07/09/2015

Sur le choc des photos

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Je me souviens de ce que m'avait raconté un journaliste. En 1992, en reportage à la frontière désertique de la Somalie et du Kenya, l’un des photographes qui, comme lui, couvraient l’afflux des réfugiés somaliens à ce point frontière s’était attaché à photographier plus spécialement le plus maigre et rachitique des enfants, à la grande indignation de ses confrères..... Le média qui l’employait, par souci d’audimat, ne publierait-il pas justement ce cliché-là ?

Depuis lors, je me méfie toujours de ce que les médias diffusent...Cette histoire me laisse penser que, trop souvent, nous sommes bernés et que la réalité n'est pas forcément celle qui nous est présentée.

Au nom de l'audimat, des records de vente, des intérêts financiers, politiques, le monde est devenu une téléréalité.

Ainsi, l'horreur, comme la beauté, sont tronquées, falsifiées.

On magnifie la beauté de telle vedette à coup de photos complètement retouchées. Et dans les guerres menées ici et là par les grandes puissances, des vidéos sont là pour vanter la technologie millimétrée de «frappes chirurgicales». Finalement, quelle foi accorder aujourd’hui aux images : certaines personnes se demandent même si l’on a réellement marché sur la Lune ou si les photos de la Nasa ne seraient pas de la poudre aux yeux.

Alors?

La photo du petit noyé de Bodrum qui, récemment, a ému le monde entier, illustrant le drame vécu par tous ces malheureux migrants, les nombreuses morts, celles, atroces, des enfants, a suscité en moi, au-delà de l’émotion, tout un train de réflexions.

En voyant la photo de cet enfant gisant sur une plage, le visage mi-enfoui dans le sable, le corps encore à moitié dans l'eau, j’ai repensé à celle de ce journaliste peu scrupuleux. S’agissait-il du même cas de figure ? D’un grossissement de l’actualité de nature à en déformer la réalité ? Dans l’un des cas, on avait affaire à un photographe dépourvu de toute éthique professionnelle dont le but était de faire passer pour une situation générale le cas particulier d’un enfant rachitique et malade. Inversement, dans le cas du petit noyé, la situation reflète bel et bien la situation vécue par des milliers de naufragés. Dans les deux cas, la photo, chargée d’un énorme poids émotionnel, entend être symbolique, elle est censée prendre valeur d’exemplarité.

Mais dans le premier cas, le symbole est trompeur. Le public ne sait rien des conditions dans lesquelles les photos sont prises. Sans aucun doute, certaines photos – comme jadis celle de la fillette nue fuyant devant une pluie de bombes au napalm - ont le pouvoir d’agir et de secouer la coupable indifférence des gens.

La photo du garçonnet de Bodrum a ce pouvoir-là, elle a contribué à déclencher un immense élan de solidarité en Allemagne et ailleurs. Quand les temps sont aussi troublés qu’aujourd’hui, le public doit espérer que les médias, plus que jamais, aient le souci de l’éthique et de l’objectivité, et opèrent les bons choix dans leurs mises en perspective imagées.

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Commentaires

A force de tirer sur la ficelle de l'émotionnel elle va finir par casser.

Écrit par : norbert maendly | 07/09/2015

Bravo, cela reflète exactement ce que je pense quant au rôle des médias. Soit information pure = un peu, manipulation = près de la moitié, quant à la désinformation, difficile de s'y retrouver car elle est souvent masquée par de soi disantes bonnes intentions. Bref, chaque citoyen devrait prendre son rôle de critique au sérieux afin de faire pièce à certains médias. Tout un programme!

Écrit par : Schneeberger Rolland | 07/09/2015

Irak/Turquie, information diffusée par le journal "20 Minutes" en date du 11 septembre 2015 à 18:10.
«Le père d'Aylan est un trafiquant»

Zainab Abbas, une Irakienne qui a perdu deux enfants dans le drame qui a vu mourir le petit Aylan il y a un peu plus d'une semaine, accuse le père du garçon de trafic d'êtres humains.


Elle a déclaré que sa famille avait voyagé jusqu'à Istanbul puis vers Bodrum, sur la côte turque, essayant pendant près de deux semaines de se rendre en Grèce.
«Tout le monde parlait de cet itinéraire, donc on a décidé qu'on partirait, pour une vie meilleure», a-t-elle déclaré dans un premier temps.

Quand je lis de tels chiffres, je suis en droit tout de même de me poser des questions ...

"Elle explique également avoir payé 10'000 euros (€) pour effectuer le voyage entre Bodrum et Kos."

"«C'était un trafiquant d'êtres humains et il était le capitaine du bateau, affirme Lara Tahseen sur Skynews Australie, repris par le «Daily Mail», en se basant sur le récit de sa tante. Il naviguait comme un fou. Le bateau allait beaucoup trop vite et il a chaviré à cause d'une haute vague»."

Mise en garde pour ceux qui voudraient cliquer sur le lien ci-dessous, les photos sont vraiment insoutenables, donc, âmes sensibles s'abstenir ...

http://www.20min.ch/ro/news/monde/story/-Le-pere-d-Aylan-est-un-trafiquant--20948468

Écrit par : Victor-Liviu Dumitrescu | 12/09/2015

" VLD Ca ne m'étonne en aucun cas.

Souvenez-vous de l'interrogation de Jérôme Desmeules qui a dit : "C'est étonnant pour un réfugié; qui fuit son pays parce qu'il est en danger, qu'il retourne en Syrie pour enterrer sa famille ?"

Et pour cela J.Desmeules a déjà reçu une quinzaine de menaces de mort!!!!!!!

Vous connaissez la chanson: "celui qui dit la vérité, il sera........!

Écrit par : Corélande | 12/09/2015

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