29/09/2015

Ouvrirait-on les yeux chez nos voisins français?

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On me fait parvenir un article paru dans "Libération" ce 21 septembre, sous la plume de Monsieur François Jacquet-Francillon, Professeur émérite des sciences de l'éducation à l'université de Lille-III.

Un texte qui en dit long et dont nos "experts" de la Faculté de psychologie et des sciences de l'éducation de Genève ainsi que le DIP feraient bien de s'inspirer...

A la base du travail scolaire, l’exercice répété !

Au-delà de la réforme des programmes, combattre l’échec et le décrochage des élèves passe aussi par la façon d’apprendre. Face à des élèves happés par les écrans, et qui écrivent de moins en moins, la répétition d’exercices est encore une méthode valable pour acquérir les «contenus».

Ecoutons les professeurs des collèges. De leur métier, ils disent souvent qu’il les passionne ; mais aussi qu’il devient fatigant, éprouvant, pénible parce que le simple maintien de l’attention des élèves exige d’incessantes interventions, et parce que l’imposition des tâches, notamment les devoirs «à la maison», se heurte à l’indifférence et à la passivité des adolescents. Un tel courant d’hostilité au travail scolaire doit nous alerter. En l’occurrence, les professeurs évoquent aussi bien les zones sensibles que les milieux dits «favorisés». Ils ne parlent pas de violence ; il s’agit d’autre chose, une sorte de nonchalance qui se généralise, sans attirer beaucoup l’attention des spécialistes.

Or, tout explique cette situation. D’abord, une pratique d’enseignement de plus en plus «interactive» et négociatrice. C’est cette pratique, attendue par la société adulte, qui pousse les syndicats à revendiquer toujours moins d’élèves par classe. Ensuite, des sociabilités juvéniles de plus en plus indépendantes et opposantes ; une vie familiale de plus en plus bienveillante ; l’emprise des technologies de la communication ; l’influence des industries culturelles et de leur vision festive de la culture (songeons au discrédit qui frappe la valeur du sérieux). Bref, des mœurs qui, dans l’école et hors de l’école, produisent ce qu’il faudrait appeler un parolisme : le règne de la discussion à tout propos, et de chacun avec tous. De surcroît, ces élèves qui parlent de plus en plus écrivent de moins en moins : d’où leur désintérêt pour la langue écrite et cultivée, tandis que la langue orale fleurit pour d’autres raisons.

Dans ces conditions, comment combattre l’échec scolaire massif, et notamment endiguer le «décrochage» précoce ? Par une réforme des programmes ? En supprimant des filières sélectives ? En organisant des «activités» interdisciplinaires ? Peut-être. Mais intéressons-nous d’abord au travail scolaire et, disons-le, à ce qui en est le centre de gravité : l’exercice ! C’est probablement par là qu’il faut commencer. Sans l’exercice - certains exercices, répétés de semaines en semaines, de mois en mois, d’années en années, aussi intelligents que possible, bien sûr -, la création des habitudes intellectuelles est entravée et retardée, voire impossible, de sorte que les acquisitions de «contenus» deviennent fragiles, bien plus qu’elles ne le sont, forcément, dans l’âge tendre.

Sous la IIIe République, les instituteurs imposaient jusqu’à quatre dictées par semaine lorsqu’ils préparaient leurs élèves à l’examen du certificat d’études. Et du côté des méthodes actives, quand Célestin Freinet prônait le «texte libre» en guise de rédaction, il avait en vue une pratique quasi quotidienne…

Pourquoi cette nécessité, pourtant admise lorsqu’il s’agit d’habiletés sportives ou musicales, nous apparaît à l’école rébarbative, fastidieuse ou ennuyeuse ? Dans le même sens, pourquoi a-t-on oublié qu’un enfant, qui comprend moins bien ou moins vite, a besoin de travailler davantage, plus lentement donc plus longtemps ? Mais, c’est bien à ces questions que répondent les familles qui, pour compenser le déficit de l’école, recourent aux aides privées et payantes (cours, stages, soutiens scolaires, etc.) que leur proposent des officines spécialisées, en expansion continue jusque dans des villes de taille modeste. Il y a là un système scolaire parallèle en gestation, mais dont l’existence et les motifs sont, eux aussi, ignorés par nos gouvernants. Pouvons-nous nous en contenter ?

 

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22/09/2015

Une loi ne tombe pas du ciel!

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C'est à la suite d'un long travail en commission que les députés du Grand Conseil débattent, en plénière, du bienfondé d'un projet de loi. Durant des mois, les auditions se sont succédé et chacun a pu ainsi faire valoir son point de vue.

 

Ainsi, les directeurs d'établissement du primaire ont eu l'opportunité de se faire entendre, de même que les enseignants, via leur syndicat, la SPG. C'est donc en toute connaissance de cause que les députés prennent leurs décisions et votent en conséquence.

Aujourd'hui, je m'étonne alors des réactions soudaines de la part de certaines personnes. Voilà des années que ces directeurs avaient l'occasion de justifier leur emploi du temps en répondant à mes nombreuses "attaques", jamais l'un d'entre eux n'a cru bon de le faire...Et voilà que, tout soudain, ils sortent de leur trou pour hurler au loup, railler et dénoncer le récent vote du GC qui, récemment, a décidé d'inscrire dans la loi que "les directeurs d'établissement consacrent une partie de leur temps de travail à l'enseignement".

Raison pour laquelle, le député Jean Romain a publié sur son mur "facebook" le commentaire suivant:

PRIMAIRE : « Les directeurs d’établissement consacrent une partie de leur temps de travail à l’enseignement. » Voici ce que le Grand Conseil a inscrit dans la toute nouvelle loi sur l’Instruction publique. On peut effectivement comprendre que cette décision ne soit pas appréciée de la part de certains fonctionnaires du DIP, mais il faut préciser trois choses :

1. Il s’agit d’une bagarre politique de longue date et pas d’une décision du dernier instant. Depuis le début, l’ARLE... s’est opposée à l’idée des directeurs ; André Duval n’a cessé d’argumenter pour en diminuer le nombre (qui a finalement passé de 92 à 58). Je n’ai cessé depuis 2009 au Grand Conseil d’aller dans le même sens : ne pas augmenter le nombre de chefs et d’adjoints au chef. Au contraire : diminuer le nombre de chefs, de « chercheurs » en éducation, de secrétaires, sous-secrétaires, notamment. On diminue ainsi la masse salariale et, au front, les profs seront plus efficaces car moins encombrés par les infinies démarches administratives dont le principal but est de justifier la présence des chefs.
2. Dire que les députés ne connaissent pas la réalité « du terrain » est un argument spécieux : d’abord parce que bon nombre d’entre eux connaissent bien le métier, dans les 3 ordres d’enseignement. Ensuite, c’est un argument de perdants : il n’est pas besoin, en tant que député, d’être un professionnel des EMS pour avoir à trancher sur ce dossier, et cela vaut pour tous les dossiers. Jusqu’à nouvel avis, ce sont aux élus du législatif de faire des lois, et pas aux seuls spécialistes.
3. Derrière la bagarre sur ce thème, il y a un tout autre enjeu : la réforme de la fonction publique. L’armée mexicaine des services du DIP doit être revue à la baisse ; les profs auront ainsi plus d’efficacité.

Il y a des fonctionnaires nécessaires (et je défends la fonction publique) et d’autres dont il faut revoir le statut ainsi que leur réelle nécessité. Clemenceau disait que la France était un pays étonnamment fertile. On y plante des fonctionnaires, il y pousse des impôts.

 

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18/09/2015

Les directeurs d'établissements primaires devront enseigner!

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Enfin!

Cela fait des années que, avec l'Arle d'abord, puis ensuite sur ce blog, j'ai dénoncé et critiqué ces postes de directeurs d'établissement à l'école primaire.

Pour plusieurs raisons et notamment sur leur nombre, qui en faisait des "placards dorés",. ainsi que sur le fait qu'il serait souhaitable que ceux-ci accordent une partie de leur temps à des heures d'enseignement.

Madame Anne Emery Torracinta  nous a donné raison, il y a peu, sur la question du nombre de postes puisqu'elle a admis des erreurs d'évaluation et que, donc, il était nécessaire de le réduire, assez drastiquement, comme nous le proposions, pour passer de 93 à 58 postes.

Et voilà que hier soir, enfin, malgré les tentatives désespérées du PS, grâce au vote majoritaire du Grand Conseil, nous obtenons une nouvelle victoire significative puisque nos députés ont décidé d'inscrire dans la loi que "les directeurs d'établissement consacrent une partie de leur temps à l'enseignement".

Au grand dam de Madame la Présidente qui en était livide...

Reste maintenant à savoir quelle sera exactement cette "partie de leur temps" et de quel enseignement il s'agira. En ce qui me concerne, je suggèrerais que ces directeurs enseignent à un taux proportionnel à la grandeur des établissements dont ils ont la responsabilité tout en ayant l'obligation de remplir un minimum d'heures requises. Il serait en outre fort apprécié qu'ils soient alors chargés d'heures d'appui pour les élèves en difficulté scolaire.

 

Ah oui, je ne peux m'empêcher de penser que j'en connais quelques uns qui ont dû mal dormir...

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16/09/2015

Le DIP retiendra-t-il la leçon?

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Afin de "faire moderne", le DIP serait prêt à n'importe quelles dépenses, même exorbitantes. Peu importe que cette nouveauté soit parfaitement stupide puisque inutile.

 

Je vous le disais dans deux précédents billets!

- On vit dans un monde de fous (avril 2014)

- 5 millions pour le DIP (juin 2014)

Eh bien ça tombe bien puisqu'on apprend via la TdG du jour que "Le numérique ne fait pas de miracle à l'école"! C'est en tout cas ce qui ressort de l'étude de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). Ainsi, les pays qui ont investi massivement dans le numérique n'ont pas enregistré d'amélioration notable des résultats.

"Il ne suffit pas d'équiper massivement les élèves et leurs classes d'outils numériques pour obtenir une amélioration des résultats... Les pays qui ont beaucoup investi dans le numérique n'ont pas enregistré d'amélioration notable des résultats en compréhension de l'écrit, mathématiques et sciences, souligne l'OCDE".

Au DIP genevois, certains feraient bien d'ouvrir les yeux...

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07/09/2015

Sur le choc des photos

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Je me souviens de ce que m'avait raconté un journaliste. En 1992, en reportage à la frontière désertique de la Somalie et du Kenya, l’un des photographes qui, comme lui, couvraient l’afflux des réfugiés somaliens à ce point frontière s’était attaché à photographier plus spécialement le plus maigre et rachitique des enfants, à la grande indignation de ses confrères..... Le média qui l’employait, par souci d’audimat, ne publierait-il pas justement ce cliché-là ?

Depuis lors, je me méfie toujours de ce que les médias diffusent...Cette histoire me laisse penser que, trop souvent, nous sommes bernés et que la réalité n'est pas forcément celle qui nous est présentée.

Au nom de l'audimat, des records de vente, des intérêts financiers, politiques, le monde est devenu une téléréalité.

Ainsi, l'horreur, comme la beauté, sont tronquées, falsifiées.

On magnifie la beauté de telle vedette à coup de photos complètement retouchées. Et dans les guerres menées ici et là par les grandes puissances, des vidéos sont là pour vanter la technologie millimétrée de «frappes chirurgicales». Finalement, quelle foi accorder aujourd’hui aux images : certaines personnes se demandent même si l’on a réellement marché sur la Lune ou si les photos de la Nasa ne seraient pas de la poudre aux yeux.

Alors?

La photo du petit noyé de Bodrum qui, récemment, a ému le monde entier, illustrant le drame vécu par tous ces malheureux migrants, les nombreuses morts, celles, atroces, des enfants, a suscité en moi, au-delà de l’émotion, tout un train de réflexions.

En voyant la photo de cet enfant gisant sur une plage, le visage mi-enfoui dans le sable, le corps encore à moitié dans l'eau, j’ai repensé à celle de ce journaliste peu scrupuleux. S’agissait-il du même cas de figure ? D’un grossissement de l’actualité de nature à en déformer la réalité ? Dans l’un des cas, on avait affaire à un photographe dépourvu de toute éthique professionnelle dont le but était de faire passer pour une situation générale le cas particulier d’un enfant rachitique et malade. Inversement, dans le cas du petit noyé, la situation reflète bel et bien la situation vécue par des milliers de naufragés. Dans les deux cas, la photo, chargée d’un énorme poids émotionnel, entend être symbolique, elle est censée prendre valeur d’exemplarité.

Mais dans le premier cas, le symbole est trompeur. Le public ne sait rien des conditions dans lesquelles les photos sont prises. Sans aucun doute, certaines photos – comme jadis celle de la fillette nue fuyant devant une pluie de bombes au napalm - ont le pouvoir d’agir et de secouer la coupable indifférence des gens.

La photo du garçonnet de Bodrum a ce pouvoir-là, elle a contribué à déclencher un immense élan de solidarité en Allemagne et ailleurs. Quand les temps sont aussi troublés qu’aujourd’hui, le public doit espérer que les médias, plus que jamais, aient le souci de l’éthique et de l’objectivité, et opèrent les bons choix dans leurs mises en perspective imagées.

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