07/03/2016

Une école qui nivelle par le bas?

devoirs.jpg

Pendant les vacances de février, j'ai eu le plaisir d'accueillir au chalet quelques amis. Parmi eux, un jeune couple et leur adorable petite fille, Antoinette.

J'aurais aimé que certains experts, au DIP, voient les yeux pétillants de cette petiote de 6 ans lorsqu'elle s'attablait avec son père pour "faire ses devoirs"! Si, si, vous avez bien lu, ses "devoirs à domicile". Même pendant les vacances!

Il faut dire qu'Antoinette est scolarisée dans le privé, un choix mûrement réfléchi par ses parents et que j'approuve de plus en plus au vu de ce qui se passe dans nos écoles publiques...

Car, voyez-vous, c'est avec une fierté et un plaisir non dissimulés que la fillette s'amusait à démontrer à ses parents tout ce dont elle est capable. Stimulée par ses parents, elle faisait preuve par ailleurs d'un immense désir d'apprendre. Ainsi, elle découvrait de nouveaux textes de lecture, elle s'entrainait à écrire en suivant au mieux les lignes de son cahier d'écriture, elle découvrait de nouveaux mots de vocabulaire (eh oui!) que sa mère glissait astucieusement dans de minis dictées dont Antoinette raffolait, elle tenait de petites conversations en anglais avec l'un ou l'autre, enfin elle résolvait des situations mathématiques pas si simples que ça.

Eh bien, dorénavant, à Vernier, école des Ranches, c'en est fini de tout ça.

Les devoirs à domicile ont beau être inscrits noir sur blanc dans le règlement de l'enseignement primaire, les directions d'établissement semblent pouvoir en faire qu'à leur tête puisque la décision de ne plus en donner dans cette école a été prise à la rentrée scolaire 2015.

"Un projet pilote dicté par un constat d’échec des travaux donnés à faire à domicile. Ce sont les bons élèves qui effectuent leurs devoirs à la maison, ceux qui en auraient le moins besoin» s'exclame une enseignante...

Sous ce prétexte on empêche les "bons" élèves de bénéficier de cet apport. De quel droit?!

Ces devoirs posent problème, pas de souci, au lieu de le résoudre, il y a plus simple, on n'en parle plus. Et tant pis pour ces élèves pour qui cette tâche est bénéfique, valorisante, élévatrice. Tant pis pour les parents attentifs qui désirent s'investir, soucieux de suivre ce que font leur enfant à l'école, des parents raisonnables, conscients et surtout responsables! On s'aligne plutôt sur les autres....bref, on fait simple, on nivelle par le bas.

Vive l'opacité, circulez, il n'y a rien à voir, signez des chèques en blanc et dormez tranquilles, "on" s'occupe de votre progéniture.

A noter par ailleurs que la direction de l’établissement en question a décidé d'intégrer ces devoirs (non plus à domicile) à la grille horaire des enfants!

Voilà qui semble pour le moins bizarre. Car, c'est mathématique... Ce temps accordé aux "devoirs", inséré dans la grille horaire de l'écolier,  ne peut pas tomber du ciel. Il est pris au détriment du temps d'enseignement obligatoire attribué à chaque discipline enseignée. Mais, là encore, pas de problème puisque "le Département de l’instruction publique laisse une certaine marge de manœuvre aux établissements dans la gestion des devoirs à domicile".

Soyons rassurés pourtant, "la stratégie fonctionne, assurent en cœur direction et corps enseignant de l’école, les résultats sont là et un bilan de l’expérience sera réalisé à la fin de l’année".

Par qui s'il vous plaît?

Soyons sérieux, aucun des protagonistes de cette pitrerie ne la désavouera. J'y mets ma main au feu.

Gagnons du temps, voulez-vous que je vous fasse ce bilan tout de suite...?

16:47 | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook

Commentaires

Oui, en matière scolaire, les idées fausses se bousculent avec pétulance, plus colorées, plus héroïques, plus définitives et autoritaires les unes que les autres. Plus recyclées aussi dans cette pétaudière divertissante qu’est notre école. Infatigables. Increvables. Comme l’humanité même dont elles sont la quintessence assainie, la fine fleur, l’expression esthétiquement épurée, parfaite, le long chef-d’œuvre intarissable de la bêtise.

Écrit par : Jean Romain | 07/03/2016

Merci Valdu! Ainsi que pour votre fidélité !

Écrit par : Duval | 07/03/2016

Voilà qui nous éclaire:http://m.lecourrier.ch/137139/pas_de_devoirs_a_domicile
Le mercredi matin, ça leur faisait trop!

Écrit par : Joey | 07/03/2016

On rentre du boulot et on n'a qu'une envie: décompresser et passer à autre chose, regarder la télé ou lire un bouquin... et il y a aussi un repas à préparer. Mettre la table. Réparer la lampe du salon... Et voilà que l'enfant arrive, avec ses devoirs. Et un problème de maths qu'il ne comprend pas. Ou du voc à savoir. Ou une poésie à apprendre. Flûte!
Alors, parce qu'on a un brin de conscience, on s'y met, en grommelant intérieurement, et on donne le coup de main souhaité.
Instants privilégiés. Ces devoirs communs - scolaires pour l'un, moraux pour l'autre - soudent les générations et placent l'effort là où il devrait être: au centre de toute vie. L'effort sans lequel on perd ses repères, s'imaginant que l'excellence peut s'acquérir au rabais ou que l'échec est toujours provoqué par un malheureux concours de circonstances.
J'ai détesté les devoirs. Je n'ai pas trop aimé les faire faire. Mais si je n'en avais pas eu, un important fragment de la vie quotidienne me serait inconnu. Et je ne serais sans doute qu'une partie de moi-même.

Écrit par : Jean-Luc Wey | 08/03/2016

Le problème qui n'est pas évoqué dans cette problématique ce sont les nouveaux outils "pédagogiques", sorte de nouvelle langue, rendant hermétique le savoir ou mieux, sa transmission. Nombre parents sont désarçonnées par les énoncés, les thèmes, la manière de rendre obscur l'élémentaire ! Au-delà de cet abandon, lâche et que les enfants ne mérite pas, il y a ce mur que certains veulent ériger entre l'école et les familles, un peu comme si ces nouvelles méthodes n'avaient pour but que de sanctuariser des groupes de "connaisseurs" maîtres et seigneurs à bord du navire "Ecole". Et on s'étonne que bien des enfants se sentent perdus et leurs parents avec?

Écrit par : uranus2011 | 08/03/2016

Comme souvent avec les pédagogos, on confond la cause avec le symptôme. Si les devoirs posent problème aux enfants, c'est bien qu'ils en ont besoin!

Par ailleurs, votre histoire m'a bien fait plaisir, André. Ma fille ressemble beaucoup à votre description d'Antoinette: les devoirs ne sont jamais une bagarre pour elle, mais bien un plaisir d'apprendre. À tel point que nous devons insister pour qu'elle ne se lève pas plus tôt le matin pour les faire! Pensez-donc, ce serait trop long d'attendre le retour de l'école pour s'y mettre ;-) Heureusement que son école (publique) les pratique encore...

Écrit par : mister G | 10/03/2016

Les commentaires sont fermés.