27/03/2015

Une éclipse qui éclipse la culture scientifique

eclipse.jpg


A l'heure où le DIP invite des orchestres plutôt louches et préfère emmener les élèves à des expos sur le "zizi", voilà que Jean Romain pose une question pertinente au Conseil d'Etat:


Question urgente écrite

Une éclipse de soleil, même partielle, est un phénomène rare. Ambiance particulière dans la nature, beauté, alignement quasi parfait des astres, voilà de quoi réjouir et intriguer les esprits. Ce phénomène céleste suscite donc des interrogations auprès de la population mais surtout auprès des élèves dont la curiosité est une richesse que l’on se doit d’exploiter.

Par ailleurs, on déplore le recul des études scientifiques, non seulement dans le choix des collégiens mais encore dans celui des étudiants universitaires, notamment en physique.

Or cette éclipse du 20 mars 2015 était prévue et attendue depuis des décennies ; on pouvait aisément la préparer durant les cours, l’expliquer, en montrer le mécanisme, et anticiper la sécurité absolue de son observation en prévoyant soit l’acquisition de matériel d’observation sûr (lunettes agréées) soit en confectionnant un sténopé.

 Alors que penser de ces chefs de service du DIP, ou de ces directeurs d’établissements scolaires qui ont interdit aux enseignants et à leurs élèves de sortir durant l’éclipse, relayant les croyances ancestrales, selon lesquelles il faut se calfeutrer pendant ces événements terrifiants ? Une telle attitude dénote non seulement de carences scientifiques et culturelles graves, mais également d’une conception de la pédagogie et de l’enseignement des plus discutables de la part de professionnels qui sont censés fonder leurs réactions sur la raison.

Il s’agit d’une occasion manquée, d’incompétences révélées au grand jour, et d’une image dommageable – une de plus - du DIP auprès de la population.

 

Mes questions sont les suivantes :

-          Comment se fait-il qu’au DIP il existe encore de pareilles balivernes qui contribuent à réduire l’image de la science à une simple reconnaissance de la « magie » des phénomènes naturels ?

-          D’où venaient les consignes, et pourquoi ne pas avoir sollicité l’avis de gens compétents, par exemple l’Observatoire de Genève ?

 

18:15 | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Facebook

Commentaires

Notre époque se nourrit d'un fantasme: celui de la maîtrise absolue des risques. Et glorifie son corollaire: le principe de précaution. Triste constat: là où, il n'y a pas si longtemps encore, prévalait le simple bon sens, on trouve aujourd'hui des lois, des ordonnances, des règlements et une auto-censure permanente, prônée par les béni-oui-oui dont la seule motivation est de ne jamais être responsable de quoi que ce soit. Les mesures prises pour empêcher les enfants d'assister à un spectacle naturel magnifique sont non seulement ridicules, mais elles démontrent bien toute l'incurie des hautes sphères du DIP: plutôt que d'instruire ou d'enseigner, on interdit. Pire encore: on ne fait confiance ni au corps enseignant, ni aux élèves. On doute de la capacité des maîtres à faire respecter des mesures de prudence et on cautionne l'idée qu'en édictant un interdit, on aura résolu les problèmes d'autorité. Là encore, le DIP se couche devant la bêtise et laisse aux sots le soin de mener la barque. Au secours!

Écrit par : Jean-Luc Wey | 27/03/2015

Oui, je sais des élèves qui se sont préparés, qui étaient équipés, et qu'on a empêchés de sortir, pour rester à l'abri du principe de précaution prôné par une société sclérosée. Ces élèves sont rentrés chez eux déçus et les larmes aux yeux. Dommage. Heureusement que certains profs ont défié l'interdit et sont sortis pour montrer le spectacle à leurs élèves.

Écrit par : Jean Romain | 27/03/2015

On se pince pour savoir si l'on rêve en lisant l'article.

Du moment que les élèves disposaient de lunettes adaptées comment ose-t-on évoquer la "magie" des phénomènes naturels en guise d'alibi destiné à les empêcher d'admirer un spectacle pour une fois non sophistiqué, truqué: un impressionnant spectacle présenté "à titre gracieux", pour "tous", donc! d'un phénomène naturel?!

Mis au courant, s'ils le furent, quelle fut la réaction des parents de ces élèves?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 27/03/2015

Le mot "magie" est de moi. Ce n'est pas un article, mais une question que je pose, en tant que député, au CE. Le DIP n'a évidemment jamais parlé de magie.

Écrit par : Jean Romain | 27/03/2015

Ce qui prouve bien que Monsieur Putallaz raconte parfois n’importe quoi. En plus il ne s’agissait pas d’une interdiction mais d’une recommandation, où comment faire du bruit pour exister.

Écrit par : Gilliéron | 28/03/2015

@ Jean Romain Appréciant la photo de Monsieur Duval excusez ma méprise.

La peur de "lésions oculaires irréversibles" ne fonde-t-elle pas l'interdiction faite aux enseignants et aux élèves de sortir durant l'éclipse?
Enseignant! comment pouvez-vous "regarder chaque enfant à la fois"?

Et comment savoir que tel élève qui fait mine d'ajuster encore mieux ses lunettes sur son nez est en train de les faire subrepticement glisser histoire de voir, malgré les mises en garde, "comment ça fait" l'éclipse vue sans les lunettes?

Donner congé aux enfants pour la matinée en question tout en insistant par le moyen du courrier adressé aux parents sur la nécessité à la maison d'être muni des lunettes appropriées pour regarder l'éclipse: processus administratif à enclencher pour l'obtention d'un "nouveau" congé?

Réaction éventuelle de certains parents: "Ils" trouvent le moyen, maintenant, rien que pour avoir congé, de supprimer une matinée d'école à nos enfants sous prétexte de leur permettre de regarder une simple éclipse"!

Mais, Jean Romain, votre "(...) réduire l'image de la science à une simple reconnaissance de la "magie" des phénomènes naturels présentait chefs de service du DIP ou directeurs d'établissements scolaires comme des personnes arrivant de villages extrêmement reculés, primitifs... d'une "brousse"! sans doute... en transmettant des croyances telles que "Si tu regardais l'éclipse, les esprits qui habitent à l'intérieur entreraient dans tes yeux pour te manger ton âme"!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 28/03/2015

Il me semble que pour être vraiment pertinente, la question à poser aurait dû être: Pourquoi le DIP n'a-t-il pas profité de cet événement exceptionnel puisqu'il avait largement le temps de s'y préparer, pourquoi ne s'est-il pas donné les moyens de permettre aux élèves d'assister à cette éclipse en toute sécurité?

Écrit par : Bouba | 28/03/2015

On se permet d'insister: y a-t-il dans le passé scolaire des accidents oculaires avec lésions, y compris lésions irréversibles, pour raison d'éclipse?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 28/03/2015

@Bouba
Bien pensé, bien écrit.

Écrit par : Mère-Grand | 28/03/2015

Il est évidemment fâcheux que l'on prive les élèves d'un spectacle stellaire inhabituel et rare. Et comme président d'un club d'astronomie, je comprends parfaitement la déception et la frustration des élèves. J'ai moi-même été privé d'éclipse - comme mes camarades de classe - lors de celle de 1961.

Je peux néanmoins comprendre, sans approuver, la position du DIP et celle des directeurs. Nous vivons une époque qui cherche des coupables lorsqu'un incident ou un accident survient. Et quelles que soient les précautions prises lors d'une éclipse, il est évident que l'on ne saurait affirmer qu'un accident oculaire est impossible. Le risque zéro n'existe pas. Cela étant dit, il est plus facile - et juridiquement plus confortable - d'interdire l'événement plutôt que d'accepter le moindre risque qui pourrait se retourner contre ceux qui l'ont pris.

Pas très glorieux peut-être, mais efficace. Pas d'éclipse, pas de risques, pas de procès, pas de sanctions, etc, etc...

Écrit par : Michel Sommer | 29/03/2015

Même si nous l'avions voulu, nous n'aurions pas pu observer l'éclipse, puisqu'il a fait mauvais temps.

Enseigante au cycle d'orientation, j'avais eu de la peine à imaginer les 600 élèves dehors , plus ou moins sans lunettes. Tout le monde semble penser que c'était au DIP d'acheter les lunettes, avec un budget que personne n'avait pensé à faire voter.
Un collègue m'a appris que l'école primaire de ses enfants a préparé le visionnement de l'éclipse depuis des semaines. Tous étaient équipés et briefés.
Et voilà que les nuages n'en ont fait qu'à leur tête . Là également, il a pu y avoir des larmes et une leçon de vie !

Nos élèves seront encore là pour la prochaine éclipse, nous peut-être plus. J'ai raté celle de 1999, parce qu'il pleuvait. Je n'ai pas l'impression d'avoir raté ma vie pour autant. J'ai appris que s'il y a encore une chose que l'homme ne commande pas, c'est la météo et je m'en accommode parfaitement, tout comme du timing des astres !

Écrit par : Calendula | 29/03/2015

Les commentaires sont fermés.