014

Une députée sur le fil

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Malgré les gesticulations de certains, les réponses données au questionnaire qui a été envoyé en août 2012 à TOUS les enseignants des établissements scolaires genevois sont édifiantes et démontrent clairement, chiffres à l'appui (GHI), à quel point le malaise est profond au sein des directions d'écoles. Notamment en ce qui concerne la nouvelle organisation du primaire, avec ses directeurs d'établissement, voulue par l'ex conseiller d'Etat Charles Beer.

C'est dans ces conditions que les rapports de majorité et de minorité concernant la motion 2100 (lien) sont enfin rendus publics...

Le rapport de minorité est l'œuvre de la députée socialiste Madame Marie Salima Moyard et force est de constater que celui-ci ressemble fort à une démonstration cocasse de funambulisme...

Comment aurait-il pu en être autrement?

Les œillères dont elle est pourvue la privent de toute objectivité et c'est les doigts sur la couture du pantalon qu'elle s'efforce bien naturellement de défendre les décisions prises en son temps par Monsieur Beer, parti politique oblige.

Ce rapport est donc truffé d'énormités et d'âneries, je n'en reprendrai ici que trois.

1. Projet d'établissement (Pédagoland et directeurs )

Un des piliers de la justification des directeurs du primaire est le fameux « projet d’établissement ». Or ces projets d’établissement sont passablement indigents quant à leur contenu. Mais pour leur donner l’apparence d’une épaisseur, la méthode est piquante : on gonfle artificiellement le document, on le complique à l’envi, on le larde de formules vides et redondantes, on joue la complexité, on le truffe de formules alambiquées pour donner à l’ensemble l’apparence du sérieux scientifique. L’apparence seulement ; rien d’autre, car on y organise le vide.

Pourtant, Madame Moyard ne l'entend pas de cette oreille. Elle contre-attaque en prétendant que "Les auditions ont précisé que la gestion du conseil d’établissement (procès-verbal du 18.9.13) n’occupait pas plus de 5% du temps de travail de la direction d’établissement. On est loin du fantasme de la majorité de la commission qui voyait déjà en sa suppression la libération d’un 50% de temps de travail"

 

Mais? A quelle audition se réfère-t-elle pour oser une telle affirmation?

 

Mais...c'est, bien sûr,...celle de M. François Stocco, lui-même directeur d'établissement et président de l’ Association Genevoise des Cadres de l'Enseignement Primaire (AGCEP) !!!

Quelle objectivité voulez-vous alors en attendre...

 

Il en va de même pour la question de la "réunionite" que notre rapporteuse remet également en cause en se fondant sur...la même audition de Monsieur Stocco.

A les suivre tous deux, "le nombre supposé excessif de réunions (à but de concertation ou de travail pédagogique) convoquées depuis l’introduction des directions d’établissement serait de 9 séances par an, soit environ une par mois d’école"... ce qui ne serait, selon elle, "ni excessif, ni abusif"...

 

Pur mensonge! Posez donc la question aux enseignants, vous constaterez alors leur réaction. C'est tout simplement se moquer d'eux que d'oser de tels propos.

(A ce propos, voir le commentaire que j'ai posté à la suite de ce billet:

Madame Moyard et Monsieur Stocco sont deux fieffés menteurs!  Au sujet de la "réunionite", renseignement pris, dans la plupart des écoles, le nombre de séances de travail auxquelles les enseignants sont astreints est de une toutes les deux semaines, soit environ 20 par année scolaire. On est loin du chiffre avancé par M. Stocco, directeur d'établissement. Si l'on peut, à la limite, comprendre ce mensonge de sa part, il est plus difficile de l'admettre de la part de Mme Moyard, élue du peuple!)

Se fier et baser son argumentation sur l'audition de Monsieur Stocco, directeur d'établissement, voilà une belle preuve d'objectivité de la part de notre députée...

 

D'autant plus que, avant de tenter de minimiser l'importance de ces projets d'établissement, elle venait d'affirmer, au début de son rapport, que c'est sur

"ces deux éléments (projet et conseil d'établissement) que s’appuie précisément le nouvel enseignement primaire mis en place depuis quelques années".

Il faudrait savoir! Comment peut-elle à la fois prétendre à une importance minime (5%) de ces éléments et en même temps asséner qu'il s'agit du fondement de cette organisation sous forme de directions?

Notre députée fait preuve d'une sacrée incohérence...

 

2. Double casquette ( texte du 19.9.2013)

 

Madame Moyard prétend, en se référant à nouveau à des auditions de personnes qui sont dans l'impossibilité d'être objectives, qu'il n'est pas judicieux qu'un directeur d'établissement du primaire soit en même temps en charge d'un temps partiel d'enseignement, qu'il est impensable de "juger" du travail des enseignants, d'être leur responsable hiérarchique, tout en étant leur collègue.

Alors que cela relève du bon sens : en enseignant partiellement, les directeurs gagneraient en crédibilité en faisant partie intégrante du corps enseignant. En effet, pour bien diriger une école, il est important d’avoir un pied dans le terrain plutôt que d'en être déconnecté.

 

Outre qu'on a de la peine à comprendre les raisons évoquées dans ce rapport, on ne peut également que constater que Madame Moyard n'a soit rien compris de la problématique, soit fait preuve d'une sacrée mauvaise foi.

Elle écrit en effet: "Imaginons deux cotitulaires de classe au primaire (puisque la direction n’enseignerait jamais, même dans l’idée des motionnaires, à plus de 50%) : le collègue « normal » s’adresse-t-il tous les jours à son collègue ou à son supérieur hiérarchique "?

Madame Moyard parle de deux titulaires! A-t-elle saisi qu'il ne s'agit nullement de cela. Il n'est pas question que ces directeurs soient titulaire à part entière d'une classe, ils n'en auraient pas du tout la charge. Il s'agit pour eux de donner quelques heures d'appui, ou/et éventuellement de langue, aux élèves en difficulté scolaire sans pour cela répondre de toutes les autres tâches qui, bien entendu, incombent, elles, au titulaire de la classe.

Voilà, Madame la députée, une habile manière de présenter la situation?

Ce qui nous amène à mon troisième point.

 

3. L'utilisation aberrante des deniers publics

Faut-il le répéter?

Que ce soit, comme le prétend faussement la rapporteuse, en tant que titulaire ou remplaçant ou en tant qu'enseignant de soutien que ces directeurs seront mis à contribution, peu importe.

De toute évidence et n'en déplaise à Madame Moyard, selon ses propres termes, "le cahier des charges de ces directeurs d'établissement ne remplit pas le 100 % du temps de travail et, en d’autres termes, la majorité de la commission estime que les directions d’établissement actuelles sont payées à ne rien faire pour une partie de leur temps".

 

Dès lors, tout citoyen qui paye ses impôts est en droit d'exiger que ces gens soient mis au travail, même s'ils sont surpayés. Mieux vaut cela plutôt que de les payer à ne rien faire, en effet!

 

Le tout proche débat qui doit se faire en plénière du Grand Conseil promet d'être "chaud". Bien sûr un certain nombre de députés (on se demande de quel bord...) se laissera charmer par le chant des sirènes minoritaires.

Mais voilà, ces sirènes chantent faux!

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Commentaires

Madame Moyard a toujours été la carpette de Beer !
Quant à Stocco, directeur d’école primaire, il se présentait dans la Presse comme un patron d’une PME ! C’est dire…

Les directeurs de l’école primaire, dans le fonctionnement actuel, ne sont pas seulement un gaspillage financier, mais une aberration qui plombe l’institution.

Il faut cesser de parler niaisement « d’autonomie des établissements scolaires ». Les écoles publiques genevoises, payées par le contribuable, sont des institutions étatiques qui doivent être soumises aux mêmes règles et règlements.

Les projets d’établissement et les conseils d’établissements, sans aucune utilité (sauf à donner du pouvoir à quelques apparatchik du DIP) pourront ainsi être supprimés au grand bonheur des enseignants, des directeurs, d’une bonne partie de la direction générale du primaire et des chercheur du Service de la recherche pédagogique. Car, faut-il l’avouer, personne, mais absolument personne n’y croit ! Sur le sujet, je vous renvoie à mon billet :

http://micheleroullet.blog.tdg.ch/archive/2011/02/26/changement-de-culture-a-geneve.html

Quant aux directeurs au primaire, il faut leur confier toutes les tâches administratives ainsi qu’une charge partielle d’enseignement. L’évaluation des enseignants peut très bien être confiée aux directeurs de région qui existent encore dans l’enseignement primaire, dont la fonction, actuellement, est bien floue. Ils auraient l’avantage d’être à bonne distance des enseignants, ni trop près ni trop loin, contrairement aux directeurs d’établissement nommés sous l’inepte concept d’« autorité de proximité » !

Écrit par : Michèle Roullet | 15/01/2014

Et encore à propos des conseils d'établissement, mon billet de 2011:

http://etsionenparlait.blog.tdg.ch/archive/2011/02/21/les-parents-sont-ils-des-faire-valoir.html

Écrit par : Duval | 16/01/2014

Madame Moyard et Monsieur Stocco sont deux fieffés menteurs! Au sujet de la "réunionite", renseignement pris, dans la plupart des écoles, le nombre de séances de travail auxquelles les enseignants sont astreints est de une toutes les deux semaines, soit environ 20 par année scolaire. On est loin du chiffre avancé par M. Stocco, directeur d'établissement. Si l'on peut, à la limite, comprendre ce mensonge de sa part, il est plus difficile de l'admettre de la part de Mme Moyard, élue du peuple!

Écrit par : Duval | 16/01/2014

Voici donc une explication concernant une certaine réticence, que manifestent les enseignants face à certaines demandes ponctuelles des parents d'élèves.

Les directeurs leur prennent le temps qu'ils devraient mettre à disposition des parents et l'utilisent pour des multiples (trop)réunions.

C'est encore une fois un détournement des moyens dont devraient bénéficier réellement les élèves!!!

Écrit par : Exprof | 16/01/2014

Sans compter, je le rappelle, que ces heures de séances, hors temps scolaire, sont comptées, pour les directeurs, comme heures supplémentaires à rattraper en jours de congé...ce qui permet à ces "cadres supérieurs" de bénéficier de 10 semaines de vacances par année

Écrit par : Duval | 16/01/2014

Et notre parlement reste muet!

Écrit par : Mère-Grand | 16/01/2014

Non, Mère-Grand, le sujet (motion 2100) doit être traité prochainement en plénière du GC...sur la base de ces deux rapports, de majorité (Jean Romain) et minorité (Moyard). Ce qui est aussi intéressant, c'est de voir comment Mme Torracinta va réagir?

Écrit par : Duval | 16/01/2014

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