17/01/2014

Pour Alex

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Il y a toujours un bout de tunnel...

Un ami d'enfance vient de perdre un être cher.

Son témoignage m'a énormément touché parce que je pense que, secrètement, il exprime le désir de bien des personnes qui vivent des moments similaires.

C'est avec son autorisation que j'ai donc eu envie de vous faire partager son cri du cœur.

 

Pour Alex

 

Quelques mots à mon être le plus cher, le plus chéri, le plus aimé, mon souffle, ma vie.

Je ne sais pas pourquoi j’éprouve le besoin de dire en public ce que tu sais.  Mais comme une prière, ou plutôt une litanie, cela permettra peut-être de transcender une réalité actuelle que je ne peux pas encore supporter.

Alex, je t’aime plus que tout.

Bien plus que moi-même.

Jamais je ne t’abandonnerai.

Je serai toujours avec toi.

Tu pourras toujours compter sur moi, sans faille, sans calcul, sans arrière pensée.

Je ferai tout pour toi.

Tu restes en moi car nous sommes indivisibles.

Tes problèmes de santé, j’ai toujours pensé pouvoir les surmonter, pour toi et avec toi, tellement mon amour était fort. Je te prie de m’excuser de n’y être pas arrivé. C’est un calvaire pour moi, une faute impardonnable. Je ne sais pas ce que j’ai fait mais je n’y suis pas arrivé.  C’est horrible. J’espère que tu me pardonneras.

J’ai parfois été dur avec toi ces derniers temps. Tu le sais, ce n’était jamais contre toi mais pour ta santé. Tu n’en étais pas responsable. Tu n’en pouvais rien. Je m’en rends compte maintenant.  Je l’avoue, j’ai parfois été pris de panique car je te voyais partir sans moi. Excuse-moi encore, j’aurais dû t’aider davantage que je ne l’ai fait.

On avait toujours espéré partir ensemble, dans un accident par exemple.  L’avion eut été l’idéal. C’est ce que l’on se disait souvent.  La rentabilité économique des compagnies avait ainsi du bon.  Tellement compressés dans des cabines, et ainsi si proches l’un de l’autre, une catastrophe eut été l’idéal : une chute éclair dans l’océan, ou mieux encore, une effroyable explosion en vol,  et Hop ! Ou plutôt Boum ! Raides morts les deux en même temps ! Quel bonheur de réaliser notre souhait de façon si tragique !

Les compagnies devraient se soucier davantage des désirs de leurs clients et aménager des prestations spéciales car un désastre aérien ne nous est jamais arrivé, ou presque.  Quelle satisfaction une fois d’entendre, comme cela s’est passé lors d’un très long vol, que, s’il n’y avait plus d’eau dans les toilettes, c’était qu’elle avait été remplacée par du carburant.  Malgré cela, il n’y avait finalement plus assez d’essence dans l’avion pour atteindre le prochain aéroport, avait dit le pilote dans le haut-parleur.  Pour bien nous donner toute l’information, il avait même rajouté que l’avion n’était en principe pas destiné à faire des trajets aussi longs.

Pas de doute, le pilote, en réalité la Pythie de l’intrigue, nous rendait un oracle. Ce qui était d’autant plus vraisemblable que nous avions bien rituellement offert un sacrifice au Dieu en consentant à manger un plateau repas des plus infects. Le moment fatal était donc bien arrivé. Chouette !

Finalement, rien ! Aéroport de Zürich et chocolats chez Sprüngli. C’est tout !

Une autre aventure nous avait conduit sur une île sauvage, aride et presque déserte, à part le splendide hôtel qui y avait été implanté au milieu d’une luxuriante végétation artificielle. Dès notre arrivée, par chance, un terrible ouragan était annoncé.  Le personnel nous avait prévenu du pire et leur angoisse était palpable lors des préparatifs préventifs.  Nous étions par exemple tous priés de ne sortir de nos bungalows sous aucun prétexte. Une prestation hôtelière catastrophique de bonne augure en somme !

Aux pires moments, quand les tourbillons étaient aux extrêmes, que des vagues immenses menaçaient de nous engloutir, que nous voyions les pavillons environnants se déliter et être emportés par le vent, tu avais pensé que c’étaient nos derniers moments.  Alors que le toit du bungalow voisin volait en éclats devant notre fenêtre, je me souviens combien tu avais ri lorsque j’avais dit que l’on ne risquait probablement rien étant donné que la télévision diffusait encore ses programmes.  Il devait même y avoir le paisible et champêtre « La petite Maison dans la Prairie ».  Sans doute avaient-ils pensé qu’il eut été inconvenant de diffuser « Autant en emporte le vent » !

Deux jours après, nous étions au calme sur la plage. Certes un peu encombrée de déchets, mais sur la plage quand même, au soleil, sains et saufs.

Je ne m’étendrai pas sur notre voyage en Thaïlande. Notre hôtel était situé en plein milieu de la plage au nom prémonitoire de « Cata Beach ». Elle a été le théâtre principal de l’horrible et macabre tsunami.  Mais seulement l’année suivante de notre séjour malheureusement.

Et les quartiers les plus sordides et dangereux de New York, en pleine nuit, où nous nous étions égarés à pied. Des meurtres y avaient lieu dans tous les coins de rues avait-on pourtant appris par la suite. Malgré tes avertissement répétés, mon absence totale d’expérience des voyages et mon obstination m’avaient fait croire en effet que l’on pouvait se balader sans risque un peu partout.  Je pensais que les dangers, assurément relatés de façon exagérée dans les journaux, au sujet de New York, Karachi, Bagdad ou Rio, n’étaient pas plus grands qu’à la rue du Rhône à Genève, à la place Saint-François à Lausanne, ou à la Paradelplazt de Zürich. Il va sans dire que je ne connaissais pas encore la Place Bel-Air de Genève, bien entendu.

Pour New York et pour l’époque, qui pourrait me donner tort finalement puisque, malgré cette prise de risque insensée, il ne nous est malheureusement rien arrivé d’autre que des ampoules aux pieds, tellement les distances étaient grandes pour rejoindre un hôtel que l’on voyait pourtant si proche ?

Je ne vous parle même pas des tours jumelles où, après deux heures d’attente pour monter au sommet, on nous avait dit que l’observatoire était fermé pour cause d’alerte à la bombe. Quels étourdis ces terroristes ! Ils auraient au moins pu mettre la bombe en bas et non pas en haut !

Et nos multiples et magnifiques croisières : pas de naufrage en vue, pas la moindre anicroche ! Aucun capitaine éméché, festoyant avec ses convives au lieu de regarder la mer, pas de coque éventrée, des icebergs, même les plus ténus, totalement inexistants, pas la moindre épidémie ou salmonelle mortelle.  Nul radeau donc à portraiturer pour un peintre célèbre, comme lors du naufrage de La Méduse, aucune perspective suspecte de l’île du Giglio à voir depuis la cabine, ni aucune Céline Dion non plus, il faut le dire, ou plutôt l’entendre.

C’était quand même injuste de n’avoir eu aucune catastrophe maritime. Même le paquebot de  « La croisière s’amuse », interminable série télé américaine, avait pourtant bien fini par couler. On pourrait dire un peu que, pour nous, c’était « La Malchance s’amuse ».

Tous ces voyages, toutes ces découvertes, je te les dois Alex.  Avant de te connaître, je n’étais jamais sorti de mon trou.

Morges, où nous sommes devenus partenaires enregistrés par l’Etat, était déjà Tombouctou pour moi.  Pour ce partenariat, que nous souhaitions depuis longtemps, la dame officielle était très empruntée. Nous étions parmi les tout premiers avait-elle dit.  Elle avait de la peine à lire les parties des documents fraichement reçus qu’elle avait soigneusement soulignés en jaune et qu’elle ne connaissait pas encore par cœur. L’habitude n’était pas encore au rendez-vous mais la dame, hésitante, était visiblement ravie de ce changement de routine.

Il y avait le choix entre différents types de documents, différentes complexités d’écritures, différents emballages colorés et, même, différentes qualités de papier. Un pays de Cocagne donc.

A la fin, on est allés au comptoir où produits et prestations ont été comptabilisés et typés à la grosse caisse enregistreuse. 

— « Une attestation machin chose, vingt trois nonante, un papier i grec, quatre francs soixante, et caetera »

Finalement : Bing ! Le tiroir caisse s’est ouvert et le total nous a été communiqué. Cela devait faire quelque chose comme cent soixante-huit-nonante-cinq.  Alex, peut-être en pensant au Maroc, a alors donné deux cent francs en disant :

— « Gardez la monnaie, c’est pour le personnel ! »

La dame est devenue toute rouge et est allée voir sa cheffe pour savoir si elle pouvait accepter.

Loin de tout cela, nous étions les deux tellement heureux d’être encore davantage unis, aux yeux de tous. Comme dans les contes de Mille et une Nuits, nous étions des « Ali Baba » qui avaient enfin entendu le « Sésame Ouvre-toi ».

C’était en janvier, il faisait froid et nous sommes allés nous offrir un thé de menthe à la Coop d’en face. Tellement heureux !

Alex, tu m’as appris le monde, les autres, le Maroc, la Suisse allemande avec ta famille merveilleuse de tolérance et de bienveillance et, évidemment, bien d’autres choses encore. Ta gentillesse, ton immense affection, toutes les multiples attentions que tu m’as prodiguées, ton amitié, ton incommensurable tendresse, ton amour communicatif pour les animaux, je te dois tout ça et plus encore que je ne sais dire maintenant.

Quelque part, puisque aucune catastrophe ne nous a frappé ensemble, je suis content de te survivre pour que tu n’aies pas à souffrir de mon absence. Mais il faut le dire vite car je souffre atrocement. J’espère avoir la force nécessaire de surpasser ces souffrances car je pense à quel point il te serait difficile de me voir si mal.  Je ferai donc peut-être l’impossible pour être au mieux et que tu sois fier de moi. Mais j’implore ton pardon si je n’y arrive pas néanmoins, tant la tâche me semble actuellement insurmontable.

Alex, je t’aime plus que tout.

Sois à tout instant avec moi, comme toujours.

 

A tout à l’heure et maintenant avec moi au paradis !

 

Ton Gros Mâtou

12:27 | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook

Commentaires

Touchant. Difficile d'être celui qui reste pour ceux qui se sont aimés.

Écrit par : Jmemêledetout | 17/01/2014

Magnifique et bouleversant. Le définitif peut être tellement douloureux....

Écrit par : corinne strohheker | 17/01/2014

L'humilité, rien d'autre! On a aucun droit, juste celui de la reconnaissance pour ce qui nous a été donné! Qu'importe la durée, le temps!

Écrit par : Corélande | 19/01/2014

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