14/05/2014

L’IUFE, la pétition et Pinocchio

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Comment récolter plus de 775 signatures pour une pétition fondée sur un mensonge éhonté ?

On se souvient de la motion (lien) signée par un tiers du Grand Conseil et visant à réduire d'un an le temps de formation des futurs instituteurs du primaire afin de ne pas prétériter les Genevois par rapport à TOUS les étudiants des autres cantons romands.

La TdG du 6 mai nous apprend que suite à cette motion, des étudiants de l'IUFE ont lancé une pétition qui s'y oppose (lien). Celle-ci a obtenu plus de 775 signatures. Pour ce faire, dans leurs considérants, les pétitionnaires avancent que pour préserver aux instituteurs leur statut de généraliste et pouvoir enseigner dans TOUS les degrés du primaire (de la 2P à la 8P Harmos) il est indispensable pour les futurs enseignants genevois de suivre une formation de 4 ans. Et d'argumenter que seul leur IUFE offre cette possibilité, que seuls les diplômés genevois pourraient donc enseigner dans tous les degrés Harmos (considérant 5). Au contraire, selon eux, une formation de 3 ans telles que celle délivrée dans les HEP romandes ne le permettrait pas et obligerait donc les diplômés HEP à choisir entre les degrés 2P à 4P (cycle 1) ou 5P à 8P (cycle 2).

Une différence importante entre ces deux formations, un argument choc qui pourrait être pris en compte... mais voilà... il est... fallacieux ! Un mensonge tellement énorme qu'on est même en droit de se demander si les pétitionnaires ont pris le soin de se renseigner.

Il suffit pourtant de se rendre sur le site des différentes HEP Romandes pour en avoir le cœur net.

Voilà ce qu'on y lit :

BEJUNE (Berne, Jura, Neuchâtel) (Lien)

Titre obtenu

Diplôme d’enseignement au degré primaire (degrés 1 à 8 selon HarmoS)
Bachelor of Arts in Primary Education
Ce titre étant reconnu par la CDIP, il est valable dans toute la Suisse.

Cette formation débouche sur une habilitation à l’enseignement pour les degrés 1 à 8 selon HarmoS.

HEP Vaud (Lien)

Diplôme d’enseignement pour les degrés préscolaire et primaire: En choisissant cette formation, les futurs enseignants participeront à terme à l’instruction et à l’éducation des élèves de 4 à 12 ans (soit des degrés 1P à 8P)

HEP Valais (Lien)

.... Au terme de leur cursus de 3 ans, les étudiants doivent avoir acquis l'ensemble des crédits prévus dans le plan d'études, à savoir 180.  

  Les diplômes délivrés :

- Le Diplôme d'enseignement aux degrés préscolaire et primaire ou un diplôme bilingue d'enseignement aux degrés préscolaire et primaire.

Ce diplôme est reconnu dans toute la Suisse (décision de la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l'instruction publique du 29 juin 2004).

 

Voilà qui est très clair.

Dès lors, que penser d’une pétition qui s’autorise de pareils mensonges et de ceux qui en sont responsables, eux qui ont mené une récolte de signatures en trompant les signataires?

Contrairement aux fausses affirmations délivrées par l'association des étudiants de l'IUFE, la formation en 3 ans délivrée par les HEP permet bien aux diplômés d'enseigner dans TOUS les degrés, qu'ils soient préscolaires ou primaires (cycle 1 et 2). Preuve est faite que ce temps de formation est amplement suffisant... à moins que certains utilisent ce chemin détourné, pour, par la suite, à tort ou à raison, demander à "égaliser" les salaires des instituteurs sur celui des profs du secondaire...

C’est une autre question. Pour l'heure, une fois de plus, en réclamant une formation universitaire de 4 ans, Genève se voudrait différente de tous les autres cantons. Elle persiste à être à côté de la plaque.


 

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Commentaires

Et bien voilà, voilà, voilà !

Écrit par : Jean Romain | 14/05/2014

Des étudiants, futurs universitaires qui lancent une pétition mensongère..... les futurs enseignants dans nos écoles primaires.... cela fait peur !

Écrit par : Marion Garcia Bedetti | 14/05/2014

Je me réjouis (avec JR) de recevoir ces pétitionnaires à la commission des pétitions du GC ! Concernant le salaire des enseignants: la question est déjà réglée puisque la cheffe du DIP a déclaré que les enseignants du primaire seront payés une classe en-dessous de celle des enseignants du secondaire I et II.

Écrit par : J-F Girardet | 14/05/2014

N'y a-t-il pas danger: on s'oriente non plus selon ce que l'on entend être en mesure d'apporter aux élèves mais selon ce que l'on compte "gagner"!Elèves non plus but, élèves/"moyen"! Money is money. Non plus enseignants au service du développement intellectuel des élèves mais élèves au service du compte en banque, entre autres, des enseignants.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 15/05/2014

Je confirme les propos de Jean Romain. Ma copine a terminé dernièrement sa formation à la HEP Vaud et elle est en train de postuler à Genève. La particularité des HEP est aussi d'avoir beaucoup plus une formation axée sur la pratique. La dernière année d'enseignement se fait à 50% avec une classe réelle avec des élèves... Ce qui n'existe pas à Genève où c'est axé sur la théorie seulement. Concernant les prétentions salariales, je me souvient que lorsque j'était élève du cycle d'orientation, une prof de latin m'avait sorti la phrase suivante: de toute façon, si mon cours ne vous intéresse pas, je n'en ai rien à faire car mon salaire de 10000 francs tombe à la fin du mois dans tous les cas! Cela m'avait dégouté d'entendre cela car à l'époque les enseignant faisaient grève pour un rien et mes parents étaient au chômage tous les 2. Ma conviction politique s'est renforcée à ce moment là et j'ai compris pourquoi j'avais des idées libérales après cela. ;-)

Écrit par : Blaise Rossellat | 15/05/2014

Hier, le grand conseil, contre l'avis de la gauche qui ne veut rien changer à la catastrophe scolaire genevoise, a renvoyé d'urgence en commission pour les étudier la Motion à laquelle s'oppose cette Pétition, et la Pétition elle-même.

Amusant de voir que le Parlement s'est enflammé avant même l'étude de ces deux objets, et que la position de la gauche est scellée : on ne veut pas de l'école du XIXe siècle.

Écrit par : Jean Romain | 16/05/2014

Un bel exemple d'argument ad hominem (pour les spécialistes...)
La réponses des "menteurs" est sur le site de l'Association des Etudiant-e-s de la FEP (ADEFEP) ici: http://cms.unige.ch/asso-etud/adefep/?p=325

PS: la Belgique est en train de passer à un Master pour la formation des instituteurs-trices. C'est peut-être aux autres cantons à faire comme le reste du monde...

Écrit par : Frédéric Hiltbrand | 20/05/2014

Je suis d’accord avec vous sur plusieurs points. D’abord, il est vrai que les baccalauréats délivrés dans les HEP sont reconnus dans toute la Suisse. Ensuite, il est exact d’affirmer que ceux-ci permettent de travailler à la fois au cycle 1 et au cycle 2.

MAIS, il est aussi indiqué que la formation est orientée, au choix de l’étudiant :
- soit vers l’enseignement dans les quatre premières années de la scolarité (élèves de 4 à 8 ans; degrés 1-4 HarmoS);
- soit vers l’enseignement dans les quatre années suivantes (élèves de 8 à 12 ans; degrés 5-8 HarmoS).

Cette orientation détermine le type de classes dans lesquelles l’étudiant effectue prioritairement ses stages et l’amène à suivre, pour une part de sa formation, des modules différenciés selon les cycles d’enseignement visés. (https://www.hepl.ch/cms/accueil/formation/offres-formation-de-la-hep-vaud/bachelor-ens-prescolaire-primair/organisation-des-etudes.html)

En pratique, un étudiant de la HEP Vaud souhaitant travailler à Genève n’a pas réellement accès aux deux cycles en comparaison aux étudiants titulaires du CCEP. L’argument n’est en aucun cas fallacieux et mensonger, il est réaliste et réfléchi, au contraire des accusations lues dans les commentaires dignes d’une cour de récréation… ou du Grand Conseil…

Enfin, les recteurs des HEP romandes ont affirmé de manière unanime qu’une formation de trois ans était insuffisante pour former des généralistes compétents dans les deux cycles. A ce sujet… (http://cms.unige.ch/asso-etud/adefep/?p=325)

Écrit par : Alain Vetter | 21/05/2014

@Frédéric Hiltbrand et, dans une moindre mesure, Alain Vetter

Le conditionnel utilisé dans la phrase de la pétition ( "En réduisant d'un an la formation genevoise, on obligerait les étudiants à se spécialiser") est très significative. Elle prétend clairement que des études de 3 ans limiteraient les possibilités d'enseigner à tous les degrés. C'est un mensonge. Comme je le dis dans mon billet, les sites des HEP spécifient bien que le diplôme qu'elles délivrent permet indéniablement aux étudiants d'enseigner de la 1P à la 8P. Je m'en suis encore assuré auprès des différentes HEP qui me l'ont certifié. Seuls 20 crédits sur les 180 sont destinés à approfondir sa formation pour l'un des deux cycles mais ça n'empêche absolument pas que les diplômés peuvent enseigner dans tous les degrés Harmos. Cette possibilité est d'ailleurs une bonne chose tant les étudiants connaissent leur préférence. Ils ont ainsi la possibilité de parfaire leur formation en vue d'enseigner dans le cycle 1 ou 2, sans pour autant, je le répète, se voir fermer les portes de l'un ou l'autre.
Les propos des 3 recteurs des HEP auxquels vous vous référez ne sont que des propos reportés. Ils n'engagent qu'eux et vont donc à l'encontre de ce qui figure officiellement sur les sites des HEP. On peut bien dire ce qu’on veut, on peut rêver, il n’en reste pas moins qu’à l’heure actuelle, avec un cursus de 3 ans, on peut enseigner sur les 8 degrés HarmoS. Alors que Genève demande 4 ans pour la même autorisation.
Le mensonge consiste donc à faire penser que supprimer une année serait de nature à limiter le droit d’exercer la profession. Toute la pétition joue sur cette équation : moins de cours = moins de compétence = moins de droit. Si vous aviez un peu de bon sens, vous conviendriez qu'on se moque de la quantité, que c'est la qualité qu'il faut dans la formation des instits.
Permettez-moi encore de sourire quant à vos références soi-disant...mondiales...
Ce qui est à remarquer par contre, c'est que dans tous les pays qui ont opté pour une formation majoritairement universitaire en supprimant les formations plus pratiques telles les écoles normales, jamais l'enseignement ne s'y est si mal porté...y compris en Suède, pays que vous citez en exemple.
Enfin, je m'étonne de lire sur votre site que "la proposition (motion) vient de personnes qui pensent que pour enseigner au primaire il n’y a pas besoin d’étudier, suivre les méthodes suffirait, et tant pis pour les élèves en difficultés"! Voilà un beau procès d'intention de votre part que vous auriez de la peine à justifier.

Écrit par : Duval | 21/05/2014

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