17/07/2014

Genève n'est pas à l'abri...

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Comme elle a raison Natacha Polony, combien son propos est d'actualité!

Oui, bien sûr, certains diront que chez nous, ce n'est pas comme chez nos voisins français. Et pourtant, non, Genève n'est pas à l'abri.

Voilà des années qu'on a laissé s'insinuer à l'école la violence, verbale comme physique.

On a voulu, au DIP, ouvrir toutes grandes les portes de l'école à tout un chacun.

Ainsi, à force de démagogie dégoulinante, on a introduit, par exemple, les conseils d'établissement pour donner aux parents la possibilité de s'exprimer sur un certain nombre de sujets. La plupart anodins, histoire de donner l'illusion de leur participation active.

Mais voilà, certains parents ne l'entendent pas de cette oreille et dépassent allégrement les limites fixées, sans que le DIP ne réagisse vraiment.

Et petit à petit, l'autorité de plus en plus bafouée s'est délitée.

Je connais un instituteur qui, il y a peu, a dû faire face à des parents qui lui demandaient des comptes. Celui-ci, excédé par le mauvais comportement répétitif de leur marmot, avait osé lui dire "ça suffit maintenant, tu m'énerves!"

Pensez donc, le crime de lèse-majesté! Expliquez-vous Monsieur l'instituteur!

Plus grave encore, l'histoire de ce collègue qui, il y quelques années, a vu surgir dans sa classe un père d'élève le menaçant, un couteau à la main! Une affaire que le DIP s'était empressé d'étouffer en conseillant à l'enseignant de rester discret...

Alors, oui, comme elle a raison Natacha Polony a qui je cède ici la parole en reproduisant l'article paru sous sa plume dans le Figaro.fr de ce 12 juillet.

 

 

"Notre école n'a plus rien d'un sanctuaire"

 

Natacha Polony revient sur l'incident mortel dans une école il y a quelques jours, un «fait divers» bien plus révélateur des troubles de notre système scolaire qu'il n'y paraît.

Il y a ces deux petites filles qui grandiront sans leur mère et porteront à jamais ce manque. Il y a ces enfants qui garderont pour toujours l'image de leur maîtresse s'écroulant sur le sol, assassinée par une folle le dernier jour de l'année. Par une folle. En tout cas une femme «souffrant de troubles psychiques ayant aboli son discernement» selon le langage consacré des experts psychiatres. On aura d'ailleurs entendu l'habituelle litanie des termes consacrés: «cellule psychologique», «marche blanche» et «drame inévitable». Comme pour intégrer le plus rapidement possible cette horreur à la longue liste des faits divers déplorables.

Et bien sûr, on pourra répéter qu'il y a des déséquilibrés partout. Et bien évidemment, il n'est pas question de transformer les écoles en forteresses. Mais tout de même, les mots ont un sens. Et il n'est pas anodin que le Ministre de l'Education Nationale ait choisi d'ajouter aux éléments de langage déployés à l'envi le trop classique «l'école n'est pas un sanctuaire.» Une phrase qui se veut un constat. «L'école n'est pas un sanctuaire», de sorte que peuvent y pénétrer les violences et les drames du monde extérieur, et l'on n'empêchera jamais un acte de folie perpétré par un individu en crise.

A ceci près qu'il ne s'agit nullement d'un constat mais bien d'un programme. Maquillé en constat objectif pour renvoyer les «tenants de l'école sanctuaire» à leurs chimères. L'idéologue, c'est toujours l'autre. Et derrière cette phrase, il y a le refus d'admettre que les politiques qui ont peu à peu, réforme après réforme, cherché à tout prix à faire de l'école un «lieu de vie ouvert sur le monde» ont non seulement conduit à un désastre pédagogique avec une école plus inégalitaire et plus inefficace que jamais, mais aussi à une destruction violente du métier de professeur et de ses conditions d'exercice.

La mère qui a tué à coup de couteau l'institutrice de sa fille était certes déséquilibrée. Mais il est significatif que la phrase qu'elle ait prononcé, le déclencheur symbolique de sa violence, fût ce «tu as mal parlé à ma fille» qu'ont évoqué les témoins. Même un esprit perturbé nous dit quelque chose des limites et des tabous d'une société. En l'occurrence, la nôtre a abandonné l'idée qu'il était impensable de lever la main sur un professeur parce qu'il incarnait pour une société laïque et républicaine quelque chose d'aussi sacré que le prêtre de l'ordre ancien.

Aujourd'hui, dans une école qui n'a plus rien d'un sanctuaire, non par fatalité mais par le fait d'une prophétie autoréalisatrice tant de fois exprimée, la moitié des directeurs d'école a déjà été insulté par des parents. Les professeurs sont sommés de «bien parler» à des enfants érigés en demi dieux à la fois hypersensibles et tout puissants. On s'invective et l'on s'insulte parce qu'on est là pour s'exprimer, pour déployer sa spontanéité, et non pour recevoir des savoirs universels transmis par un professeur. Dans l'école qui «n'est pas un sanctuaire», nul n'oserait attendre des chérubins et de leurs parents qu'ils étouffent leurs pulsions sous la décence et le respect pour l'institution et ceux qui l'incarnent. La violence est une fatalité. Elle est surtout beaucoup plus acceptable aux yeux de ces adeptes de la résignation déguisée en réalisme que cette violence institutionnelle que pouvait constituer le fait d'imposer à des enfants efforts et discipline. Car disons-le bien haut: les notes qui traumatisent les élèves, les commentaires sur les bulletins qui alignent les «peut mieux faire» et les «encore un effort», voilà la véritable violence à l'école, celle contre laquelle s'est élevé récemment Benoît Hamon.

Il n'y a jamais de hasard et les faits divers agissent comme les révélateurs de notre inconscient collectif. Quant aux discours convenus des ministres, ils se nourrissent de choix idéologiques assumés ou non. Des ministres qui n'ont jamais mis les pieds dans une classe et n'imaginent sans doute pas ce que signifie pour un héritier des Hussards noirs célébrés par Péguy le fait de recevoir tous les jours de ceux qu'il a choisi d'instruire et d'élever au mieux l'indifférence narquoise, au pire les injures, et de leurs parents les réclamations de consommateurs mécontents. Mais tout cela, bien sûr, n'était qu'un triste fait divers.


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Commentaires

Risibles réformes… c’est vrai, vous avez raison !
Heureusement, il y a parfois des effets boomerang salutaires.
En témoignage, je voudrais rapporter la réaction de parents qui assistaient à un conseil d’établissement. Ceux-ci ont critiqué vertement l’évaluation du projet d’établissement menée par le Service de la Recherche en Education (SRED). Ils ont affirmé ne pas reconnaître dans les propos diffamants et malveillants envers le corps enseignant de l’école, les enseignants qu’ils rencontraient et admiraient pour leur professionnalisme et leur dévouement.
Vous voyez, les parents peuvent aussi dénoncer les dérives de l’institution scolaire… et devenir solidaires avec les enseignants.
Quant à l’agression d’un enseignant par un père, mieux vaut peut-être ne pas donner un trop large écho médiatique, mais actionner le levier de la justice.

Écrit par : Michèle Roullet | 18/07/2014

J'aimerais beaucoup prendre connaissance de cette étude du SRED...
Est-elle publique? Parce que si c'est le cas, voilà un très bel exemple de ce que décrit très bien Natacha Polony.
Ceci dit, le constat qu'elle dresse reflète malheureusement ce qui l'en est de la réalité dans la grande majorité des cas.
En ce qui concerne l'affaire du père "au couteau", il n'y a pas eu de suites judiciaires. Le DIP s'est empressé de persuader l'enseignant de ne pas poser plainte.

Écrit par : Duval | 18/07/2014

@ M. Duval,
Il s'agit de l'évaluation “ordinaire”, menée périodiquement par le SRED sur les projets d'établissement. Vous savez que les écoles publiques genevoises ont adopté la « Pédagogie de projets ». D’un pragmatisme anglo-saxon, cette pédagogie (Cf. mon article « L’école bouge, pour aller où ? », in Choisir, n° 573, Sept. 2007) suit une procédure construite par étapes prédéterminées que l’on peut résumer comme suit :

• étape 1 de préparation : cibler le public, le contexte et les conditions matérielles ;
• étape 2 de naissance du projet : mettre en commun les données et les questionnements, choisir un projet ;
• étape 3 de clarification du projet : préciser le contenu, le rôle de chacun et rédiger le projet;
• étape 4 : mettre en œuvre le projet ;
• étape 5 : présenter des résultats ;
• étape 6 : analyser la démarche ;
• étape 7 : évaluer les effets du projet
• étape 8 : redéfinir un nouveau projet…

Cette forme de bureaucratisation, qui vide le budget consacré à l’éducation, donne une série de postes à des parasites sans améliorer l’école. Mais c’est l’idéologie ambiante…

Donc, pour répondre à votre question, ces évaluations ne sont pas publiques, dans le sens que l’on ne les trouve pas publiées et consultables sur Internet. Toutefois, chaque évaluation est distribuée, en version papier, aux enseignants desdites écoles.

Écrit par : Michèle Roullet | 18/07/2014

Merveilleux programme en effet...!!! Allo Anne, quoi? Allo?

Écrit par : Duval | 18/07/2014

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