04/02/2017

Je l’ai échappé belle

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- Ho Cyprien, quoi de neuf ?

- Ben, ça va, je me remets gentiment…

- Quoi, qu’est-ce qui t’est encore arrivé ?

- T’as pas su ? J’ai un peu décon….

- Non, je sais rien, raconte !

- Cet automne, j’ai vu qu’au mayen, y avait une tuile qui s’était déplacée sur le toit du mazot…

- Aie, je la sens mal ton histoire

- Heu, oui, pas faux. Tu vois, j’ai installé l’échelle pour accéder au faîte du toit. Une fois le boulot terminé, au moment où je m’apprêtais à redescendre, voilà que l’échelle a glissé, basculé, je me suis payé une lourde chute d’environ trois ou quatre mètres !

- Et ?

- A moitié KO ! J’arrivais plus à respirer, des douleurs partout.

- Punaise, t’as fait quoi alors ?

- Heureusement que j’étais accompagné, je sais pas comment, j’ai pu me traîner jusqu’à la voiture…

- Mais ? T’es cinglé, il fallait appeler l’hélico, c’est super dangereux de bouger après une chute pareille.

- Rétrospectivement, oui, je m’en rends bien compte. Bref, je t’explique pas le trajet jusqu’aux urgences de l’hôpital de Sion…l’horreur à chaque bosse, chaque virage.

- Mais t’avais quoi ?

- Ils m’ont extrait de la voiture, j'ai cru crever! Minerve, goutte à goutte, scanner, la totale… verdict, huit côtes fracturées ainsi que l’omoplate et deux vertèbres fissurées…un peu plus c’était la petite chaise !

- Quelle horreur, les côtes, il paraît que c’est hyper douloureux !

- Ouais, c’est pas mal. Il a fallu me mettre une péridurale pour anesthésier tout le torse, ainsi qu’un drain pour vider la poche d’eau qui s’était formée à la suite de la compression du poumon.

- Pfffff, j’ose pas imaginer. Et, du coup, tu es resté combien de temps à l’hosto ?

- Onze jours. Je dois dire qu’ils se sont vraiment bien occupés de moi. Bon, comme dans tous les hôpitaux, une fois que tu n’es plus aux soins intensifs, la chanson n’est plus la même…

- C’est à dire ?

- Ben, y a un manque de personnel. Tu dois très vite te débrouiller sans trop d’aide, c’est pas évident. Sur le moment, j’avoue que je me suis énervé quelques fois, mais bon, dans l’ensemble je peux pas me plaindre, ils ont été à la hauteur quand même.

- Heureusement que tu as une bonne assurance ! La facture a dû être salée.

- Onze jours d’hosto en pension complète avec tous les soins, trois scanners, des radios à n’en plus finir, les médocs, etc. Combien tu crois?

- Aie, je sais pas. A Genève, je pense que c’est un truc à quinze mille balles environ.

- Tu crois, autant que ça ! Parce que, en effet, j’ai été super étonné… 5500 francs tout compris !

- Quoi !!! Alors là, tu m’étonnes, c’est vraiment incroyable. Je comprends un peu mieux les différences de primes entre les cantons…

- Ouais ! La-dessus, t’as le temps ? On s’en jette un petit ?

 

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Commentaires

Les montagnes du Fouta Diallon sont probablement ce qui se fait de pire pour se déplacer en voiture. Les pistes sont des escaliers avec des marches irrégulières. Vous avancez au mieux à l'allure du pas et le passager se prend des crampes au biceps droit, du côté où il y a une poignée pour s'accrocher. La nuque, le dos : l'horreur. Après des heures de route depuis Mali (la ville, pas le pays), on arrive enfin, mon chauffeur et moi, à l'endroit où se trouve la foreuse, in the middle of nowhere...
Tout de suite, on m'amène vers l'animateur du projet, celui qui organise les comités de point d'eau avant les forages. Il se déplace sur une petite moto 125 cm3 de terrain. En descendant vers la plaine, un cobra a traversé juste devant lui. Il a freiné en panique et s'est cassé la figure, exactement comme votre description : côtes cassées, genou très mal en point...Et il a très mal. Heureusement, j'ai des analgésiques dans ma trousse et je lui mets une attelle au genou. Le lendemain, mon chauffeur prend sa moto et moi la Toyota dite Hilux, en réalité très low lux. Avec l'animateur tout cassé derrière. Je fais de mon mieux pour gravir les escaliers mais le type passe un très mauvais moment. En Afrique, on ne se plaint pas. Culturellement, c'est le point où nos deux mondes diffèrent le plus, et c'est sur notre manque de résistance à la douleur que les Africains nous méprisent le plus. Malgré tout, cela se voit qu'il en bave...
Après des heures de piste, le type a besoin de pisser. Heureusement, il a une morphologie de sahélien : très fin, pour résister à la chaleur. Mais j'étais seul...Au moment où je le remets dans la voiture, passe une petite moto. Le médecin du dispensaire du bled devant nous. Il nous donne un instrument un peu en forme de porron pour uriner sans se déplacer. Après huit heures de route, on arrive à Labé et je le remets à l'hôpital, plutôt content de ce que j'ai accompli. Ses collègues animatrices, deux expatriées françaises, vont le trouver à l'hôpital le lendemain : il n'a vu aucun personnel soignant, et n'a reçu aucun soin. Il a fallu remobiliser un de nos véhicules pour l'envoyer dans un hôpital tenu par des Canadiens, à 450 km de là...
Il n'est jamais revenu à Labé et a gardé l'urinoir...
C'est ça, l'Afrique, patron.

Écrit par : Géo | 04/02/2017

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