17/12/2014

Enseignants en colère

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La fonction publique manifeste son mécontentement et parmi tout ce monde, les enseignants du primaire.

Ceux-ci, bien malgré eux, sont pris en otage par leur syndicat, la SPG, et le monde politique...


Tous deux y vont de leur vision des choses.


D'un côté, le syndicat qui s'empresse de peindre le diable sur la muraille en prédisant la destruction de l'école à laquelle mènerait une certaine Droite.

Une argumentation, assez bizarrement d'ailleurs, reprise aussitôt par la Présidente du DIP qui avertit et menace d'une suppression d'environ 140 postes.

De l'autre côté, tout ce petit monde politique qui se doit de faire des économies et qui, donc, s'en réfère aveuglément aux seuls chiffres afin de démontrer que les attaques menées contre le projet de budget 2015 sont fausses et infondées.

Malheureusement, d'un côté comme de l'autre, jamais la situation n'est clairement exposée et expliquée, chacun, préfère la voie de l'approximation qui ira dans son intérêt.

Une tactique habituelle qui est bien rodée.

Les politiciens en usent et en abusent, certains deviennent même des expert en la matière. "L'effet de frappe", il s'agit de lancer une information, pas forcément exacte, peu importe si après coup vient la preuve de cette inexactitude. La chose est lancée, le 80% des gens qui ont survolé l'info la prennent pour argent comptant!

D'un côté donc faire peur aux enseignants en annonçant une disparition énorme de postes et de l'autre, en présentant des chiffres sans en donner la totale signification.

Ainsi, sur son blog, Monsieur Cyril Aellen nous rappelle que, dans son projet de budget 2015, le Conseil d'Etat prévoit un taux d’encadrement au primaire de 15,8 élèves par postes d'enseignants. Sans dire très clairement de quels enseignants il s'agit... En l'occurrence,  TOUS les postes d'"enseignants(effectif à temps plein ou ETP)" qui gravitent dans les écoles primaires.

Entendons-nous bien, non seulement les titulaires de classe mais aussi les maîtres de musique, de gym, d'activités créatrices, d'appui, etc. Une nuance qui a son importance dans les calculs faits par le Conseil d'Etat...

Ainsi, la plupart des gens vont confondre "taux d'encadrement" avec "effectif de classe".

Ce qui n'est pas du tout la même chose:

Imaginons, par exemple, un établissement scolaire de 10 classes avec un effectif de 25 élèves chacune, un total donc de 250 élèves. Cet établissement, outre les dix titulaires de classe, a à disposition, un maître de gym, un maître de musique, un maître d'activités créatrices et un maître d'appui. Le calcul du taux d'encadrement en tiendra compte et la division des 250 élèves ne se fera pas par 10 titulaires mais par 14 enseignants. Soit, un taux de 17,8 ce qui, évidemment, présente beaucoup mieux qu'un effectif réel de 25 élèves!

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Mais voilà, sur le terrain, ça lui fait une belle jambe à l'enseignant, il se retrouve bel et bien avec ses 25 élèves et tous les problèmes concrets que cela entraine...


Peu importe, c'est seul ce taux d'encadrement flatteur de 15, 8 qui est mis en avant par le CE!

Et chacun, bien entendu, de se précipiter sur ce chiffre pour fustiger les enseignants et les traiter d'enfants gâtés.

Les enseignants du primaire, pris dans cette tornade d'infos volontairement incomplètes, mêlant tous les problèmes de la fonction publique, concernés ou pas, pris en otage par leur syndicat, ont cru bon de faire grève ce mardi.

Je ne suis pas persuadé que c'était là le bon moyen de manifester leur mécontentement. N'aurait-il pas mieux valu prendre le temps de rencontrer chaque parti politique pour exposer et expliquer clairement la situation vécue sur le terrain par les instituteurs? Une pratique qui se serait sûrement montrée plus efficace et qui leur aurait évité de subir les commentaires virulents dont ils font l'objet sur le site de la TdG.

Il est vrai que c'est peut-être difficile de convaincre un politicien de ce qu'il sait déjà parfaitement, du moins certains, les plus aguerris. Reste les autres sur lesquels on peut peut-être encore compter, espérons-le.

On ne le dira jamais assez, ce serait une lamentable erreur de la part du Conseil d'Etat que de s'en prendre aux postes d'enseignants du primaire et donc aux élèves.

Je l'ai dit à maintes reprises, il ne faut pas se tromper de cible, des économies sont possibles au DIP mais....ailleurs:

"Madame AET est désolée"

 

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Commentaires

J'ai lu in extenso le rapport de la Cours des Comptes de décembre 2014, Cours mandatée par la présidente du DIP elle-même, sur la gestion du nouveau Cycle d'orientation. Elle émet 13 recommandations, dont la dernière qui touche à l'optimisation des élèves par classes.

Écrit par : Jean Romain | 17/12/2014

Dans mon bâtiment du C.O., nous avons vécu avec 25 élèves dans presque toutes classes de R3, suite aux transferts de R2 en R3 et cela pendant la période considérée par la Cours des Comptes. Quelle ne fut pas ma surprise à la lecture de ce rapport !
Je ne mets pas en cause son exactitude, mais suis tout de même étonnée.
Il y a donc des grandes différences selon les bâtiments.
Chez nous, les transferts devenaient infaisables, à mois d'envoyer les élèves dans un autre bâtiment, car il n'y a pas la place pour 26 pupitres dans les salles de classe. Les trajets en bus pour certains élèves habitant aux confins du canton étaient difficiles à envisager.

Il faut comprendre les implications concrètes du projet d'optimisation. On optimisera les finances ( objectif louable), en compliquant singulièrement la vie de l'écolier qui aurait fait les efforts nécessaires pour un changement positif de regroupement.
Ainsi, un enfant de 12 ans peut se retrouver à changer d'école en cours d'année, avec tous ce que cela implique.
Un changement de classe représente déjà un défi. Que dire d'un changement d'école, avec un probable trajet allongé ?
On nous avait promis un Cycle plus exigeant, mais pas plus sélectif. On n'attendait pas l'exigence ici !

Écrit par : Calendula | 17/12/2014

"N'aurait-il pas mieux valu prendre le temps de rencontrer chaque parti politique pour exposer et expliquer clairement la situation vécue sur le terrain par les instituteurs?"

Et vous voyez qui comme émissaire ? Parce que pour le citoyen lambda que je représente, on en perd son latin. La moitié du corps enseignant semble favorable aux réformes pendant que l'autre crie au loup. Les associations de parents d'élèves ne semblent pas représentatives. L'ARLE, on en entend plus parler. Nous ne voyons que vous et M. Romain dans ce débat flou auquel se mêlent les syndicats de la fonction publique au sens large.

Pour délivrer un message aux partis, il faudrait déjà une prise de position idéalement consensuelle et qui ne ferait donc qu'effleurer ou esquiver les questions qui fâchent. Ou alors un rapport de majorité et de minorité d'un pannel vraiment représentatif qui semble ne pas exister.

Écrit par : Pierre Jenni | 18/12/2014

Monsieur Jenni, il ne s'agit pas de réforme aujourd'hui mais d'un risque ou d'une peur de voir le nombre de postes d'enseignants diminuer. Et sur ce coup, je suis certain que TOUS les enseignants du primaire sont d'accord. Il suffirait donc qu'ils se fassent représenter par l'organe officiel, soit la SPG dont le comité aurait pu contacter les partis politiques avant de pousser à faire la grève.

Écrit par : Duval | 18/12/2014

La discussion budgétaire et la rémunération des enseignants du primaire à plus forte raison sont des éléments d'une discussion plus large sur l'organisation de l'école.
Vous et Monsieur Romain êtes bien placés pour le savoir puisque vous dénoncez inlassablement les réformes qui alourdissent la structure et diminuent d'autant le temps réel consacré à la transmission du savoir pour assumer des tâches administratives toujours plus contraignantes et chronophages.
Votre combat contre les directeurs, ou plutôt en faveur de leur retour en classe est directement lié à la discussion actuelle puisque ces économies permettraient justement de conserver un ratio d'élèves optimal dans les classes sans devoir allouer plus de ressources à ce département.
Tout le monde tire la couverture à soi, c'est naturel, mais risqué. Elle risque bien de se déchirer et ne plus couvrir personne. Il est à mon avis vraiment temps de réduire notre dette. Le canton de Vaud y est parvenu en un temps record. Un petit effort de tous, bien réparti sur l'ensemble de notre fonction publique qui, faut-il le rappeler ici est la plus importante du pays, est certainement plus judicieux que des coupes drastiques dans quelques domaines moins sensibles ou moins médiatisés.

Écrit par : Pierre Jenni | 18/12/2014

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