02/11/2014

La formation "bidon" des futurs instituteurs

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A Genève, la formation à l'IUFE (institut universitaire de formation des enseignants) des futurs enseignants du primaire dure quatre ans, contrairement à ce qui se fait dans les HEP de tous les autres cantons en trois ans.

Il y a quelques années, le député Pierre Weiss avait défendu de toutes ses forces la création de cet institut, occultant l'aspect qualitatif de la formation pour préférer mettre en avant l'aspect financier de l'opération...bénéficier des subventions fédérales qui sont offertes aux universités.

Aujourd'hui, on doit se poser quelques questions au sujet de cet IUFE. Par exemple ce point essentiel : durant leur cursus de 4 ans, dans quelle mesure les futurs instituteurs ont-ils l'occasion de se frotter à une véritable pratique du terrain, seul moyen de réaliser ce que représente exactement cette profession? Dans quelle mesure sont-ils réellement confrontés à la "vraie vie" d'instit? Savent-ils seulement ce qu'implique réellement la tenue d'une classe ? Sont-ils vraiment armés pour le faire?

Au vu des différents stages qui leur sont proposés, permettez-moi d'en douter...Jugez plutôt :

Durant ces 4 années d'études, ce sont, en tout et pour tout, 10 stages, soit 30 à 34 semaines, qui sont prévus. Ce qui peut sembler assez conséquent.

Mais voilà, il y a stage et stage...

En l'occurrence, à la lecture du guide/programme fourni par l'IUFE, la plupart de ces stages se résument à des temps d' "observation", d' "observation participante", de "coopération et d'intervention" ou en "responsabilité partielle".

Comprenez bien que, lors de tous ces stages, l'étudiant est toujours accompagné du titulaire de la classe et que jamais il n'est confronté à l'ensemble de ce qu'implique la tenue d'une classe.

A ce sujet, le guide de l'IUFE est très clair: "Le travail en classe est défini d’entente avec le(s) formateur(s) de terrain. En principe, l’étudiant, durant la première année du deuxième cycle, aura rarement la pleine responsabilité de l’enseignement, mais les formateurs de terrain, selon les unités et modules dans le cadre desquels ils travaillent, peuvent lui confier la conduite de certaines activités".

Quand donc l'étudiant est-il en charge d'une classe d'élèves, en TOTALE responsabilité, entièrement livré à lui-même, sans aucune autre présence à ses côtés, confronté à TOUTES LES TACHES qui incombent à un enseignant, (mise en place des programmes,  préparation des leçons, enseignement, évaluations formatives et certificatives, corrections, rédaction des carnets, rapports avec les parents, nombreuses séances avec les directeurs, organisation des sorties et des camps, etc., j'en passe et des meilleurs).

Bref, quand assume-t-il l'entier du cahier des charges d'un enseignant du primaire?

On pourrait croire que les stages prévus, hélas seulement en 4ème et dernière année du cursus, sont là pour enfin mettre les étudiants face à "la vraie vie" qui les attend. Qu'enfin, durant ces 4 stages intitulés pompeusement en "responsabilité complète" ils seront mis en situation de responsabilité que je qualifierais de TOTALE, un élément qui devrait pourtant être essentiel dans la formation d'un enseignant.

Mais, là encore, il n'en est rien! Car, qu'en est-il de ces stages en prétendue "responsabilité complète"?

En fait, cette prétendue "responsabilité complète", encore une fois, ne porte que sur certains aspects de la profession mais jamais sur son ensemble. Ainsi, tantôt l'accent de responsabilité sera porté sur la gestion de classe, tantôt sur la planification de l'enseignement, tantôt sur la conduite de l'enseignement.

Cerise sur le gâteau, tous ces stages se font toujours en présence du titulaire. JAMAIS l'étudiant ne se retrouve vraiment tout seul, confronté à devoir assumer COMPLETEMENT la conduite de sa classe!

Une exception, il est vrai ! En cas d’absence du titulaire (co-formation, maladie, formation continue, etc.), l’étudiant peut alors le remplacer. Mais à des conditions bien définies: au maximum durant 9 jours sur l'ensemble de son cursus! Oui, vous avez bien lu, 9 jours!

On est ici à des années lumières de ce qui se faisait avant la création de cet IUFE, à l'époque de feues les Etudes Pédagogiques. Un cursus de trois ans qui permettait véritablement de se confronter à la réalité du terrain tant les étudiants se retrouvaient face à leur responsabilité, seuls maîtres à bord en charge d'une classe que le DIP leur confiait durant des remplacements de longues semaines, voire de longs mois.


 

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Commentaires

Et dire qu'il a suffi d'une seule erreur de navigation pour couler le Titanic!

Écrit par : Mère-Grand | 02/11/2014

Il est important de souligner que ces 9 jours de remplacement du maître de stage ne peuvent en aucun cas être consécutifs! Ils ne peuvent en effet jamais excéder les 3 jours au cours d'un stage.
Quant au coût de la formation à charge du canton, il est certes légèrement inférieur à Genève en comparaison avec la somme investie par les cantons romands pour la formation sur trois ans. Cette différence provient d'un subventionnement de la CH rétrocédé à l'université pendant les quatre ans que dure la formation. Ceci dit, cette subvention n'est pas remise en cause tant que la formation des futurs enseignants, même réduite d'une année. reste acquise à l'université!

Écrit par : Girardet | 02/11/2014

Je me demande si nous ne devrions pas repenser le tout, et retrouver la simplification des études pédagogiques primaires... 6 mois de remplacements dès la première année avec des contrôles, bien sûr. Il n'y a pas de science de l'enseignement, il n'y a que la passion de faire comprendre, d'aimer le contact, de respecter sa branche, et un enthousiasme en suffisance. Le reste ? Tout le reste est de la poudre aux yeux.

Écrit par : Jean Romain | 02/11/2014

Comment était-ce avant ?
Je pose sincèrement la question, car je ne connais pas bien le parcours effectué par les candidats d'avant l'IUFE au Primaire.
En effet, arriver à effectuer tout le travail d'un instituteur pendant la formation me semble très compliqué, que ce soit en 3 ou 4 ans.
Etait-ce possible autrefois ?
S'il est effectivement très constructif pour le candidat de faire l'expérience de la totalité en étant aux commandes, comment est-ce, si on se place dans la perspective des élèves ?
Pensons au phénomène de la personne qui est là à la place du "vrai" instituteur : le remplaçant.
Nous savons tous, que le flou inévitable donne lieu à toutes sortes de débordements. Dans une école, on cherche forcément à avoir des remplaçants avec expérience, en espérant limiter les dégâts et la perte de temps.
L'expérience s'acquiert dans une certaine douleur, à ne pas en douter. C'est un passage obligé et les remplacements, à effectuer à mon avis aussi avant la formation, fonctionnent comme l'épreuve du feu. On mesure à ce moment-là toute la complexité de la mission.
Selon moi, les phases d'observation ne sont pas inutiles. Il est certes difficile de comprendre pourquoi l'enseignant chevronné évite des pièges,
pourquoi les choses semblent relativement simples.
Cela tient au fait qu'il/elle connaît l'ensemble du dispositif : le programme des années précédentes et celui des suivantes (même si par les temps qui courent, ce n'est pas possible, puisque tout change tout le temps). On met environ 2 mois à mieux connaître les élèves, à comprendre comment les aborder en tant qu'individus. On met en place des règles de vie pour le groupe, règles qu'il faut certes rappeler tout le temps.
Lorsqu'un stagiaire (ou un remplaçant) est parachuté là-dedans, il ne peut pas maîtriser le tout et les élèves vont fort probablement essayer d'en profiter.
Je n'imagine pas que dans l'ancien dispositif, on confiait une classe à une personne débutante pour toute une année, afin qu'elle fasse l'expérience de la totalité en grandeur nature.

Écrit par : Calendula | 03/11/2014

@Calendula
Votre question est fort intéressante, je vous remercie de me la poser. Votre commentaire mérite donc que j'y consacre un billet entier. Je vous demande juste un peu de patience, je publierai ce billet sur la formation avant l'IUFE au cours de cette journée. Sachez déjà que, oui, c'était possible et même passablement bien pensé...

Écrit par : Duval | 03/11/2014

Calendula Comment était-ce avant?

Canton de VD l'Ecole Normale, à Lausanne, formait les futurs enseignants lesquels pour être admis avaient à présenter un très bon passé scolaire ainsi qu'un désir, un goût pour l'enseignement. On parlait alors vocation. Sans être indifférents aux avantages, vacances en tête, on savait que pour enseigner il faut y mettre sa tête, certes, mais pas sa tête uniquement. Sa capacité de discernement et, s'il se trouve, enfants non handicapés mais perturbés, empathie.

Plus tard,à l'Ecole Normale même, une classe particulière fut ouverte aux enfants handicapés légèrement.

S'agissant ici uniquement des Ecoles primaires du canton tellement signifiantes en ces toutes premières années pour la suite des études et du développement (confiance en soi, également)! des jeunes.

Les maîtres et maîtresses n'étaient pas "commodes" mais en vérité pour la plupart adorait leur métier sans avoir à ployer sous mille exigences et complications administratives. Nombreux ces maîtres et maîtresses qui rayonnaient...

Écrit par : Myriam Belakovsky | 03/11/2014

@Myriam Belakovsky,

Ma question a un côté technique : comment donner la formation totale, avant même que l'on ne devienne titulaire ?

La vocation, je vois bien ce que c'est : c'est ce qui vous fait tenir contre vents et marées. Il ne faut pas croire que c'est une chose du passé, malgré les changements de notre société et toutes les remises en cause de l'école et de ses tâches.
J'ai bien sûr été à l'école moi-même, dans trois pays différents et je m'en souviens parfaitement. Ces années ont contribué à mon propre choix professionnel. J'ai tellement aimé l'école, que j'y suis retournée, mais de l'autre côté du pupitre. Mes premiers élèves approchent désormais de la cinquantaine ...
Je travaille au C.O., d'où ma question concernant la formation des instituteurs du Primaire.
J'ai une image relativement précise de la formation des enseignants du Secondaire. L'année passée, j'ai même accueilli une stagiaire. Pour voir de près, comment ça se passe.
Quelle usine à gaz !
Ce serait vraiment malheureux qu'il faille véritablement passer par un tel dispositif pour devenir enseignant. Personnellement, je ne le crois pas.

Écrit par : Calendula | 03/11/2014

@ Calendula N'étant pas pro enseignante je ne puis pas me mêler de ce qui dépasse mes connaissances, compétences, mon expérience mais je me réjouis de lire vos lignes concernant la vocation pérenne des enseignants ou futurs enseignants tout en éprouvant le sentiment qu'à force de chicanes et tracas administratifs ainsi qu'atermoiements au sujet de la technicité de la formation des futurs enseignants ceux-ci effarés par ce qui les attendraient... choisissent de se former en vue d'aune autre carrière ce qui laisserait peu à peu les élèves sur le carreau ce à la consternation parentale générale. D'où cette question: les parents soutiennent-ils avec force et détermination les enseignants?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 03/11/2014

@M. Belakovsky,

Selon moi, il n'y a pas de réponse globale à votre question. On ne peut pas parler des parents comme d'un groupe homogène.
Il existe toutes sortes de parents, de familles, d'élèves et d'attitudes face à l'école. La société est devenue plus complexe et cela a forcément des répercussions sur l'institution.
On exige énormément de l'école, entre autre dans le domaine éducatif. Les parents ne prennent parfois pas assez conscience de leurs propres responsabilités, mais je ne dirais pas qu'il s'agisse de la majorité.

Par rapport à ma propre jeunesse et même au début de mon parcours professionnel, les parents ont pris beaucoup d'importance dans le monde scolaire.
Désormais, l'enseignant doit également maîtriser le dialogue avec les familles.
Ca peut devenir très compliqué, par exemple lorsqu'il y a des divorces douloureux. Cela pèse sur la vie des enfants, et pour les enseignants, cela peut signifier le double de réunions, de documents à envoyer, de disponibilité à avoir. Et la maîtrise d'une situation par définition conflictuelle.
C'est une sacrée surprise, lorsqu'on a choisi ce métier pour le côté transmission du savoir !

Écrit par : Calendula | 03/11/2014

@ Calendula
Vous avez parfaitement raison de noter la diversité entre parents et en son temps en réunion de parents d'élèves au moment du tour de table de présentation j'avais noté l'aisance des uns, la gêne des autres.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 03/11/2014

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