26/07/2017

Six raisons qui expliquent le burn-out des profs

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Jean Romain réagit à un article paru récemment dans la presse genevoise :

 

Jean Romain, député, écrivain

On apprend que cinq ans après la fin de leurs études, entre 20 et 30% des nouveaux maîtres d’école ont déjà quitté le métier. Ils ne le supportent plus, et le rêve initial s’est transformé en cauchemar. Pour les soutenir, leur association faîtière propose de mettre en place un système de mentorat, avec des tuteurs formés et rémunérés. Il s’agirait au fond de soutenir les jeunes collègues pour leur permettre de passer ce mauvais tournant. Mais la mesure n’est pas très intelligente car le mal vient de plus loin. Il n’est pas seulement dû à une faiblesse momentanée.

C’est que le métier de professeur a changé du tout au tout en vingt-cinq ans.

D’abord, il ne s’agit plus de transmettre un savoir ni de se faire le passeur de l’héritage culturel, mais d’animer les classes. Aux exercices répétitifs, on a préféré les activités; au travail, le jeu; à la règle, l’option. Le mode «cool» est branché en permanence sur l’école, qui est devenue une sorte de gardiennage dans lequel le prof est réduit à tenter de maintenir un ordre sans cesse vacillant. Peu soutenue par sa hiérarchie, son autorité est partout contestée: par ses élèves (ce qui est de bonne guerre), mais également par les parents, qui entendent participer à la cogestion des cours, reformuler les barèmes, s’exprimer sur le contenu et la méthode; par les directions enfin, qui ne défendent plus leurs maîtres et les laissent seuls exposés à la critique externe. Les directions ne font plus leur travail de soutien.

Ensuite, l’enseignement est un art, et ceux qui sont incapables de l’exercer en ont fait une science. Un des facteurs centraux de la péjoration du métier provient directement des HEP et de l’IUFE, carcans idéologiques et passablement indigents, qui se prétendent les garants des «sciences de l’éducation». Moins longtemps les futurs enseignants seront exposés à cette idéologie désastreuse de «l’élève au centre», mieux ils se porteront.

De plus, la difficulté éducative que rencontrent bien des parents, le laxisme ambiant, le désarroi, l’interrogation permanente sur les valeurs à promouvoir les ont poussés à demander à l’école de faire ce qu’elle n’a pas vocation de faire au premier chef: éduquer. L’école doit instruire, l’éducation est d’abord l’affaire des familles. Ce glissement progressif de l’instruction vers l’éducation a transformé le professeur en éducateur, ce qu’il n’est pas, et ce qu’il ne veut pas être. Et le stress est démultiplié.

En outre, la dévalorisation sociale des professeurs (des fonctionnaires planqués qui ont trop de vacances) a fait de ce métier un métier trop exposé à toutes les critiques. Le professeur, ordinaire serviteur de l’Etat républicain, est devenu celui qui doit mettre de bonnes notes parce que le droit aux études est devenu un droit aux résultats. Et la pression sur lui est énorme, pression parentale mais aussi pression hiérarchique.

A cela s’ajoute l’inflation bureaucratique qui a transformé le métier. L’Etat a tellement peur des recours, des plaintes et des réactions diverses qu’il se blinde; et les profs doivent sans cesse remplir des formulaires, justifier par écrit leurs moindres démarches, écrire des lettres, faire des statistiques, qui s’ajoutent à la réunionnite, aux animations diverses, aux sorties infinies, aux préparations festives, pour rendre l’école ludique.

Enfin, l’école est l’objet de toutes les réformes, en rafales. Les nouveautés à peine intégrées sont rendues obsolètes par de nouvelles réformes absurdes, et cette danse incessante contribue à l’instabilité du métier.

Dans ce contexte, le métier a changé de nature, et l’appui d’un collègue chevronné ne suffit pas à refonder une stabilité scolaire. Avec l’autorité à l’école en déliquescence, c’est l’autorité de l’école qui s’efface. Il ne s’agit pas de revenir à l’école traditionnelle ni de remettre au goût du jour des recettes de grand-papa; il s’agit de prendre un nouveau départ mais sur de tout autres bases que celles en vigueur aujourd’hui. Il s’agit de refaire l’école.

 

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Commentaires

Lorsque l'on s'aperçoit que l'on s'est trompé de route, ou de chemin, que fait-on?

Marche arrière puis... re départ jusqu'au point du chemin où tout allait au mieux, jouait... après quoi si on ne sait, on s'informe... jusqu'au moment où l'on est en mesure de repartir du ou d'un bon pieds à condition, évidemment, de savoir où l'on va.

L'école ne subit-elle pas, en ses différents domaines, la crisea que traversent nos sociétés?

Autrefois, en plus de l'éducation à la maison par les parents, c'est en enseignant que l'instituteur éduquait.

L'école était l'école.

Le jeu, le jeu.

Un éducateur est un animateur.

Un enseignant, un maître.

Manque de respect contemporain absolu des parents vis-à-vis des enseignants "dévorés" à belles dents par les parents le plus souvent devant comme avec leurs enfants. par devant, donc, avec leurs enfants.

Enfants, selon lesquels, dirigeants et autres "travailleurs sociaux" attendus pour demain.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 26/07/2017

bonjour, excellent article de Jean Romain. Refaire l'école c'est rappeler aux parents qu'ils sont les seuls responsables de l'éducation de leurs enfants. rappeler que l'école est là pour les instruire. exiger des enseignants une attitude de plus en plus ferme vis à vis de leurs élèves. exiger du DIP qu'il les soutiennent. l'IFMES était une excellente formule de formation théorie/pratique. le IUFE est un échec. Finalement on nait enseignant ou on ne l'est pas. il faut que la formation aide au jeune enseignants à mettre en valeur ses talents innés d'enseignants.
refaire l'école c'est lutter contre la démission des parents.
André Rochat

Écrit par : rochat | 28/07/2017

"Il ne s’agit pas de revenir à l’école traditionnelle ni de remettre au goût du jour des recettes de grand-papa; il s’agit de prendre un nouveau départ mais sur de tout autres bases que celles en vigueur aujourd’hui. Il s’agit de refaire l’école."

Alors projetez-vous dans le futur immédiat qui consiste principalement à utiliser la technologie que vous questionnez régulièrement dans vos billets sur des points aussi anodins que la distribution de tablettes alors que les cours gratuits en lignes prolifèrent de manière exponentielle.
Il s'agit de responsabiliser les jeunes dès le début et leur faire comprendre que s'ils considèrent l'école comme un lieu de récréation où ils peuvent tester leur pouvoir sur l'autorité, ils feront du sur-place avant d'être éjectés par le système.

Je ne lis que désolation et regret dans votre billet. Vous demandez la lune en attendant que les parents reprennent leur rôle d'éducateurs. Car, que vous le vouliez ou non, le décalage s'accentue avec la rapidité des changements sociétaux. Comment un gamin pourrait-il respecter ses vieux qui ne savent pas même utiliser un smartphone ?

Votre nostalgie, et celle de Jean Romain, transpire et n'aide en rien la réforme qui s'impose.

Écrit par : Pierre Jenni | 31/07/2017

l'étude des fondamentaux s'impose sans avoir à "technologiser" (les élèves ont à développer tant l'aspect rationnel que plus intuitif.
De leur cerveau les deux hémisphères.

Prévoir, calculer avec allégresse l'augmentation du "déchet" humain jusqu'à parvenir tel le continent des autres déchets non humains ne correspond pas à nos valeurs... sans âge.

Nos grands mathématiciens, écrivains, artistes ou chercheurs pour preuve.

Chercher à tout prix à compliquer les choses en vue de discriminer au maximum ne fait pas honneur à une telle forme de mentalité.

Il y a perversité.

Soutenons le corps enseignants simples, doués, humains.

Veillons à la robotisation s'annonçant... géniale comme ennemie absolue de l'homme.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 31/07/2017

Un test pionnier:

diviser une classe d'instituteurs en formation en deux groupes.
Aucun "mentor"!

Un groupe travaille comme aujourd'hui, l'autre selon les "recette de grand-papa".

Santé des instituteurs, épanouissement des enfants: Travail en classe comme à la maison.
Rapport parents,
Rencontres de classe.

Burn out à l'affût du groupe des recettes de "bon-papa" (encore plus désuet que grand-papa pour plaire aux techniciens) ou des instituteurs "techniques"!?

On veillera à la droiture des jeunes futurs instituteurs.
Pas de manipulation, chantage ou promesse de récompenses selon échecs ou réussites (tout étant,,, désormais bon, légitime et justifiable dès s'agit de remplir les tiroirs caisses).

Technique: le matériel "progressif" infiniment plus coûteux que méthodes pédagogiques naturelles, harmonieuses, également, joie de vivre, sourire et chants (pour enfants et jeunes) de nos... "ancêtres".

Écrit par : Myriam Belakovsky | 31/07/2017

Avant d'oublier...

les deux groupes sont concernés également par les démarches administratives d'aujourd'hui comme d'hier, au temps de bon-papa.

Au dernier jour de ce test pionnier à chaque instituteur en formation simple question SOULIGNER CE QUI CORRESPOND A VOTRE RESSENTI

Correspond à mon ressenti
Ne correspond pas à mon ressenti


"Nous en avons
plein l'dos, plein l'sac
plein l'fond des godillots

des rivets et des boulons

des carottes dans l'ventre
des navets dans les mollets

Nous en avons (...)

(peut être repris en d'autres occasions comme primes d'assurance maladie, par exemple.)

Écrit par : Myriam Belakovsky | 31/07/2017

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