03/11/2014

Comment formait-on de bons instituteurs?

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Suite au commentaire fort intéressant que Calendula a posté à la suite de mon précédent billet, il me semble important de décrire au mieux ce qui se faisait avant l'IUFE: les "Etudes Pédagogiques" (EP) qui duraient 3 ans, organisées selon le modèle suivant:

1ère année  1/2 de remplacements et 1/2 de cours

A) Des remplacements (seul en classe) sous contrôle d'une part de l'inspecteur de circonscription et d'autre part des inspecteurs des EP qui débarquaient de manière complètement inopinée dans la classe pour contrôler vos compétences. L'étudiant avait l'obligation de préparer par écrit les leçons qu'il avait prévues pour chaque journée. Il devait être prêt à les présenter aux inspecteurs qui surgissaient on ne savait quand. A la suite de chaque visite ils établissaient un rapport détaillé, noté, sur ce qu'ils avaient constaté. Ensuite, après en avoir pris connaissance et après discussion avec les inspecteurs, l'étudiant devait signer ce rapport.

Ces remplacements pouvaient être de courte comme de longue durée. En ce qui me concerne, je me souviens avoir, entre autre, fait un remplacement de 3 mois à Meyrin, la titulaire étant en congé maternité.

B)L'autre moitié de l'année était consacrée à des cours de didactique que suivaient les futurs enseignants. Ainsi, il apprenaient ou perfectionnaient leurs connaissances dans toutes les branches qu'ils auraient à enseigner plus tard. Français, math, géographie, histoire, dessin, travaux manuels (si si) tout y passait jusqu'à l'écriture au tableau noir.

Je crois pouvoir dire qu'à la fin de cette première année, l'étudiant avait déjà une assez bonne idée de ce qui l'attendait en embrassant cette carrière d'instituteur...il était donc très vite amené à se poser la question de savoir s'il était fait pour ça ou pas.

2ème année à l'université

Les étudiants suivaient les cours de la faculté afin d'obtenir une demi-licence en pédagogie. Une fois nommé à la tête de sa classe, chacun pouvait, s'il le désirait, par la suite, continuer le cursus afin d'obtenir sa licence.

Durant les longues vacances universitaires qui, à l'époque, ne correspondaient pas à celles de l'école primaire, les étudiants étaient astreints à faire des remplacements dans les écoles du canton sous le contrôle de l'inspecteur de circonscription.

3ème année

Pendant cette dernière année, scindée en tranches de 3 semaines, l'étudiant alternait entre

A) Après quelques leçons données en exemple par un prof de didactique, passages en groupe de 5 ou 6 étudiants dans des classes d'écoles primaires. A chacun leur tour, pendant les 3 semaines, les étudiants donnaient telles ou telles leçons qu'ils avaient dû préparer, le tout sous le contrôle du prof de didactique et ses camarades de groupe qui se tenaient au fond de la salle de classe... Suivaient ensuite, bien entendu, l'analyse et la critique de la prestation de l'étudiant.

B) L'étudiant suivait un stage de 3 semaines, accueilli par un titulaire de classe. La première semaine se limitait à de l'observation. Pendant la deuxième semaine, le titulaire et l'étudiant se partageaient les différentes tâches qui incombent à la tenue de la classe. Enfin, en troisième semaine, l'étudiant était chargé de la totale responsabilité de la classe tandis que, cette fois, c'était le titulaire qui l'observait. Chaque journée était ponctuée par un entretien, le titulaire rédigeait son rapport à la fin du stage.

A noter, et ce n'est pas anodin, que les étudiants aux EP touchaient un léger salaire. Ce qui les liait contractuellement et obligatoirement au DIP pour leurs trois premières années d'enseignement. Ce qui permettait aussi à tout un chacun, quelque soit son milieu social, de devenir instituteur.

 

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Commentaires

Tu devrais mettre en lien ce message avec toute la commission de l'enseignement supérieur.

Écrit par : Jean Romain | 03/11/2014

Mais, pour Anne Emery Torracinta, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes car sous prétexte qu'elle ne reçoit aucune plainte de la part des étudiants futurs instits, elle ne voit aucune raison pour changer quelque chose à cette formation du primaire! Un peu comme s'il n'était pas nécessaire de modifier un carrefour dangereux tant qu'il n'a pas été le théâtre d'un accident grave. Ou qu'il n'était pas important de prévoir des mesures de sécurité contre le feu tant qu'il n'y a pas eu d'incendie dans le bâtiment! A ne pas connaître ce que ça pourrait être, les étudiants, bien endoctrinés par les gourous qui sont à la tête de leur formation, ne se rendent peut-être même pas compte de la galère dans laquelle ils sont embarqués!
Non, la Présidente du DIP préfère faire l'autruche et ce serait en effet une bonne chose que les députés du Grand Conseil lui sorte la tête du sable...

Écrit par : Duval | 04/11/2014

"ne reçoit aucune plainte"
En France le Président Hollande non plus, ne reçoit probablement pas de plaintes de quidams sans dents.
C'est le problème des gens de pouvoir en place, qui n'ont plus peur, et surtout plus besoin, d'affronter des supérieurs parce qu'ils connaissent tous les rouages, ont des amis influents partout et ne courent aucun risque rétorsion. C'est pourquoi ils peuvent se permettre de ne rien comprendre à la situation de ceux qui ne partagent pas leurs avantages, tant qu'ils ne courent plus de danger réels: élections proches, émeutes ou autres.

Écrit par : Mère-Grand | 04/11/2014

La filière de formation actuelle me semble en priorité ne pas viser le bien des futurs élèves ni des futurs enseignants mais bel et bien de justifier la 'pédagogie' et les méthodes de la faculté des sciences de l'éducation pour en quelque sorte se justifier elle-même (en essayant de gonfler son importance). Un peu comme si on laissait à la seule faculté de droit de décider des lois et de qui (avocats et autres) les appliquerait !

Écrit par : uranus2011 | 04/11/2014

Cette esquisse historique sur la formation des instituteurs qui passaient par les Etudes pédagogiques est intéressante. Toutefois, vous ne pouvez comparer que ce qui est comparable!
Or, le IUFE (Institut Universitaire de Formation des Enseignants) est destiné à la formation des enseignants du secondaire. Il a succédé à l’ancien institut IFMES (Institut de Formation des Enseignants du secondaire).
Donc, si vous tentez des comparaisons avec l’IUFE, partez plutôt de l’IFMES.

Écrit par : Michèle Roullet | 04/11/2014

Pas du tout, vous faites fausse route Madame Roullet. Ma comparaison est tout à fait justifiée, elle se fait sur la FEP (formation des enseignants du primaire), filière de l'IUFE. Voici d'ailleurs le document de référence:
http://www.unige.ch/iufe/enseignements/formations/enseignementprimaire/IUFE-CatalogueFEP-MESP-MAEP2014-15-web.pdf

Écrit par : Duval | 04/11/2014

L'IUFE se compose de quatre sections, Mme Roulet,

1. Formation des maîtres primaires en 4 ans, contestée par une Motion PLR, largement soutenue
2. Formation des maîtres secondaires, en 2 ans. Ce modèle a explosé cette année après 6 ans de mauvais et déloyaux services
3. Formation des maîtres pour l'enseignement spécialisé.
4. Formation des directeurs.

On voit l'ampleur du pouvoir accordé aux pédagogos.

Écrit par : Jean Romain | 04/11/2014

Jamais dans le domaine de la pédagogie, si un si grand nombre ont été soumis à un si grand pouvoir d'un si petit nombre pour un si petit bénéfice.

Écrit par : Mère-Grand | 04/11/2014

A moins de croire que tous les anciens instituteurs n'étaient que des incapables, ce qui entraînerait logiquement que leurs élèves, dont certains sont encore au pouvoir ou du moins dans nos mémoires, ne pouvaient être que des incompétents à la culture défaillante, et qu'il ne vaut donc même pas la peine d'en parler, il vaudrait même la peine de remonter encore un peu plus loin de l'histoire de la formation des maîtres dans notre République.

Écrit par : Mère-Grand | 04/11/2014

Une comparaison des coûts relatifs de ces formations serait également utile, à une époque où le prix des choses semble conditionner, dans certains cas du moins, les choix politiques.

Écrit par : Mère-Grand | 04/11/2014

Merci pour la description du système précédent.
Il est effectivement très proche de la pratique de terrain.

Ce qui me surprend : en première année, le candidat était-il mis devant les élèves sans préparation aucune et devait-il préparer les cours de toutes les matières tout seul ?
Un remplaçant reçoit, en principe, une leçon préparée ou du moins des directives claires (sauf en cas de remplacement totalement imprévu ou lorsque l'enseignant est si malade ou accidenté qu'il ne peut pas communiquer).
La didactique venait-elle donc après l'expérience devant la classe ?
En 1979, j'ai commencé en tant que suppléante au C.O. et j'ai reçu des cours de "Formation pédagogique" en septembre-octobre. C'était très basique, mais très utile. A mon avis, il est très difficile de s'improviser enseignant.

Écrit par : Calendula | 04/11/2014

Les volées d'étudiants de 1ère année étaient partagées en deux groupes. Un groupe commençait par les remplacements et l'autre par les cours de didactique. Avant les remplacements, on avait droit à quelques leçons "types" données à une classe par un titulaire chevronné. Cela se passait dans l'aula du centre pédagogique de Geisendorf, une classe était aménagée sur scène! C'était en effet un peu un spectacle "surnaturel" mais ça donnait une bonne idée de ce qu'il fallait faire. Donc, les étudiants qui commençaient par les remplacements étaient en effet très vite envoyés au feu, c'était difficile j'en conviens mais Dieu que c'était formateur.
La préparation des cours variait en fonction de la longueur du remplacement. Pour une courte durée, en général, le titulaire préparait le programme et donnait quelques instructions à suivre. Pour les plus longues périodes, il fallait souvent se débrouiller pour suivre le programme et faire ses préparations... L'inspecteur de circonscription était là pour surveiller et pour éventuellement aider l'étudiant qui rencontrait des difficultés.

Écrit par : Duval | 04/11/2014

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