27/01/2015

Il y a 70 ans, Auschwitz

Le 70e anniversaire de la libération par l'Armée rouge du camp d'extermination nazi d'Auschwitz-Birkenau est commémoré ce mardi, en présence de 300 anciens détenus et de chefs d'Etat ou de gouvernement européens.

A cette occasion, je me permets de publier à nouveau ces trois textes que j'avais postés sur ce blog il y quelques années...

 

Auschwitz, voyage au bout de l’enfer.

 

Je me remémore un voyage que j’ai fait il y a quelque temps.

Le DIP, à l’époque, avait l’heureuse idée (est-ce encore le cas ?) de subventionner pour les enseignants la visite  du camp de concentration d’Auschwitz.

Je m’y suis rendu.

C’est le mois de novembre, nous sommes près de 150 Suisses romands, des enseignants, des jeunes, des journalistes, accompagnés de quelques rescapés des camps, à descendre des cars…les plaisanteries, les rires se sont soudainement tus ! Un lourd silence s’est installé.

Respect ! Chacun garde désormais le profil bas. Nous sommes au bout du monde, celui qui s’arrête au terme de cette sinistre voie ferrée. Le ciel est gris, les barbelés, les bâtiments percent la brume omniprésente.

Cette terre parle, elle hurle. Comment traduire les émotions par des mots ? Impossible. Des images se forment dans la tête, nous écoutons le récit des survivants, mais jamais nous ne pourrons prendre réellement conscience de ce que fut la réalité. Comment ont-ils pu vivre ne serait-ce qu’un seul jour ?

Il y là David, petit bonhomme tellement attendrissant.

Il est revenu !

Il passe inlassablement d’un groupe à l’autre pour tenter de nous communiquer la vérité, de nous faire comprendre ce qu’il nous est impossible de vraiment saisir. Là, devant les ruines des fours crématoires, il interrompt notre guide en le saisissant par la main :

« Je veux faire une prière pour mes parents qui sont morts ici ».

L’émotion est à son comble et chacun retient tant bien que mal ses larmes. Et pourtant son sourire ne l’a pas quitté de toute la journée.

Il y a Otto. Le regard souvent fixé sur le lointain. Lui aussi, infatigable, nous a suivis jusqu’au bout. Il observe sans cesse nos réactions. De temps à autre une phrase, pour ne pas nous égarer, nous rappeler ce que fut cette réalité :

« C’est là, précisément à l’endroit où vous êtes que j’ai vu ma mère pour la dernière fois ».

Je n’oublierai pas votre leçon. Je n’oublierai pas votre regard Otto. Je n’oublierai pas, David, la chaleureuse poignée de main que vous avez voulu donner à chacun de nous pendant le vol du retour.

Merci à vous, que votre témoignage ne s’efface jamais.

Monsieur Otto Klein est décédé à Genève le 24 mars 2014

 

Gare de Grünewald

 

Ce nom vous dit quelque chose ?

Berlin-Grünewald fut la principale gare berlinoise de transit et de départ vers les camps de l'Est.

De là, entre le 18 octobre 1941 et le 27 mars 1945, 60 trains ont transporté quelque 55000 Juifs berlinois vers les camps d’extermination !

Afin de « cacher » le spectacle aux habitants, c’est peu après le couvre-feu que la Gestapo faisait irruption dans les familles.

En quelques minutes il fallait tout quitter, maison, appartement et leur contenu, pour rejoindre le long cortège formé dans la rue.

Des rafles quasi quotidiennes…

Ainsi, femmes, enfants, vieillards étaient contraints, en marche forcée à travers la capitale du IIIe Reich, de parcourir, dans le froid, les 10 à 15 kilomètres qui les menaient à la gare de Grünewald.

Puis, entassés dans des wagons de marchandises…un long voyage dans des conditions horribles, destination Auschwitz-Birkenau et Theresienstadt…  la «solution finale » mise en place dès la fin 1942.

 Aujourd’hui, les quais sont constitués de lourdes plaques de fer ajourées, fabriquées à partir des wagons de transport des condamnés. On y trouve les inscriptions de chacun des trains partis de là.

Et alors, l’émotion prend le dessus. Inimaginable, comment est-ce possible ?

De même devant le mémorial érigé en…1991.

Un mur de froid béton dans lequel des formes suggestives sont creusées…le rappel d’un vide, d’un manque…Quelle charge émotionnelle !

SILENCE !

 

Westerbork, Theresienstadt, UNE FILLETTE EN ENFER


« Histoire d’une fillette », c’est le titre du texte qui est paru dans Migros Magazine N°38 du 20 septembre 2010. sous la plume de mon frère, Jean-François Duval.

Il est bien sûr beaucoup plus apte que moi à retranscrire ce que nous avons tous les deux récemment vécu.

 

Le vol en provenance d’Amsterdam avait atterri. De la douane, les passagers surgissaient dans le grand hall. Nous guettions les visages, car ni moi ni mon frère n’étions très sûrs de reconnaître cette amie de la famille plus revue depuis quarante-sept ans. Je me souvenais d’un sourire éclatant, du visage décidé et rayonnant d’une jeune femme auréolée de cheveux noirs. C’est d’ailleurs à son sourire que nous l’avons reconnue, heureuse de repasser la frontière suisse, car elle aime profondément notre pays.


Avec elle, nous avons traversé le lac en «mouette», contemplé Guillaume d’Orange sur le mur des Réformateurs. C’est que C. est Hollandaise. En juin 1944, à 12 ans, elle et son frère de deux ans son aîné furent déportés à Westerbork (dont l’écrivaine Etty Hillesum, morte à Auschwitz, a raconté la réalité dans ses Lettres de Westerbork). Leurs parents, eux, étaient déjà morts en 1943 à Sobibor, conduits à la chambre à gaz dès l’arrivée du convoi. Nous n’avions jamais parlé de tout cela – la Deuxième Guerre mondiale, ça me semblait si loin quand j’avais 10 ans… Mais aujourd’hui? Avec combien de personnes pouvons-nous encore échanger, qui connurent les camps enfants?

 

A Westerbork, comme chacun, la petite C. a lutté pour sa survie. Tuberculose, typhoïde… l’hygiène est épouvantable, tout le monde souffre de dysenterie, les toilettes (appelées egg-racks, c’est-à-dire «cartons pour les oeufs») sont faites de longs bancs de bois percés de trous, où l’on s’assied côte à côte. Tous les mardis, un train part pour l’Est et les camps de la mort. La fillette voit l’humanité à nu – «depuis lors, c’est comme si je voyais à travers les gens». Et parfois, quand la réalité est trop dure, elle regarde au-delà des barbelés du camp, elle ferme à demi les yeux, ses cils d’enfant viennent se superposer et gommer les rouleaux de barbelés. Elle se dit à elle-même: «Ils ne peuvent pas te faire de mal, à l’intérieur de toi tu resteras toujours toi-même.» La réalité, pour un instant, est transcendée.


La fillette ne comprend rien à ce qui lui arrive. On lui dit qu’elle est juive, elle ne sait même pas ce que cela signifie, car ses parents l’ont baptisée et élevée dans la foi protestante. Après huit semaines, transfert à Theresienstadt. Deux jours debout, écrasés les uns contre les autres, dans des wagons à bestiaux. Là-bas, il arrivera aux enfants d’être chargés d’évacuer les cendres des déportés qui ne survivent pas. On vit chaque jour dans l’angoisse de figurer sur les listes de départs pour les camps de la mort. Un jour, le 5 février 1945, les gardes SS sélectionnent 1200 juifs parmi les 6000 qu’on a rassemblés. Lorsque C. et son frère montent dans le convoi, personne ne sait avec certitude où il conduit. Pour Joseph Kessel, qui l’écrit dans Les mains du miracle (1960), si le convoi, qui devait mener à Auschwitz, fut aiguillé vers la Suisse, c’est grâce à l’influence du Dr Kersten sur Himmler. Masseur connu, Kersten avait le pouvoir de calmer les terribles douleurs d’estomac dont souffrait le chef de la Gestapo, et en usait pour le convaincre d’épargner des milliers de juifs. «Le Dr Kersten m’arrache une vie à chacun de ses massages», aurait dit Himmler.


C. croit aujourd’hui plus fondée la thèse de l’historien H.G. Adler dans Theresienstadt 1941-1945, soit l’intervention de l’ancien conseiller fédéral Musy auprès de Himmler, Göring et du général Schellenberg: «Les Allemands perdaient la guerre, il semble que nous ayons été échangés contre des camions militaires.»
Au matin du 7 février, près de Constance, le convoi passe la frontière suisse, les déportés sont accueillis par la Croix-Rouge. «Nous étions libres! Depuis lors, chaque fois que je franchis la frontière de votre pays, c’est comme si j’entrais au Paradis.» Influence du Dr Kersten ou échange contre des camions, franchement, je m’en fous. Seule compte pour moi la joie de ces 1200 paires d’yeux qui, un jour de février 1945, virent la Suisse comme une terre de miracle.

 

18:33 | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook

Commentaires

Beau, émouvant, merci pour ce recueil DUDU !!!

Écrit par : charlie | 27/01/2015

Auschwitz la terreur

Jean-Paul 11, le fit-il?! projetait de fonder un Carmel en ces lieux.

La question d'un nouveau Temple se posant pour Israël...

Plutôt que de blesser, avec quelles représailles ! les Palestiniens par le projet d'un nouveau Temple à Jérusalem pourquoi ne pas apporter la Paix aux suppliciés d'Auschwitz pour, après un temps de prière... de méditation chaque religion le souhaitant participant Construire une superbe Maison Mère nouveau Temple du judaïsme de la Paix universelle dans nos cœurs, d'abord, chaque cœur devenant ainsi par un intime vœu d'union un élément de ce Temple puis le Temple se réalisant chacun le souhaitant participant à sa construction accueilli en frère (sœur).

Bras ouverts à tous. Pourquoi pas au fronton de ce Temple la Parole du prophète Osée par le moyen duquel Dieu a dit: "Je ne veux pas des sacrifices sanglants, je veux des cœurs repentants!"?!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 28/01/2015

@ tous les commentateurs anonymes
Pour rappel, je n'accepte de publier que les commentaires dont l'auteur m'est connu.
Pour ce faire, chacun peut continuer à utiliser le pseudo qui lui plaît mais, j'exige que l'adresse email utilisée soit correcte et je demande au commentateur de me communiquer son nom et son adresse via mon adresse e-mail.
De cette manière, le commentateur reste anonyme pour les lecteurs et je suis seul à connaître son identité. De mon côté, je m'engage bien évidemment à préserver et à respecter cet anonymat.

Écrit par : Duval | 28/01/2015

"mais jamais nous ne pourrons prendre réellement conscience de ce que fut la réalité"

Elle n'est pas bien loin en regardant la Série "Jusqu'au dernier - la destruction des Juifs d'Europe" diffusée sur la RTS en janvier 2015
-
"Septante ans dix après la libération du camp d’Auschwitz, cette série en huit volets explore une histoire qui s’enracine avant même le début du XXe siècle et se déploie aujourd’hui encore. Avec cette question: comment la « Shoah » a-t-elle pu être pensée, mise en place et exécutée? Une série exceptionnelle basée sur les recherches les plus récentes. Avec la participation d’historiens européens, américains et israéliens."

Diffusion des 8 épisodes:18,19,25 et 26 janvier que vous pouvez revoir, sur: https://www.google.ch/search?q=RTS+DEUX+JUSQU%27AU+DERNIER&ie=utf-8&oe=utf-8&gws_rd=cr&ei=x_nIVJH8AcPMygPenIL4CA
----

http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20150123.OBS0621/temoignage-d-auschwitz-a-buchenwald-la-marche-des-morts-vivants.html

http://www.andre-verchuren.com/evenements/dachau.html:

Écrit par : Patoucha | 29/01/2015

P.S. En cette vision du futur Temple je vois après le temps intense de prière, de méditation, de silence... arriver la Fête du Grand Pardon (Exode, Moïse, instructions pour un Temple.

Puis les souvenirs visibles effacés...

apparition progressive des terrains d'Auschwitz. Les visiteurs du monde entier, leurs enfants invités à venir "armés" de centaines de petits sachets de graines, oignons, etc. sous la houlette d'un mystérieux invisible Jardinier...Puis

début des travaux pour ce Temple de la Paix.

Je ne crois pas par hasard que cette suggestion atterrisse sur le blog d'un instituteur sachant prendre les choses à cœur.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 29/01/2015

Les commentaires sont fermés.