26/03/2014

Formation des enseignants genevois, une injustice en voie d'être rectifiée!

injuste.jpg

En octobre 2009 une bonne partie des députés du Grand Conseil se sont laissés berner par Charles Beer. A l'époque, en charge du DIP, il avait proposé un projet de loi qui imposait aux étudiants futurs instituteurs une formation d'une durée de 4 ans d'études (Charles Beer réussit son coup). Une absurdité que Charles Beer avait même réussi ensuite à faire voter à une majorité des députés du Grand Conseil.

Il est vrai qu'il avait alors été abondamment aidé par le député Pierre Weiss complètement obnubilé par le seul aspect financier de la question! Celui-ci avait soutenu aveuglément le projet de Charles Beer. Est-il aujourd'hui plus raisonnable et soucieux de la qualité de la formation des enseignants ou en est-il resté à une sordide affaire de gros sous?

 

Toujours est-il qu'aujourd'hui, quelques députés ont décidé de corriger le tir. Ils viennent de déposer une motion qui demande que l'IUFE (Institut universitaire de formation des enseignants) réduise d'une année son cursus en vue du titre d'enseignant primaire pour les étudiants formés à l'Université de Genève (formation des instituteurs en 3 ans).

L'ensemble des partis PDC, PLR, UDC et MCG ont immédiatement signé unanimement cette heureuse initiative ce qui, bien évidemment, n'est pas le cas des partis de gauche.

Je les entends déjà, les disciples des gourous pédagogos. La rengaine habituelle. Pour eux, l'enseignement s'est complexifié et il faut alors une formation plus vaste, plus longue. Comme si, du haut de leur arrogante vanité, c'était la longueur des études qui en faisait la qualité!

Si l'école s'est complexifiée, c'est sous la pression de pédagogos qui se sont évertués à y introduire quantité d'aberrations plus stupides les unes que les autres, à l'instar de cette sordide Rénovation dans les années 90. Comme si cette complication de l'école était l'apanage de Genève et s'arrêtait aux frontières du canton sans pour autant toucher les autres cantons romands qui, eux, de manière fort raisonnable, ont opté pour une formation des enseignants en trois ans, soit une année de moins qu'à Genève.

Cinq ans après s'être fait avoir, ils sont donc bien inspirés ces députés qui ont décidé de redresser la barre via cette motion dont je vous livre la teneur ci-dessous.

Secrétariat du Grand Conseil

Proposition présentée par les députés :
Mmes et MM. Jean Romain, Philippe Morel, Stéphane Florey, Bertrand Buchs, Jean-François Girardet, Danièle Magnin, Ronald Zacharias, Pascal Spuhler, Pierre Conne, Antoine Barde, André Python, Jean-Marc Guinchard, Murat Julian Alder, Cyril Aellen, Henry Rappaz, Lionel Halpérin, Serge Hiltpold, Christo Ivanov, Raymond Wicky, Sandra Golay, Thierry Cerutti, Renaud Gautier, Francisco Valentin, Jean Sanchez, Christian Flury, Daniel Sormanni, Gabriel Barrillier, Patrick Lussi, Bénédicte Montant, Christina Meissner, François Baertschi, Bernhard Riedweg, Daniel Zaugg

Date de dépôt : 25 mars 2014

M

Proposition de motion

demandant que l’IUFE réduise d’une année son cursus en vue
du titre d’enseignant primaire pour les étudiants formés à l’Université de Genève (formation des instituteurs en 3 ans)

Le GRAND CONSEIL de la République et canton de Genève considérant :

que l’IUFE de Genève délivre un certificat d’enseignement primaire en 4 ans alors que les autres HEP de Suisse le font généralement en 3 ans ;

que cet IUFE est en fait une HEP au sein de l’Université ;

que la durée du cursus n’est pas satisfaisante pour la majorité des étudiants ;

que le PDC a proposé dans son programme d’élections 2013 de normaliser cette IUFE en la transformant en une HEP (http://pdc-ge.ch/programme/formation/creer-une-haute-ecol...) ;

que la première année en tronc commun n’offre qu’un lien éloigné avec le métier, invite le Conseil d’Etat à mettre en œuvre un cursus de 3 ans donnant accès à l’obtention d’un titre permettant, à Genève et en Suisse, d’enseigner dans les degrés 1 à 8 HarmoS.

 

EXPOSÉ DES MOTIFS

 

Mesdames et Messieurs les députés,

Le cursus de formation en enseignement primaire conditionne l’obtention du titre d’enseignant primaire pour les étudiants formés à l’Université de Genève, désireux de postuler un emploi dans les écoles publiques du canton. Ce titre implique l’obtention d’un diplôme de baccalauréat universitaire en sciences de l’éducation, orientation enseignement primaire (BSEP, 180 crédits) d’une durée de trois ans, suivi d’un diplôme de certificat complémentaire en enseignement primaire (CCEP, 60 crédits) d’une durée d’une année. Il est encore possible, par la suite et une fois ce CCEP obtenu, de s’inscrire à la maîtrise universitaire en enseignement primaire (MAEP).

Or, dans les autres cantons, qui connaissent le régime des HEP, il est possible généralement pour les étudiants se destinant à enseigner au niveau primaire de suivre un cursus de 6 semestres. Au terme de ces trois années, ils obtiennent une formation de généraliste à part entière, reconnue par la CDIP, et ils peuvent prétendre à une place d’instituteur pour élèves de 4 à 12 ans, car ce diplôme d’enseignement – comportant 180 crédits ECTS (European Credit Transfer and Accumulation System) – est un titre professionnel protégé qui leur confère le droit d’enseigner partout en Suisse.

Il n’existe pas de raisons objectives et crédibles qui feraient que les étudiants genevois soient obligés d’obtenir 240 crédits alors qu’il est demandé aux autres étudiants suisses 180 crédits pour obtenir la même formation à l’enseignement. Allonger ainsi de deux semestres la durée des études après l’obtention d’un certificat de maturité obtenu à 19 ans à Genève et à 18 ans dans la plupart des autres cantons romands, équivaut à différer de deux années entières l’entrée dans le monde du travail, si tout se passe bien. Non seulement cela coûte cher à la collectivité, mais cela prétérite les étudiants genevois qui, au final, ne sont pas mieux formés que les autres étudiants suisses. Certains vont même dans d’autres cantons pour suivre leurs études.

Le volet pratique de cette formation (tenue de classe, didactique, etc.), volet au début très largement sous-estimé par l’Université et la FAPSE, et ayant fait l’objet de nombreuses critiques, de pétitions, de plaintes diverses, s’est heureusement renforcé à Genève, mais un tiers seulement du cursus
consacré à la pratique, ce n’est pas encore suffisant. Remettre au centre de cette formation l’expérience pratique en diminuant en proportion les cours théoriques pourrait être une piste pour passer de 8 à 6 semestres.

De plus, aux dires mêmes de ceux qui ont suivi le cursus genevois, c’est fondamentalement la dernière année, en raison des stages en responsabilité, des discussions avec le maître titulaire de la classe où le stage est mené, des contacts avec les parents, que le métier concret s’apprend sur le terrain. D’évidence, c’est l’année la plus formatrice ; la plus riche aussi et la plus gratifiante. En revanche, la première année ressemble plus à une gare de triage où une grande partie des cours s’avèrent inutiles.

En effet, durant la première année IUFE, les cours universitaires donnés de manière ex cathedra devant des auditoires passifs de 200 étudiants sont passablement démotivants. Il s’agit d’un enseignement théorique dont la clarté échappe souvent à l’auditoire qui, lui-même, n’aura jamais à dispenser une pareille théorie, ni même à s’inspirer d’une telle méthode d’enseignement frontal. A contrario, dans une HEP comme la HPE-BEJUNE, les cours interactifs, vivants, toujours axés sur le PER (plan d’étude romand) et en étroit rapport avec lui, sont dispensés dès le premier semestre à une soixantaine d’étudiants répartis en 3 classes de 20. Puis, dès le deuxième semestre, les stages permettent bien sûr au futur instituteur d’observer une classe au travail, mais surtout de tenir la classe 45 minutes par semaine sous l’œil du titulaire. Etape par étape, pas à pas, grâce à la discussion critique qui en résulte, le versant concret – le plus important – du métier se met en place.

La présente proposition de motion demande de resserrer d’un quart le cursus d’une école genevoise trop longue, qui ne prive pas les futurs instituteurs de temps conséquents durant lesquels ils ont la charge complète d’une classe et ne se contente pas de leur laisser dispenser quelques leçons seulement. Il convient également qu’ils soient au bénéfice de cours de didactique qui leur apprennent à organiser et à donner ces leçons, la mise en pratique se faisant lors des stages dans une classe.

Ce qui motive les étudiants c’est l’aspect pratique et concret d’un cursus en trois années, alors qu’une année supplémentaire inutile favorise le sentiment de temps perdu. Le canton du Valais, par le biais d’une motion au Grand Conseil, demande même que le cursus de sa HEP puisse faire l’objet d’une étude afin de diminuer d’un an le cursus ordinaire, pour certains cas particuliers.

Mmes et MM. les députés pourront compléter leur information par la lecture de l’excellent rapport de Mme Aurélie Gavillet (ancienne députée à la Commission de l’enseignement supérieur), qui porte le numéro P 1807-A.

Au vu de ces explications, nous vous prions, Mesdames et Messieurs les députés, de réserver un bon accueil à cette proposition de motion.

 

Pour mémoire:

Instituteur: une profession en voie de disparition

Les enseignants genevois sont discriminés

 

Pour rappel, je n'accepte de publier que les commentaires dont l'auteur m'est connu.

Pour ce faire, chacun peut continuer à utiliser le pseudo qui lui plaît mais, j'exige que l'adresse email utilisée soit correcte et je demande au commentateur de me communiquer son nom via mon adresse e-mail.

De cette manière, le commentateur reste anonyme pour les lecteurs et je suis seul à connaître son identité. De mon côté, je m'engage bien évidemment à préserver et à respecter cet anonymat.

 

16:13 | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook

Commentaires

Entièrement d'accord avec le contenu de votre article. Il était grand temps de corriger cette abeeration (euh... aberration !)

Écrit par : uranus2011 | 26/03/2014

Une année de plus juste pour montrer qu'on est meilleur que les autres?

Écrit par : Mère-Grand | 26/03/2014

Il est possible que la gauche craigne qu'une juste diminution du temps de formation ait une répercution sur les salaires des instituteurs. Or, puisque la formation continuerait à être universitaire, l'économie ne se fera pas sur les salaires des instituteurs mais sur le coût étatique.

Écrit par : Jean Romain | 26/03/2014

Je suis étudiant du certificat complémentaire en enseignement primaire actuellement en mobilité à l'Université Laval de Québec. Je serai curieux de savoir si les défenseurs cités ci-dessus se sont intéressés sérieusement à cette problématique aux dimensions tellement vastes. Il s’avère que les études internationales les plus récentes soutiennent que les systèmes scolaires les plus performants forment leurs enseignants à un niveau master... Voici deux articles illustrant mon propos.

McKinsey & Company. (2007). Les clés du succès des systèmes scolaires les plus performants. Paris : Auteur.

Ministère de l’éducation nationale. (2013). Formation des enseignants : éléments de comparaison internationale. In Comparaisons internationales : Concertation sur la refondation l'Ecole de la République. France : Auteur.

Écrit par : Alain Vetter | 29/03/2014

@Alain Vetter
Comment expliquez-vous qu'en Suisse Romande, ce sont les élèves valaisans et fribourgeois qui obtiennent les meilleurs résultats scolaires alors qu'ils sont formés par des enseignants qui ont suivi un cursus de 3 ans en HEP ou même en "école normale"?
Voilà qui va à l'encontre des études que vous citez, non?
Par ailleurs, je ne suis pas certain qu'il soit raisonnable de se fier à des études qui se fondent sur les résultats PISA. Vous trouverez quantité de textes au sujet de la question de la formation des enseignants ainsi que sur PISA sur le site arle.ch
Par exemple:

http://www.arle.ch/pedagogie-pisa/pisa/157-pisa-pays-bien-classes

Écrit par : Duval | 29/03/2014

Ma contribution ne visait pas à prôner une approche basée sur la comparaison que j'estime absurde (et j'abonde dans le sens du rapport sur PISA que vous mettez en lien) au vu des nombreuses différences entre la Suisse et d'autres pays. A ce même titre, je considère que la comparaison entre les élèves genevois et fribourgeois ou valaisans est aussi précaire et aléatoire.
Le but de ma contribution visait plutôt à élargir un débat trop restreint à mon avis et à l'enrichir, à l'aide d'études basées sur des évaluations multiples et non uniquement sur PISA, en s'intéressant à d'autres systèmes, tout cela en faisant preuve de sens critique et de réserve au vu des spécificités de Genève.

En tout cas, c'est un plaisir d'échanger à ce sujet à distance, j'espère vous croiser au détour d'une fête communale à Satigny peut-être ?
Meilleurs messages d'un ancien élève

Écrit par : Alain Vetter | 29/03/2014

L'illettrisme actuel est un produit de la destruction des méthodes éprouvées. Il touche un nombre important d'adultes qui ont quitté l'école sans savoir lire et d'élèves des collèges. Mais on refuse de voir le lien entre l'échec des enfants et l'inadéquation des méthodes utilisées. L'échec des enfants peut avoir des causes individuelles, psychologiques et familiales. Il peut avoir des causes accidentelles. Cependant, une de ses causes essentielles est aujourd'hui interne à l'école. On a détruit les méthodes éprouvées de l'école élémentaire au nom d'arguments idéologiques et scientistes qui se sont imposés dans tous les lieux de formation des maîtres.

Le développement de l'illettrisme est lié à l'application autoritaire et généralisée des dernières théories à la mode dans la "science de la lecture". On a imposé des idées absurdes selon lesquelles on ne doit pas distinguer entre un premier apprentissage et une pratique ultérieure de la lecture. La négation du rôle de la transmission des connaissances dans l'apprentissage et son remplacement par des pratiques aventureuses ont perverti l'acte pédagogique. Des formes spécifiques d'échec sont alors apparues, concernant en particulier l'apprentissage de la lecture et de l'écriture : l'échec des élèves mal appris.

Les mêmes pédagogistes qui ont imposé à l’école des réformes mortifères, qui l’ont systématiquement détruite, viennent aujourd’hui nous dire que l’école va mal parce que les maîtres ne sont pas assez formés. Mais qui peut croire à ces balivernes ? Les experts parlent aux experts et plus vite on s’en débarrassera, plus vite on pourra refaire l’école.

Écrit par : Jean Romain | 30/03/2014

Les commentaires sont fermés.